« Immersion », c’est la nouvelle série d’articles qui débarque sur QiBasket ! Le concept est simple. On a tous déjà été admiratif ou intrigué par une équipe, dans une période donnée de son histoire. Qu’il s’agisse du showtime des Lakers avec Magic, des Celtics de Bird, des Bulls de Jordan, des Bad Boys de Detroit, des Spurs de 2014, des Heatles et j’en passe, on aurait rêvé de faire partie de l’une de ces équipes, pour voir comment ça se passe « pour de vrai ». Avec Immersion, QiBasket vous propose d’y entrer les deux pieds en avant et de briser le quatrième mur. Le procédé est simple : une histoire fictive autour d’un personnage créé de toute pièce, mais articulée autour de faits bien réels. Pour le troisième épisode, c’est une virée dans les coulisses de la saison ’12-13 des Los Angeles Lakers que l’on vous propose : en route !

Immersion #3 – Los Angeles Lakers 2012/2013 : La chute de la maison pourpre et or

La soirée précédente a laissé un silence s’immiscer dans le groupe. Les discussions manquent d’allant, d’animation, de sel dans un vestiaire apathique. Toutes les interactions autour de moi sont polies, la fonction phatique du langage dans toute sa splendeur. Alors qu’on avance dans le couloir pour rejoindre le centre d’entraînement, je regarde le visage d’Howard. Il n’est plus le même joueur. Je ne parle pas que du terrain, que des frustrations dues à sa sensation d’être blessé, de sa manière de bouger sur le terrain. En fait, il n’est plus le même personnage. Dwight, Superman, l’enfant chéri de la NBA est devenu sérieux, renfermé dans un huit clos avec lui-même. Au milieu de ses coéquipiers, il n’arbore pas le fier sourire qui faisait sa popularité quand tout allait pour lui. Il semble concentré, contraint d’être sérieux, comme si on lui avait arraché une part de son être. Lui qui rêvait du faste de la Californie s’est fait avaler par la franchise. Son état est inquiétant, mais reflète bien le mal-être général. Les Lakers sont empruntés, mal à l’aise ensemble et, forcément, la saison est un désastre.

Happé par mes interrogations sur D12, je suis finalement rappelé à la réalité alors qu’on approche de l’entrée. On entend plusieurs bruits, un crissement sur le parquet et évidemment on le retrouve. L’équipe se cherche, elle a besoin d’un sauveur, alors forcément, Kobe apparaît, suant comme quelqu’un qui est arrivé il y a plusieurs heures. Parce qu’il est arrivé il y a plusieurs heures. Je l’imagine volontiers avoir déjà pris plus de 500 shoots. Probablement allègrement plus. Je vous parle d’un temps où le Black Mamba a déjà 5 titres. Il est entré dans la légende NBA, mais il est toujours ce stakhanoviste du basket, cette machine de travail à la mentalité déviante qui a fait parler ses plus grands admirateurs comme ses plus fervents détracteurs. A ses côtés, un membre du staff, probablement réveillé en plein milieu de la nuit pour lui servir de passeur et de ramasseur de balle. C’est aussi ça, la vie d’un membre des Lakers. Assister le numéro 24 dans son noctambulisme, l’accompagner dans sa soif de perfection. Le prix ? Des valises sous les yeux à vous faire pâlir un insomniaque. Gary commençait sûrement à se faire aux appels de Kobe. Une acclimatation qu’il ne partageait certainement pas avec Howard, qui semblait toujours plus distant vis-à-vis de l’arrière.

Le coach frappa dans ses mains pour obtenir l’attention de son équipe. Il n’avait pas le temps pour panser les plaies, il fallait trouver une cohérence, essayer de faire mieux malgré les absences de chacun. Quant à moi, je m’asseyais sur le bord du terrain et réfléchissais à un moyen de retisser le lien entre certains coéquipiers.

… Mais revenons aux origines.

I.

J’étais arrivé en 2008 dans la franchise pourpre et or. Les Lakers s’étaient alors armés d’une équipe magistrale pour revenir au sommet de la conférence Ouest. Pendant 3 années, Los Angeles avait rythmé la NBA derrière un Kobe Bryant au sommet de son art. Malheureux finaliste en 2008, nous avions ensuite remporté le titre en 2009 et 2010. Dans le circuit NBA, j’étais arrivé dans une fonction hybride. Parmi les fonctions qui m’étaient attribuées, je devais accompagner les joueurs sur le plan mental. J’avais pour mission de les suivre dans leur quotidien et leur faciliter la vie, en les aidant à se concentrer sur leur jeu. S’il m’avait fallu plusieurs mois pour faire ma place, notamment auprès d’un vestiaire qui me regardait comme un intrus venu les espionner, j’avais finalement réussi à m’intégrer, les années passant, prouvant que j’étais bel et bien présent dans l’intérêt du groupe.

J’avais donc participé, modestement, au succès d’une génération dorée dans une ville où les distractions peuvent être très nombreuses et difficiles à éviter. Et au fil des années, j’avais finalement assisté au déclin de cette génération, désormais plus âgée, qui s’était fait dépasser par une concurrence émergente plus athlétique et affamée.

La baisse de régime de notre équipe avait commencé à inquiéter la franchise et en 2011 l’humiliante défaite face aux Mavericks avait fini d’achever ce constat : nous n’étions plus assez performants. L’âge, la lassitude, avaient finalement pris le pas sur nos chances de titres. Mais pour être honnête, l’anxiété concernant nos chances de victoires avait démarré plus tôt.

En 2010, toute la NBA avait été prise de court. La génération 2003 s’apprêtait à choisir son destin, une génération ô combien talentueuse qui s’apprêtait à prendre le pouvoir en NBA. Notre staff suivait évidemment leurs choix avec intérêt, et nous avions eu vent d’un intérêt entre Chris Bosh, déçu du manque de compétitivité de ses Raptors et Dwyane Wade, en quête de renforts. L’association pourrait être très forte, mais à vrai dire, ce qui se passe dans la conférence Est n’avait jamais été au cœur de notre attention. Tout d’abord parce que notre première mission est de triompher de notre conférence. Surtout, parce que la conférence Ouest avait globalement dominé la NBA en talent depuis maintenant une bonne décennie. On savait que l’ennemi était l’historique adversaire de Boston, en témoignait notre victoire en 7 matchs durant les Finales 2010, le reste importait peu. Nous pouvions les battre.

Sauf que nous avions été pris à revers. Celui que tout le monde voyait comme le futur de cette ligue, supposé rester à Cleveland, avait finalement transformé le tandem Wade-Bosh en un trio. En somme, LeBron James venait de former l’équipe la plus effrayante de la ligue. Le soir où la nouvelle tomba, le staff était réuni. Lorsque j’entrais dans le pièce, j’étais tout de suite frappé par l’ambiance. Johnny et Jeanie Buss avaient la gueule des mauvais soirs. Je n’avaisi pas eu de mal à deviner qu’une boule s’était nouée en plein milieu de leurs trachées. Les Lakers n’étaient officiellement plus les favoris au titre. Et ça, je n’avais pas eu besoin de les entendre parler pour savoir qu’ils le savaient. Les regards du tandem, mêlés à des protestations confuses, rendaient la scène sans équivoque.

