La plus grande rivalité du basket américain repart ce soir pour le 249ème épisode d’une saga qui a commencé le 24 juin 1920, qui a vu son niveau de tension augmenter dans les années 60 et qui a pris une ampleur nationale voire internationale dans les années 80 grâce à ESPN et l’explosion des diffuseurs TV. Duke et North Carolina se retrouvent cette nuit au Cameron Indoor Stadium de Durham pour la rencontre la plus explosive de la saison, en attendant le « match retour » dans trois semaines à Chapel Hill.


Historique

Avec une séparation de seulement 10 miles (environ 16 kilomètres) via l’autoroute nationale 15-501, cette rivalité prend place dans la Tobacco Road, une dénomination plus officieuse qu’officielle qui fait référence à une zone du pays qui était connue pour son exploitation de tabac et qui héberge maintenant surtout des universités dont les équipes de basket sont devenues légendaires.

Débutée le 24 juin 1920, cette confrontation entre les Blue Devils et les Tar Heels a toujours eu lieu au moins deux fois par saison depuis, mais c’est au début des années 1960 qu’elle a commencé à prendre une dimension particulière, quand la star de Duke Art Heyman se brouilla avec le Tar Heel Larry Brown (oui, le Larry Brown coach que vous connaissez), provoquant une bagarre qui marquera les spectateurs présents et qui fera monter la tension pour les générations suivantes.

Dans les années 1980, l’attention médiatique autour de ces deux équipes explose en même temps que la télévision câblée et les matchs deviennent diffusés dans tout le pays grâce à ESPN. A cette époque, les deux programmes sont également menés par des coachs qui deviendront légendaires eux aussi, Mike Krzyzewski du côté de Duke, qui entamait alors un mandat qui court encore aujourd’hui, et l’iconique Dean Smith de North Carolina.

C’est sous l’égide de ces deux coachs que les deux programmes basket deviennent deux des meilleurs du pays, profitant de l’ère post-Wooden à UCLA, le légendaire coach des Bruins qui avait créé une dynastie à Los Angeles. En 1982, Dean Smith remporte son premier titre avec Carolina, le second pour le programme, avec une équipe menée par des stars comme Michael Jordan, James Worthy ou Sam Perkins. « Coach K », attend lui 1991 pour être couronné pour la première fois, puis faire le doublé en 1992 avec Bobby Hurley, Grant Hill et Christian Laettner.

Dans cette histoire bientôt centenaire, Carolina mène finalement 137 victoires à 111, mais les Tar Heels peuvent surtout se targuer d’avoir mieux commencé, car au bout de quelques années, et jusqu’à aujourd’hui, les confrontations sont devenues pour le moins serrées…

Le match du soir

Cette saison, l’attente est comme toujours énorme avant cette confrontation, mais le premier épisode de cette édition 2019 semble avoir pris une tournure encore plus particulière avec les jeunes stars qui y prendront part, et en figure de proue le plus grand showman du basket actuel, Zion Williamson.

Le Cameron Indoor Stadium de Duke est une salle relativement petite, avec à peine près de 10.000 places, loin des presque 22.000 du Dean Dome de Carolina dans lequel les deux équipes se retrouveront le 9 mars, et forcément, les places coûtent chères, ou se méritent.

Cette petite salle n’est pas remplacée en grande partie par souci de tradition, et ces traditions ont évidemment une place essentielle dans le paysage du sport universitaire, qui plus est dans des écoles à la riche histoire comme celle de Duke. On ne joue pas avec cela, et finalement, on ne laisse pas entrer n’importe qui. Pour une telle affiche, avec des places si demandées, le droit d’entrée pour les étudiants et les places dans la « student section », la tribune latérale dans laquelle les étudiants, certains ayant le corps peint en bleu marine, n’est accessible qu’aux plus méritants. Ils doivent tout simplement passer un test de connaissances des plus exigeants sur l’histoire de l’équipe de basket de leur université.

Les étudiants réussissant ce test vont donc pouvoir accéder à la salle tranquillement et représenter les « Cameron Crazies » au bord du terrain… et non ! Ça serait encore beaucoup trop simple. Ce test ne sert qu’à donner accès à « Krzyzewskiville », le surnom donné à l’espace utilisé par les étudiants pour camper, littéralement, avec une tente, parfois sous la neige, pendant des jours, devant la salle pour bénéficier de l’entrée anticipée, à une heure et demi du coup d’envoi, privilège réservé aux étudiants, mais sur une base de premier arrivé premier servi…

Pour les autres, il faudra passer par la billetterie, et là aussi, il faudra faire un certain effort pour assister au match. A 24 heures du coup d’envoi, les dernières places disponibles sur StubHub étaient estimées à… 4000 dollars, un tarif supérieur à celui des tickets pour le Super Bowl par exemple.

Il y aura donc encore une fois un parterre de stars présentes dans le gymnase de Durham, et si l’on en sait encore que peu, l’ex-joueur de Duke et désormais consultant pour ESPN, Jay Williams, a fait comprendre que l’ancien président américain Barack Obama serait notamment de la partie dans les tribunes.

Pour en revenir au match et au terrain, le plus important, cette opposition reste avant tout, bien évidemment, un choc entre deux favoris à la victoire finale début avril. Presque tout a déjà été dit et écrit sur Duke, le monstre à quatre (jeunes) têtes, qui a retrouvé la place de numéro 1 du ranking national après la défaite de Tennessee ce week-end à Kentucky.

Mais Carolina n’est pas en reste, et le coach Roy Williams dispose lui aussi de sa propre armada, menée, une fois n’est pas coutume contrairement à Duke, par un freshman, le meneur Coby White.

Arrivé avec l’immense responsabilité de remplacer Joel Berry II, l’ancien meneur, MOP du Final Four en 2017, Coby White est finalement en train de surpasser les attentes en supplantant son coéquipier Nassir Little comme meilleur freshman de l’équipe, et les vétérans Luke Maye et Cam Johnson comme meilleur joueur, tout simplement.

Balle en main, White attaque les défenses adversaires avec détermination et lucidité, rappelant parfois ce que fait un James Harden avec les Houston Rockets, capable de se créer son propre tir, puis de driver, comprendre les mouvements de ses adversaires et de ses coéquipiers pour les trouver en position privilégiée. Avec déjà deux matchs à plus de 30 points, dont une performance incroyable il y a quelques jours face à Miami, il est d’ores-et-déjà l’un des freshmen les plus marquants de l’histoire du programme basket de Carolina.

Avec sa taille (6-5, 1,96m), et son aisance technique, il sera le plus gros défi à relever cette saison pour son adversaire direct, Tre Jones, qui a déjà neutralisé les meilleurs meneurs de l’ACC cette saison, mais qui devra faire face à un nouveau challenge de très haut niveau ce soir.

Facilement reconnaissable avec son afro qui lui vaudra bien quelques comparaisons avec Tahiti Bob, Coby White et sa performance ne seront que l’un des innombrables enjeux de ce match qui comme toujours sent la poudre, et surtout, le bon basket. Le coup d’envoi est prévu pour 3 heures en France, il faudra donc un peu de café et beaucoup de volonté pour tenir, mais le jeu en vaudra clairement la chandelle.