Autant dire que cela avait replacé l’Est au cœur des discussions. Mais comment casser une équipe tout juste sacrée ? Compliqué. Impossible si vous ne vous appelez pas Mark Cuban, mais ça, c’est une autre histoire. Alors nous avions fait le choix de la stabilité. Pour rien, évidemment.

II.

La saison 2011-2012 n’avait pas été plus satisfaisante que la précédente, les Lakers n’étaient officiellement plus des prétendants légitimes au titre. Le Heat venait de s’arroger son premier titre NBA, face à une équipe du Thunder qui s’annonçait déjà comme le futur de cette conférence.

En interne, les débats sur l’âge de l’effectif faisaient rage. Tout le monde s’accordait à dire que Kobe avait encore quelques belles années et que la franchise n’arriverait pas à opérer une transition facile sans faire un échange majeur. Quoi qu’il en soit, il fallait tenter de gagner un dernier titre tant que l’idole des Lakers était encore capable de porter l’équipe. Il était de notre devoir de trouver un moyen de rivaliser. La franchise avait pris une gifle monumentale lors de l’annulation du trade de Chris Paul aux Lakers par David Stern. Mais nous n’avions jamais eu peur des échanges à grande ampleur, nous allions retrouver une solution.

L’été 2012 fut tonitruant. Un été digne de la franchise, où les dirigeants enchaînèrent, devant une NBA médusée, des mouvements qui semblaient brillants, transformant l’équipe dans ses fondations. Le 11 juillet, Steve Nash arriva en direction de Phoenix. Le meneur des Suns débarqua au sortir d’une saison époustouflante pour un joueur d’un âge aussi avancé. Quinze jours plus tard, c’est un autre vétéran qui débarquait en la personne d’Antawn Jamison, venu jouer le parfait 6è homme.

Mais la pièce maîtresse du chef d’œuvre fut l’arrivée de Dwight Howard, dans un échange qui vit Andrew Bynum partir. Pivot le plus dominant de la NBA, Superman devait apporter sa présence colossale sous les panneaux. De nombreux role players étaient ajoutés à l’effectif pour compléter ce recrutement et les dirigeants préparaient le clou du spectacle pour les fans pour dans quelques semaines.

En l’espace d’un demi-été, les fans avaient recommencé à considérer les Lakers comme l’épicentre de la NBA. Tout le monde se préparait pour un combat des chefs en juin prochain, entre le Heat de LeBron James et les Lakers de Kobe Bryant. Ne restait plus qu’à fourbir nos armes.

III.

Le training camp était quelque chose à ne pas rater cette saison-là. On avait vu des grands noms jouer à Los Angeles, mais un roster aussi complet ? Jamais dans mon ère. Mike Brown, à la tête de l’équipe, avait probablement eu fort à faire au fil de l’été. Alors que les échanges et les signatures s’accumulaient, il avait sans cesse dû revoir ses schémas. Il serait difficile de contenter tout le monde, mais le potentiel était incroyable.

Imaginez un peu quand, dans la même équipe, vous voyez défiler Steve Nash, Kobe Bryant, Ron Artest, Paul Gasol, Dwight Howard et Antawn Jamison. Le premier jour du training camp eu une allure de remise de récompense. Un véritable peplum basketballistique. On s’attendait à voir un tapis rouge déployé sous les pieds des joueurs à tout moment. A chaque coin du vestiaire, vous aviez l’impression de voir un franchise player. Le plus génial était probablement la mixité de personnalités qu’abritait l’équipe et qui émanaient de chacun d’eux.

Steve semblait être prêt à dégainer à tout moment. Son regard se posait partout, et il donnait l’impression de chercher la moindre faiblesse dans le langage corporel de ses coéquipiers. Dans le but de les chambrer, évidemment. Nash était reconnu pour être un coéquipier facile à vivre, le genre de type flegmatique, d’une nature assez légère. Il avait explosé comme MVP à la trentaine et la soudaine reconnaissance qu’il avait obtenu n’avait jamais changé son comportement auprès de ses coéquipiers, du public, ou des journalistes. A 38 ans, il n’avait toujours pas remporté de titre et les 2 années restantes sur son contrat sonnaient comme celles la dernière chance.

En face, Dwight Howard était égal à lui-même, arborant un sourire béat alors qu’il commençait déjà à discuter avec ses nouveaux coéquipiers. Il avait toujours été apprécié des fans car il respirait naturellement la bonne humeur. Toujours souriant, le colosse semblait en permanence prendre plaisir sur les terrains de basket. A Orlando, il avait perpétué l’amour pour les intérieurs dominants à la personnalité décalée. Toujours prêt à s’amuser, sans pour autant manquer d’instinct sur les terrains, il avait porté le Magic jusqu’aux Finales NBA en 2009, avant de perdre… contre les Lakers. Animation phare lors des All-Star Games, il avait néanmoins connu une dernière année compliquée, entre blessure au dos et une demande de transfert qui s’était terminée par un imbroglio qui l’avait diminué aux yeux du public. Son départ pour Los Angeles était le moyen de briller sous les feux de la Californie et d’aller chercher cette bague qui l’inscrirait parmi les grands noms des pivots NBA, lui, le triple défenseur de l’année.

Ces deux nouvelles têtes s’ajoutaient au trio Kobe Bryant, Pau Gasol, Ron Artest, champions NBA côte à côte et dont les liens semblaient désormais ancrés. Il faudrait se faire une place autour du Mamba, qui observait tous ces nouveaux arrivants d’un regard déterminé. Kobe ne posait pas le même regard que Nash. L’arrière venait de fêter ses 34 ans il y a quelques semaines, il savait que la fenêtre pour obtenir une 6è bague était donc assez réduite. Cette équipe avait indubitablement le talent pour lui permettre d’égaler son modèle, Michael Jordan, encore fallait-il que leur association sur le terrain soit fructueuse. En étudiant du jeu, il savait que l’effectif avait les ressources pour battre n’importe qui, mais il savait aussi qu’empiler les noms n’était pas gage de réussite. Pour lui, les relations humaines et la réussite dans le sport n’étaient pas indissociables, et ce n’était pas les traits de caractère qu’il cherchait à découvrir, mais bien les failles qui pouvaient mettre en péril cette quête du titre. Le manque de professionnalisme était son plus grand ennemi, et ce training camp lui permettrait de défier ses coéquipiers pour découvrir de quel bois ils étaient fait.

IV.

L’été se fit au rythme d’un battage médiatique asphyxiant, quotidien des stars NBA telles que Bryant. En interne, la charge de travail pour faire tourner ce beau monde semblait énorme. Brown apercevait déjà des limites. Ou tout du moins, des défis. L’association Gasol-Howard n’était pas évidente. Les deux joueurs aimaient les mêmes spots sur le terrain, ce qui donnait de nombreuses actions brouillonnes durant les entraînements. Nash et Kobe avaient du mal à se mouvoir sur le terrain quand les deux intérieurs n’arrivaient pas à cohabiter. D’ailleurs, le partage de la balle entre les deux arrières était aussi source de problèmes.

A la fin d’un entraînement, Kobe laissa éclater sa frustration après une perte de balle. Au détour d’un couloir, celui-ci fondit vers les vestiaires et je me promis d’aller recueillir son ressenti. Quelques minutes plus tard, il me déclara sans détour « qu’ils n’étaient pas prêts, qu’ils jouaient mal et que personne ne semblait prendre conscience du fossé à franchir ». Les ayant observé toute la matinée, je ne pouvais nier qu’il y avait de nombreuses inquiétudes. Le pessimisme de Kobe n’était pas encore partagé par l’ensemble de l’équipe, qui semblait penser que leur talent leur permettrait de trouver les solutions.

Néanmoins, Brown fit également part de ses incertitudes au cours d’une discussion avec son assistant, Quin Snyder. Tous deux s’accordaient sur le manque d’espace sur le terrain et ce malgré les nombreux craintes que devaient susciter pour les défenses un tel amas de talents. La présaison était proche et tout deux espéraient que les joueurs arriveraint à mettre leurs égos de côté pour faire circuler la balle. Rien n’était moins sûr. Snyder prônait plus de spacing en utilisant beaucoup plus Gasol à mi-distance, étant donné qu’Howard ne représentait aucune menace loin du cercle, mais Brown ne voulait pas encore donner cette consigne de peur de froisser le premier. Il espérait que tout deux développeraient une relation poste bas et domineraient sous l’arceau.

J’avais du mal à me placer à l’époque, mais j’avais la sensation que ménager le ressenti des joueurs ne durerait pas bien longtemps. Et l’équipe n’avait pas le droit à l’erreur.

V.

La présaison fut inquiétante. Non, attendez, elle ne fut pas inquiétante, elle fut désastreuse. Dans tout ce que l’on avait pu voir quand toute l’équipe était rassemblée, rien n’allait. Après 8 défaites en 8 matchs de présaison, il était difficile de cacher le malaise. Les médias n’avaient cessé d’interroger Brown et les joueurs sur la petite forme de l’équipe. Tout le monde prônait la patience et bottait en touche, mais il était évident que personne n’était aussi serein qu’il semblait le prétendre.

Le vestiaire était d’ailleurs pris entre deux feux, puisque le clan Buss cherchait des réponses de la part des coachs. Ceux-ci expliquaient alors que tout cela était un processus long, que des joueurs aussi dominants avaient besoin d’apprendre à évoluer les uns avec les autres, mais eux-mêmes s’impatientaient du manque de cohésion de leurs joueurs. L’étau semblait se resserrer alors que le coup d’envoi de la saison allait être donné. Nous allions démarrer face aux Mavericks, le 30 octobre et cette fois, les défaites avaient un impact. C’est à ce moment-là que l’on verrait quel était le visage de cette équipe.

Brown croyait réellement en ses principes et essayait de mettre en place la « Priceton Offense« . Il était difficile de le contredire lorsqu’il expliquait que ce système pouvait fonctionner avec cette équipe. Il s’était attaché les services d’Eddie Jordan, véritable virtuose de ce schéma pour l’entourer. Sur le papier, tout était censé rouler pour les Lakers. Sur le papier, du moins. Le principe de ce système est de transformer tous les joueurs en un danger. Les 5 joueurs doivent être capables de trouver le joueur ouvert, les 5 doivent être capables de prendre leurs tirs. Eddie avait rencontré un échec cuisant en essayant de l’implémenter dans le circuit des Sixers, mais il était supposé fonctionner avec un 5 de départ aussi puissant que celui des Lakers. Kobe défendait fermement l’utilisation de ce système élitiste, mais force était de constater que jusqu’ici, le jeu de l’équipe ressemblait à un grand n’importe quoi. Et Kobe commençait à s’impatienter, alors que nous étions à l’aube de la saison.

En interne, Nash se montrait assez philosophe, et accordait beaucoup de temps aux jeunes joueurs – Andrew Goudelock notamment, pour lui apprendre à utiliser ses qualités à la mène. Cette apparence décontractée semblait néanmoins cacher une anxiété concernant son physique. Ce n’était un secret pour personne, le canadien avait joué avec de nombreuses douleurs toute sa carrière. Sa saison passée poussait pourtant à l’optimisme, alors qu’il continuait à porter une équipe de Phoenix en perdition. Sauf que les douleurs au dos se faisaient visiblement plus intenses que par le passé, et personne n’avait raté qu’elles le diminuaient ? Le staff médical de Phoenix, réputé pour son savoir-faire, avait toujours su trouver des solutions, et je me demandais si celui des Lakers était aussi compétent et conscient des difficultés du joueur… Bien que ce dernier passait beaucoup de temps avec les kinés, sa situation ne semblait pas s’arranger.

J’avais essayé de l’interroger sur le sujet, mais il m’avait expliqué qu’il travaillait pour être prêt et que le staff l’accompagnait au mieux. J’espérais qu’il ait raison. Il était temps pour cette saison de commencer et de livrer sa vérité.

VI.

A 30 minutes du début de la saison, le groupe était déterminé. Mike Brown et Kobe avaient pris la parole et le message était clair : exécuter. Le plan de jeu commençait à être connu de tous. Nous savions que tout ne serait pas parfait, mais il fallait continuer de faire confiance à la Princeton offense, peu importe qu’on ait 10 points d’avance ou de retard. Rien de forcément original, mais c’était étonnant de voir un staff exagérer autant sur cet aspect face à un groupe très expérimenté.

On était tous assez tendu de voir ce qu’il se passerait. Brown savait que son équipe avait besoin de résultats rapidement pour inverser la tendance, reprendre confiance et peut être, en ce qui le concerne, sauver sa tête. La pression était à l’échelle des attentes. Et Dieu sait que ce groupe faisait rêver la NBA. Trop de joueurs semblaient en mission pour imaginer un dénouement médiocre.

L’entame de match fut de qualité. Opposés à des Mavericks dont l’effectif était en train d’être rééquilibré, les Lakers avaient à cœur de suivre les consignes. Pas forcément brillants, ils arrivaient néanmoins à installer une petite avance dans ce premier quart temps. Mais plusieurs choses ne semblaient pas en place, à l’image de ce premier ballon au poste bas de Dwight Howard qui finit sur un dunk… raté. Après une passe décisive, quelques minutes plus tard, Gasol et Kobe semblaient s’invectiver.

36 minutes plus tard, la fin de match retentit. Les Lakers s’étaient noyés, dominés par une équipe qui n’était pas supposée rivaliser avec une telle armada. L’équipe sortait, la tête basse, et ce n’était que le début des emmerdes.

Le match suivant, nous subissions une nouvelle défaite, couronnée par une fracture de la jambe de Steve Nash. L’équipe perdait son meneur titulaire. 3 matchs plus tard, nous affichions un bilan de 1 victoire pour 4 défaites. Les premières mésententes commencèrent à exploser au sein du vestiaire. Kobe n’a pas manqué de faire remarquer à Howard qu’il devait bosser plus. Il faut reconnaître que le pivot, reconnu pour sa défense, était l’ombre de lui-même de ce côté-là. En retard sur les rotations, pas assez dissuasif, il semblait traîner sa carcasse en comparaison aux années précédentes.

Dwight protestait, mais Bryant était catégorique, il allait falloir que tout le monde donne le meilleur de lui-même pour conquérir ce titre.

VII.

Au lendemain de cette 4è défaite de la saison, les joueurs attendaient le début de l’entraînement. Seul Snyder était présent côté assistant coach. On sentait tous que quelque chose s’était passé ou se passait actuellement. Tous réunis, nous attendions dans silence gênant, une ambiance étrange s’insinuant dans le groupe. Finalement, alors que l’entraînement aurait dû commencer il y a 15 minutes, ce n’est pas Mike Brown qui apparassait au milieu de son staff, mais le General Manager, Mitch Kupchak, aux côtés de Bernie Bickerstaff qui allait être introduit à l’équipe.

A ce moment-là, on comprit tous ce qu’il venait de se passer. Après seulement 5 rencontres, les dirigeants avaient décidé qu’une tête devait tomber. Dans ces cas-là, on le sait tous, le premier à trinquer était le coach. Cela peut parfois paraître injuste, mais il faut reconnaître ici qu’on avait tous besoin d’un électrochoc et que Brown semblait complètement dépassé par son effectif. L’idée de pratiquer la « Princeton offense » était légitime, adapté à ce groupe. Toutefois, le jeu proposé était d’une pauvreté sans nom et personne ne semblait vraiment montrer la meilleure version de lui-même. La perte d’un cerveau comme Steve Nash n’arrangeait rien au problème, alors qu’il lui restait environ 6 à 8 semaines pour revenir de cette fracture. « Bernie doit assurer l’intérim », annonçait Kupchak, en attendant qu’ils puissent trouver un candidat à la hauteur du projet et des objectifs. Si Bickerstaff était ici, nous le savions, cela voulait dire qu’il était le nouvel assistant du futur coach. Dans les bureaux, le nom avait été choisi. Pour les assistants encore présents, cela voulait aussi dire assurer l’intérim en attendant d’être mis à la porte…

C’est toujours un moment particulier que celui du changement d’un coach. On essaie de créer des liens des mois durant, on tente d’expliquer aux joueurs qu’ils doivent suivre le plan de cet homme, qu’il est leur capitaine et doivent lui accorder toute leur confiance. Puis soudainement, on le jette aux lions et on demande à tout le monde de passer à autre chose. Pourtant, à regarder certains joueurs, on sentait que l’électrochoc n’était pas nécessairement positif. Certains, dont les plus jeunes, Andrew Goudelock, Darius Miller ou Jordan Hill, étaient indubitablement vidés de leur énergie. Mitch tourna les talons et annonca qu’il était disponible pour discuter de tout cela. Bernie, quant à lui, devait directement se lancer dans l’exercice et tout le monde devait se contenter de faire comme si de rien n’était. Un moment assez unique, pas de ceux auxquels on a envie de s’habituer, et qui annoncent rarement une année idyllique.

L’entraînement démarrait et je restais là, à les observer. Il y aurait certainement besoin de discuter avec une partie de l’équipe.

VIII.

Vous savez ce qui fut encore plus ironique ? Le fait que ce moment de malaise eut l’effet qu’il peut souvent avoir. Inexplicablement. Après des entretiens individuels, plusieurs discussions en groupes plus ou moins restreints, les Lakers rebondirent. Sous la coupe de Bernie Bickerstaff, ils profitèrent de deux rencontres accessibles pour marcher sur les Warriors puis les Kings. De larges victoires qui mirent du baume au cœur de tout le monde. Pas forcément en réussite en attaque, ils commençaient à défendre beaucoup plus dur, faisant déjouer leurs adversaires.

C’est dans ce même contexte, moins délétère que notre General Manager arriva cette fois avec une nouvelle. Alors que plusieurs noms circulaient, il annonça aux joueurs qu’un nouveau coach avait été trouvé : Mike D’Antoni. Il n’était pas encore en état de suivre les matchs, des suites d’une opération, mais il rejoindrait l’équipe dès que possible. Sans en discuter, on pouvait deviner ce qui se passait chez plusieurs joueurs. Les intérieurs devaient probablement s’inquiéter, connaissant le goût du coach pour le jeu rapide et les shooteurs. Kobe devait probablement se demander s’il allait devoir jouer le pick&roll plus souvent, mais surtout, comment cela allait-il se passer connaissant la connexion entre Steve Nash et D’Antoni ? L’arrière avait déjà mis les choses au clair cet été, c’était son équipe, pas celle de Nash ou d’Howard. Et ce n’est pas un historique commun ou une amitié qui changerait la donne.

Nash n’était pas à l’entraînement, se remettant encore de sa blessure, mais la nouvelle fut certainement fort bien accueillie. Lui-même devait se poser la question de la viabilité du jeu rapide dans un effectif tel que celui-ci, avec des rotations faibles, des joueurs vieillissants et deux intérieurs dominants. Tout aussi bonne que la nouvelle était pour lui, il devait être le premier à savoir quel défi attendait son ancien mentor à Phoenix. Arriver à LA, avec une telle pression sur les épaules, une équipe à la dérive, alors qu’on lui promettait les finales n’était déjà pas une tâche facile. Mais il devrait en plus faire avec l’ombre de Phil Jackson qui planait sur l’équipe et à qui on le comparerait sans cesse. Lorsque je croisais Nash au sortir d’un passage avec l’équipe médicale, il me confirma « qu’on allait devoir soutenir le moustachu« . Mais aussi « qu’il trouverait sûrement des solutions pour nous faire jouer mieux« .

Je priais qu’il dise vrai.

IX.

Mike D’Antoni commença à se montrer aux entraînements, affichant une certaine bonhomie et arrivant claudiquant près des parquets. Il souhaitait commencer à prendre des premiers contacts pendant que Bernie continuait d’assurer l’intérim avec brio. Il m’avait été difficile de ne pas apprécier l’ex-coach des Suns et des Knicks dès notre premier échange. Il me rappelait une version plus âgée de Nash, pour qui je ne cessais de gagner en respect et en sympathie au fil des semaines qui passaient. Doté d’une répartie certaine, d’un sens de l’humour piquant, sa personnalité semblait être à même d’unifier un groupe qui avait besoin d’un visage autour duquel se rassembler.

Finalement, le 20 novembre, D’Antoni fit sa première sur le banc des Lakers. Une grande première qui laissait présager de grandes choses selon certains fans et membres du staff. Une partie seulement, car en discutant dans les gradins et à en lire certains médias, il n’était pas l’homme de la situation. Cela peut paraître bizarre aujourd’hui, mais il faut comprendre qu’à cette époque, Mike était perçu comme l’homme d’un seul système. Un jeu rapide dans lequel aucun intérieur classique ne pouvait s’exprimer et dans lequel la défense était exclu. Les statistiques avancées gagnaient du terrain mais n’avaient pas encore connu un avènement unanime. Beaucoup pensaient en réalité que ce dernier était inapte pour le roster qu’il possédait. Par ailleurs, les managers avaient flirté avec Phil Jackson dans le but de le renvoyer à la tête de cette équipe. Jackson avait ramené 5 bagues à LA la décennie précédente, et il était perçu comme un coach de légende doublé d’un gourou. L’homme qui avait su dompter Michael Jordan, faire co-exister Shaq’ et Kobe. Indubitablement, D’Antoni – malgré son génie – n’avait pas la stature et l’aura de Jackson, dont la gestion humaine aurait effectivement changée bien des choses. La communauté était donc divisée autour du néo-coach des Lakers. Sa mission était de conquérir son monde rapidement.

Pour cela, il avait débarqué avec son propre staff : Bickerstaff, évidemment, mais aussi son frère Dan et Steve Clifford. Bernie était un vétéran du coaching et imposait le respect par son vécu tant comme joueur que comme coach. Dan D’Antoni était l’antithèse de son frère. Là où Mike était un tacticien, croyant en l’importance d’une énergie de groupe, de la liberté de création des joueurs et de la prépondérance du système, le second croyait en des formules plus obscures : « se battre », « aller au combat » ou « défier son vis-à-vis ». Malgré des caractères opposés, ils trouvaient en l’un et en l’autre une forme d’équilibre. Mike était le ying, son frère le yang. Enfin, Steve Clifford était en charge de la défense et était peut-être celui qui dans son approche tactique était le plus à même de devenir coach plus tard.

Le premier match sous la coupe du nouveau coach des Lakers fut un succès face à une équipes des Nets en pleine émergence. Rapidement, la circulation de balle apparue comme la volonté d’accrocher au système D’Antoni. L’équipe poussait un peu plus la balle, jouait plus vite, passait plus. Cela n’empêcha évidemment pas d’offrir des moments gênants. La communication était toujours assez mauvaise. Les difficultés de Pau Gasol continuaient de se creuser. Quant à Howard, il offrait une célébration hilare et inappropriée après un contre, tout en perpétuant sa série exaspérante d’air ball aux lancers francs : Ses pourcentages sur l’exercice étaient en chute libre depuis le début de la saison, mais la faculté de ce dernier a rire de tout irritait ses coéquipiers, Kobe, notamment, mais aussi les spectateurs. Le pivot ne semblait pas capable de se rendre compte que le prisme dans lequel il évoluait était différent. Ce qui faisait de lui un personnage apprécié à Orlando pouvait lui coûter cher à LA. En fin de compte, la victoire sauvait les meubles, mais les 5 victoires en 6 matchs semblaient masquer l’orage qui pouvait s’abattre sur et au sein de l’équipe à la moindre écartade.

X.

La prise de pouvoir de D’Antoni se fit dans la douleur. La victoire face aux Nets ne fut bientôt qu’un lointain souvenir. Ces Lakers étaient inconsistants, capables de montrer des visages différents à chaque rencontre, à chaque quart temps. Le 13 décembre, nous tombions à un bilan de 9-14, vaincus par un Carmelo Anthony à 30pts en 22min et 67% aux tirs couronnant une série de 4 défaites. Tous ces matchs, les Lakers étaient dedans, tenant très souvent la corde. Mais à chaque fois, malgré leur talent et leur expérience, ils étaient incapables de faire la différence.

Tout le monde commençait à s’exaspérer. Mais ce qui catalysa l’attention se passa entre deux hommes pourtant reconnus comme assez malléables. D’Antoni commençait à perdre patience, malmené par la pression médiatique et surtout, agacé par son ailier-fort, Pau Gasol. Il tempêtait après ce dernier concernant son manque d’effort, le sommant de s’écarter pour offrir plus de place dans la raquette. L’espagnol ne l’entendait pas ainsi, montant dans les tours pour faire entendre à son coach sa vérité. Il était d’très clair dans son message :

« Ce n’est pas mon jeu, je suis inutile en m’éloignant du cercle et ne fait pas ce pour quoi je suis le meilleur, ce pourquoi je fais parti de l’élite à mon poste. » renvoyant le coach à sa responsabilité d’exploiter les qualités de ses joueurs, tandis que ce dernier ripostait au nom de l’intérêt de l’équipe prévalant sur l’individu.

Je sentais bien ce qui n’allait pas ici. D’Antoni, coach libertaire, voyait les limites de cet effectif pour pratiquer ce que tout le monde considérait comme « son » basket.

Alors il s’adaptait, cherchait des solutions. Son problème était que la NBA était en train de changer, que de plus en plus de poste 4 s’écartaient et qu’il lui semblait impossible de faire évoluer ce beau monde sans ce qu’il avait contribué lui-même à démocratiser. Or il n’avait ni l’effectif pour, ni les rotations – sans trahir ce roster dont j’ai partagé le quotidien, le banc était faible et Mike devait faire sans de véritables alternatives. Il savait qu’il devait sacrifier du monde, ce qui n’était pas nécessairement dans sa philosophie, et cette personne devait être Gasol.

La résistance de ce dernier fit mal à l’équipe. Mais les vidéos et les statistiques était claires, Gasol ne se fondait plus dans le groupe. Il tirait plus à mi-distance que jamais, idem à 3 pts. Le soucis, c’est qu’en endossant ce rôle il était inefficace et voulait se rapprocher de la raquette. Mais dans ce registre, il n’était utile que quand Howard sortait du terrain et que Jordan Hill n’était pas aligné, autrement dit, rarement. Pire, il rendait le 5 de départ terriblement stérile, nuisant à l’ensemble du jeu pratiqué.

Tous les coachs s’accordaient à dire que l’utilisation de l’espagnol était un casse-tête. Le joueur était toujours fantastique, mais il n’était plus l’homme de la situation. Tout le monde comprenait sa frustration, mais était également unanime sur l’utilisation qui devait en être faite.

Ce soir-là, l’équipe quitta le MSG tourmentée, le désaccord entre Gasol et D’Antoni irrésolu, planant au-dessus de nos têtes.

XI.

La rixe entre l’espagnol et son coach fut néanmoins suivi d’une accalmie. Les joueurs remirent le pied à l’étrier avec un surplus d’envie, requinqués par le retour de Steve Nash, toujours à même de recréer l’unité au sein d’un groupe. Entre quelques mots apaisants, quelques blagues quotidiennes, son retour sur les terrains fit du bien aux Lakers qui profitèrent notamment d’un joueur obligé de se réinventer, mais toujours aussi létal au shoot. L’adaptation ne fut pas facile pour le meneur, alors que la balle passait désormais beaucoup plus par Kobe que par lui. Steve devait se muer en shooteur, basant son basket sur beaucoup de coupes, de jeu sans ballon pour peser sur les rencontres. Une situation nouvelle du haut de ses presque 39 printemps, mais à laquelle il s’accommodait.

Néanmoins, en dépit des victoires, la relation entre Kobe et Dwight ne s’était pas forcément améliorée. L’arrière n’hésitait pas à provoquer le pivot à l’entraînement, à le critiquer à l’occasion, rappelant ironiquement son entente avec Shaquille O’neal. La différence résidait toutefois dans le caractère d’Howard qui ne semblait pas aussi à l’aise que son prédécesseur pour tenir tête au numéro 24. Kobe semblait déçu par l’apport du pivot, mais souhaitait surtout le pousser à travailler plus. Statistiquement, pourtant, Dwight produisait des chiffres tout à fait solides, surtout pour un joueur qui voyait beaucoup moins le ballon qu’avant.

Toutefois, comme Kobe, nous ne pouvions pas nous empêcher de noter qu’il était moins impressionnant que les années précédentes. On savait tous que le pivot était revenu beaucoup trop vide de son hernie discale et ne semblait pas pleinement remis, en mon sens. Moins rapide sur les aides, moins dominant sur ses vis-à-vis au poste. Il avait toujours martyrisé ses adversaires de son temps à Orlando et son apport n’était pas aussi important, c’était indéniable. Ses pourcentages aux lancers avaient drastiquement baissés et c’était probablement cela qui irritait le plus Bryant. Non seulement Dwight était moins saignant physiquement et travaillait moins que lui – déjà âgé de 34 ans – mais surtout, il ne lui venait pas l’idée de faire des heures supplémentaires pour régler ce problème. Sur ce point précisément, Kobe semblait juger que son devoir en tant que leader était de pousser son coéquipier à s’améliorer.

Lors d’une discussion avec l’arrière, il me confia que sa mission en tant que chef de file était de mener les siens, de les pousser dans leurs retranchements. Ce qu’il ne semblait pas saisir ou vouloir saisir comme je le lui suggérais, c’est que, « peut être que tous ses coéquipiers ne partageaient pas ce même besoin« . Fidèle à sa réputation, il garda néanmoins le cap, jugeant qu’il n’était pas nécessaire de former une fraternité pour aller jusqu’au titre et qu’en revanche, bien jouer était une absolue nécessité.

Les semaines suivantes lui donnèrent raison puisque 12 jours après la défaite face aux Knicks, le duo étincelant Anthony-Smith n’empêcha pas les Lakers de rééquilibrer leur bilan, clôturant une série de 5 victoires.

XII.

A l’image de cette saison, les Lakers traversèrent après cette série de victoires une nouvelle période de crise durant un road trip périlleux. Des équipes de qualité avaient à nouveau mis en avant leurs faiblesses : le manque de banc, les difficultés de D’Antoni à faire jouer ce groupe, le déclin d’Antawn Jamison et l’inconfort de Gasol.

Pour notre retour à la maison, nous affrontions l’autre équipe considérée comme favorite aux Finales NBA en début de saison. Gagner confirmerait les Lakers comme une équipe en difficulté mais compliquée à manier, si Playoffs il y avait. Il n’en fut rien. Le duo Westbrook-Durant avait littéralement marcher sur notre défense. Toutes nos lacunes avaient été exposées. L’ensemble de l’équipe quitta le Staple Center démoralisée. D’Antoni n’avait pas souhaité en remettre une couche auprès de ses joueurs, conscient que la période était suffisamment lourde de sens. Lui-même, discutant avec ses assistants, avoua qu’il n’avait pas la force de faire un discours après ça. Les médias suffiraient à l’achever.


La soirée précédente a laissé un silence s’immiscer dans le groupe. Les discussions manquent d’allant, d’animation, de sel dans un vestiaire apathique. Toutes les interactions autour de moi sont polies, la fonction phatique du langage dans toute sa splendeur. Alors qu’on avance dans le couloir pour rejoindre le centre d’entraînement, je regarde le visage d’Howard. Il n’est plus le même joueur. Je ne parle pas que du terrain, que des frustrations dues à sa sensation d’être blessé, de sa manière de bouger sur le terrain. En fait, il n’est plus le même personnage. Dwight, Superman, l’enfant chéri de la NBA est devenu sérieux, renfermé. Au milieu de ses coéquipiers, il n’arbore pas le fier sourire qui faisait sa popularité quand tout allait pour lui. Il semble concentré, contraint d’être sérieux, comme si on lui avait arraché une part de lui-même. Lui qui rêvait du faste de la Californie s’est fait avaler par la franchise. Son état est inquiétant, mais reflète bien le mal-être général. Les Lakers sont empruntés, mal à l’aise ensemble, et forcément, la saison est un désastre au regard des attentes.

Happé par mes interrogations sur D12, je suis finalement rappelé à la réalité alors qu’on approche de l’entrée. On entend plusieurs bruits, un crissement sur le parquet et évidemment on le retrouve. L’équipe se cherche, elle a besoin d’un sauveur, alors forcément, Kobe apparaît, suant comme quelqu’un qui est arrivé il y a plusieurs heures. Parce qu’il est arrivé il y a plusieurs heures. Je l’imagine volontiers avoir déjà pris plus de 500 shoots. Probablement allègrement plus. Je vous parle d’un temps où le Black Mamba a déjà 5 titres, il est entré dans la légende NBA, mais il est toujours ce stakhanoviste du basket, cette machine de travail à la mentalité déviante qui a fait parler ses plus grands admirateurs comme ses plus fervents détracteurs. A ses côtés, un membre du staff, probablement réveillé en plein milieu de la nuit pour lui servir de passeur et de ramasseur de balle. C’est aussi cela la vie d’un membre des Lakers. Assister le numéro 24 dans son noctambulisme, l’accompagner dans sa soif de perfection. Le prix ? Des valises sous les yeux à vous faire pâlir un insomniaque. Gary, commençait sûrement à se faire aux appels de Kobe. Une acclimatation qu’il ne partageait certainement pas avec Howard, qui semblait toujours plus distant vis-à-vis de l’arrière.

Mike D’antoni frappa dans ses mains pour obtenir l’attention de son équipe. Il n’avait pas le temps pour panser les plaies, il fallait trouver une cohérence, essayer de faire mieux malgré les absences de chacun. Quant à moi, je m’asseyais sur le bord du terrain et réfléchissait à un moyen de retisser le lien entre certains coéquipiers.

XIII.

La défaite face au Thunder marqua le début d’une nouvelle saison pour nous. A partir de ce moment, Kobe décida qu’il serait le sauveur. Dès lors, il décida de ne rien se refuser. Il martela l’importance de ne plus craquer face aux équipes inférieures. Il fallait faire les Playoffs, gagner à tout prix. Plus que jamais dans sa carrière, il s’entraîna sans relâche, fut près à rappeler ses coéquipiers à l’ordre et prit l’équipe sur ses épaules.

Il faut bien dire qu’au milieu de ce naufrage, Kobe était probablement le seul à briller de mille feux. Il était membre de la majeure partie des lineups les plus efficaces des Lakers, tirait à des pourcentages parmi les plus propres de sa carrière et à vrai dire, jouait le pick&roll ne semblait pas lui déplaire. Son goût pour l’isolation devait en être un peu frustré, mais il fallait bien suivre les consignes. Et il était probablement de ceux qui souffraient le moins des adaptations qu’on lui demandait.

Si Kobe m’avait prôné, il y a quelques semaines, l’inutilité selon lui des relations humaines dans la quête du titre, il apportait néanmoins beaucoup de soutien à Gasol, qu’il considérait comme un de ses coéquipiers préférés en carrière et estimait profondément. Gasol n’avait toujours pas trouvé de solutions pour contribuer plus et réalisait les pires chiffres de son ère en NBA. Bryant continuait d’essayer de le trouver sur le terrain et pour cause, il faisait preuve d’un altruisme supérieur à celui qu’on lui avait connu. Cela ne l’empêchait évidemment pas d’avoir des soirées où il enfilait sa cape de super-héros, jouant sa plus belle partition de soliste. Mais cela faisait partie de la vie aux côtés du Black Mamba. Il fallait savoir l’accepter.

L’équipe continua ainsi de naviguer à l’aveugle les semaines suivantes. Les blessures, les contrariétés, les défaites improbables et le manque de constance continuaient d’émailler la saison. Kobe quant à portait les siens sur ses épaules. A tel point qu’outre les observateurs qui craignaient la dépendance de l’équipe, si Playoffs nous atteignions, ce fut surtout l’état général des joueurs qui devint une problématique. D’Antoni était un excellent coach, mais tout ne fonctionnait pas comme il le souhaitait. En revanche, et je n’étais pas le seul, je commençais à me demander s’il réalisait à quel point ses rotations étaient courtes, surtout pour un effectif aussi âgé.

Steve Nash et Steve Blake s’étaient blessés pour plusieurs semaines dès le début de saison. Début février, Gasol se blessa assez lourdement, pour une absence estimée à au moins 1 mois, alors qu’il semblait avoir trouvé des solutions dans sa relation avec Howard. Un mois plutôt, nous avions perdu Jordan Hill pour toute la saison. Bryant, Howard, Artest, Jamison et Meeks étaient les rares joueurs récurrents dans les plans de D’Antoni à avoir manqué peu de rencontres. Ce manque de stabilité n’aidait pas les coachs ni les joueurs à y voir clair. Tout le monde était fatigué, ce qui ne facilitait pas non plus les relations humaines.

Dans ces conditions, tout devenait compliqué. Prenons fin février. Les pourcentages aux lancers de Dwight Howard devenaient un véritable problème. Ils avaient lourdement chuté depuis sa période Orlando et il ne tirait plus qu’à 49%. Il devenait ainsi tentant de l’envoyer sur la ligne des lancers pour mettre les Lakers en péril. Le pivot enchaînait désormais les séances pour régler le problème sous le regard désabusé de certains coéquipiers. Ses difficultés représentaient bien le malaise de l’équipe. Howard était adroit à l’entraînement, où il n’avait aucune difficulté à proposer des pourcentages élevés. Mais à chaque rencontre, vous pouviez voir Kobe fulminer devant les échecs répétés de son coéquipier. Dwight faisait face à un problème mental plus que technique. Il ne prenait plus autant plaisir à jouer, n’était plus aussi efficace et vivait de toute évidence mal la pression qui entourait l’équipe, voire qui transpirait au sein même des vestiaires.

XIV.

Le cas Howard était paradoxal. Et je commençais à penser qu’il était peut-être la clé pour que cette équipe décolle. Dans les faits, tous les joueurs de l’équipe avaient connu de fortes adaptations. Kobe jouait désormais beaucoup de pick&roll, se forçait à être plus altruiste. Gasol était complètement sorti de sa zone de confort, Steve Nash ne portait plus le ballon. Bref, les joueurs majeurs de l’équipe avaient dû modifier leur jeu pour essayer d’exister ensemble. Howard pas réellement. Il jouait toujours près du cercle. Offensivement, on attendait toujours les mêmes choses de lui en défense. Certes il ne touchait plus autant de ballons qu’à Orlando, mais rien n’était censé le mettre en difficulté de la sorte.

Pourtant ses pourcentages ne remontaient pas, et malgré des statistiques très solides, il ne pesait pas autant sur le jeu. Si à l’entraînement, certains joueurs n’hésitaient pas à s’invectiver, surtout le Mamba, je commençais à me demander si je ne devrais pas interroger ses coéquipiers et le joueur. A chaque occasion, je glissais donc une question à un membre de l’équipe ou à Howard lui-même.

Finalement, après quelques jours à discuter, une théorie me vint. Le premier problème d’Howard était humain. Ici, il ne souriait plus comme en Floride, car la pression au sein et autour de l’équipe lui interdisaient d’être lui-même. L’ambiance n’était pas particulièrement mauvaise dans le groupe, mais ces gars-là n’étaient pas amis. Ils ne sortaient pas ensemble, ne s’invitaient pas les uns les autres. Ils cohabitaient tout au mieux et c’était quelque chose de difficile à gérer pour le colosse. Mine de rien, Howard était encore jeune et avait toujours fait en sorte en tant que franchise player que ses équipiers deviennent des amis, des potes. Sauf qu’ici, Kobe était l’intendant du château. Et dans la vision de Kobe, une équipe n’avait pas besoin de cela pour gagner, il suffisait juste d’être rigoureux et que chacun donne le meilleur de soi-même. Alors ce fossé entre sa situation idéale et la réalité faisait un gap assez dur à accepter.

La fin de son ère à Orlando, pour le moins tumultueuse, couplée à cette baisse d’influence dans le jeu en faisait une cible facile. D’autant que les médias spéculaient beaucoup sur l’ambiance délétère et conflictuelle qui existait entre Kobe et lui. De ce que j’avais observé, cette colère à l’égard de son coéquipier était largement exagérée. Toujours est-il qu’il n’était pas heureux, sauf que cela n’expliquait pas tout. C’est finalement Ron Artest qui me donna la dernière pièce du puzzle.

L’ailier était fantasque, parfois brutal vu en tant que spectateur. Il était aussi un excellent coéquipier. Vous pouviez partir à la guerre avec Artest, il ne vous lâcherait pas, il resterait à vos côtés peu importe la situation. La critique à peine voilée que je fis à l’encontre du pivot fit directement ressortir ses instincts de défenseur. La réplique fut immédiate :

Les journalistes, les observateurs, ils ne savent pas avec quoi il joue mec. Il avait cette merde dans le dos, c’est déjà un miracle qu’il soit là à toutes les rencontres.

Sous mon regard interloqué, il poursuit.

Tout le monde savait qu’il était revenu bien trop tôt de son opération. T’as vu les photos de son dos ? C’était affreux, affreux mec !

Ce qui était étonnant dans son attitude, c’est qu’il semblait à la fois agacé des critiques, mais aussi franchement fasciné par le problème. Il continua en me disant que Dwight ne voulait pas que ça se sache, alors ça devait rester entre nous. Il sortit son téléphone et me montra une photo. Hé bien, oui, c’était affreux. Une sorte d’excroissance jaunâtre dans le dos, qui ressemblait vaguement à un nugget assez imposant. Sachant que le pivot avait eu une telle ignominie dans le dos, était censé revenir en décembre mais avait fait son retour en avril, on pouvait comprendre les difficultés qu’il éprouvait.

Il paraît que c’était lié à ses nerfs, à son hernie discale, un truc comme ça. Mais ouais, si quelqu’un envoyait cette photo aux médias, beaucoup retireraient une bonne partie des critiques qu’il ramasse à longueur de journée !

Et c’est là, que je compris qu’il était difficile de se faire une idée de quelqu’un sans vraiment faire l’effort de le connaître. Les images à l’appui, le retour rapide de Dwight ainsi que sa présence soir après soir sur les parquets apparaissaient comme surhumains, dignes de son surnom. Toujours est-il que cela étant dit, il fallait bien en venir à cette conclusion : rien n’allait cette saison…

XV.

Le 3 mars fut une date importante pour nous. Après 60 rencontres, après avoir essuyé déceptions sur déceptions, nous étions pour la première fois à l’équilibre comptable. C’était une petite victoire, certes, mais un signe appréciable dans la course aux Playoffs. Une nouvelle fois, seuls 8 joueurs avaient été alignés et Kobe s’était échiné à arracher la victoire face à des Hawks accrocheurs. Avec ses 34 points et sa touche habituelle d’héroïsme, le Mamba avait permis de l’emporter d’un petit point.

Neuf jours plus tard, la situation continuait d’être enthousiasmante, les Lakers commençaient enfin à jouer comme une bonne équipe. En ce 12 mars, Howard faisait son premier retour à Orlando depuis son départ. Il apparaissait particulièrement motivé à la sortie des vestiaires, déterminé à marquer le coup après les nombreuses critiques essuyées durant son transfert. Comme tous les joueurs NBA, il voulait montrer à son ex que sa nouvelle vie était bien meilleure aux bras de sa nouvelle compagne. Ses anciens équipiers avaient eux aussi cocher la date sur le calendrier, ulcérés par son comportement passé.

En pleine période du « hack », pratique qui consistait à envoyer les joueurs maladroits sur la ligne des lancers pour casser leurs adversaires, le Magic fit vivre son pire cauchemar au pivot, l’envoyant 39 fois sur la ligne. Pourtant, galvanisé par l’évènement, il en convertit 25, terminant la rencontre avec un gargantuesque 39pts, 16 rbds, 3 ctrs. De quoi se remettre en confiance avant une dernière ligne droite décisive, quand bien même cette rencontre fut une parodie de basket. J’espérais derrière mon poste de télévision que ses coéquipiers avaient su fêter ça avec lui. Ils avaient besoin de s’unir pour affronter ces dernières semaines.

Les jours suivants, l’équipe continua à enchaîner les bonnes et mauvaises séries. La petite option prise sur la 7è place commença à s’effilocher durant un enchaînement peu flatteur. Le 28 mars, face à des Bucks eux aussi sur la corde raide, nous prenions un revers intolérable, laminés par les titulaires de la franchise du Wisconsin. Monta Ellis et Brandon Jennings avaient parfaitement alterner scoring et distribution pour nous faire rendre les armes.

Malgré sa saison fantastique en attaque, cette soirée mis une fois de plus en évidence le manque d’énergie de Kobe en défense. Déterminé à aller en Playoffs, Bryant n’en était pas exempt de reproche sur une partie de son jeu. Le joueur habitué des All-Defensive Teams semblait bien loin. Quand on partageait la raquette avec un Steve Nash sur sa quarantaine, ce n’était pas un cadeau pour l’équipe. Une situation d’autant plus compliquée que l’un des rares joueurs dont la spécialité était la défense avait lui aussi succombé aux blessures. Ron Artest, ou « Metta World Peace », comme il se faisait désormais appeler avait flanché, trahi par ses ménisques. Opéré à la hâte, il espérait revenir dans la rotation avant la fin de la saison. Une décision impensable, voire dangereuse. Mais à son image : extrême.

Pour le meilleur ou pour le pire, il ne restait que 9 matchs et la détermination du groupe était maintenant la meilleure arme pour espérer la post-saison.

XVI.

Les fans n’avaient jamais été plus ivres de Kobe qu’après cette saison magistrale. Il catalysait toute leur attention malgré le casting phénoménal qu’on lui avait donné. Héroïque, on attendait de lui de sauver cette saison et de créer l’exploit durant les Playoffs.

Pourtant, dans cette dernière course, c’est Howard qui par deux fois fit la différence avec des performances édifiantes sous les panneaux. Deux performances soldées par deux victoires, qui donnaient un peu d’air à LA. Le match suivant, nous arrachions une victoire in-extremis face aux Grizzlies. Cette fois, c’était les deux compères Bryant-Gasol qui brillaient par leur justesse, au cœur d’une rotation réduite à 7 joueurs.

Nos espoirs furent à nouveau douchés par une humiliation des mains de nos voisins de LA, les Clippers. Cette saison, ils nous avaient fait valoir leur supériorité, rappelant à chaque fois qu’ils avaient pris le contrôle de la ville, mais aussi aux fans et à la franchise que Chris Paul aurait dû être un Laker. Néanmoins, ce match confirma le début de relation qui se faisait entre Pau et Dwight, qui arrivaient enfin à cohabiter sur le terrain sans que cela ne sonne le glas de l’espagnol.

A l’issue de ce revers, nous confirmions notre meilleure forme, derrière un bon collectif et une victoire logique contre des Hornets en reconstruction. Il ne restait que 4 matchs, il fallait maintenant gagner à tout prix pour valider définitivement notre billet pour la post-saison.

La prochaine rencontre nous opposait à une bonne équipe des Blazers, menée par le jeune Damian Lillard, mais aussi Nicolas Batum, Wesley Matthews et le patron : LaMarcus Aldridge. Cette rencontre avait tout du match décisif dans cette saison. Et si les Lakers avaient des absences, c’était aussi le cas de leurs adversaires qui réalisaient une saison décevante, en dépit de leur détermination à accrocher leurs adversaires soir après soir.

Tout le staff suivait les joueurs pour ce dernier déplacement. Dès l’aéroport, l’effectif paraissait chauffé à blanc, galvanisé par l’enjeu. Pour eux rater les Playoffs serait une humiliation, et jamais de la saison ils n’avaient à ce point paru être une équipe, malgré l’absence désormais définitive de Steve Nash pour la saison régulière.

XVII.

Si proche et pourtant si loin. Peut-être, n’avez-vous pas connu Kobe Bryant en NBA. Si vous êtes un jeune fan, il y avait quelque chose qui ne trompait avec la star des Lakers : le regard.

La concentration de Kobe ce soir-là rappela une fois de plus que sa détermination n’avait pas flanché avec l’usure des années. L’ivresse de la victoire peut parfois ternir le compétiteur, mais pas ceux de la trempe du Mamba. Au contraire, l’appétit venant en mangeant, les victoires n’avaient cessé d’aiguiser ses crocs et de développer son appétit. Il pouvait sembler complètement dingue de voir ce vétéran, 5 fois titré, être aussi mobilisé pour une rencontre de saison régulière. Mais sûr de ses capacités, le Mamba pensait pouvoir faire de grand-chose avec cette équipe. Kobe pensait toujours qu’il pouvait pénétrer un peu plus dans la légende et il ne pouvait laisser cette saison entacher un tel CV.

Ce match-là, le Mamba récita une nouvelle partition légendaire dans sa saison magistrale. Supporté par un duo Howard-Gasol en grande forme, l’arrière tua les espoirs de Blazers accrocheurs. Chirurgical à 3 points, dominant de toute sa technique et de sa grâce au poste, il fit craquer ses adversaires par son agressivité. Incapables de l’arrêter, les joueurs de Portland désabusés furent obligés de l’envoyer sur la ligne des lancers francs. Pour ne rien gâcher, Kobe mettait toute son énergie en défense, comme rarement cette saison pour maximiser ses chances.

Au final, c’était 47 points, 8 rebonds, 5 passes, 3 interceptions et 4 contres assenés à des adversaires, rendus à déposer les armes. Les Lakers repartaient avec la victoire, le jeune Lillard (38pts, 9 passes) ne pouvant que regarder, pantois, la performance de l’ancien.

Désormais, c’était l’heure du retour à la maison, où devait s’écrire le dernier chapitre d’une saison régulière qui nous paraissait interminable.

XVIII.

Plus que 3 matchs. L’ambiance au Staple Center était électrique. Les fans étaient mécontents de la saison, mais ils ne goûtaient pas leur plaisir de voir leur équipe jouer des matchs décisifs. En face, les Warriors, à l’aube de leur révolution, faisaient leur entrée dans l’arène. Alors que les joueurs étaient appelés sur le terrain, toute la folie de Los Angeles était à l’œuvre. Couleurs pourpres et or partout, flashs, écrans lumineux entouraient une fouleur fiévreuse. Il faisait chaud au Staple Center, terriblement chaud et je ne cessais d’observer les spectateurs excités s’agiter au gré de la musique et des animations d’avant match. Finalement, l’arène se transforma en étuve, en un four assourdissant quand les joueurs firent leur arrivée, annoncés en grande pompe par le speaker. Nous étions prêts pour une rencontre à couteaux-tirés. Alors que Kobe était appelé à faire son entrée, son calme placide contrastait avec la foule débridée.

Le plan était toujours le même. Rotations réduites, on essayerait de jouer sur la relation Gasol-Howard à l’intérieur et pour le reste, Kobe devait être la plus belle version de lui-même. Les dernières semaines, on avait tiré sur l’arrière plus que jamais, et sur l’équipe en général. Ron Artest était revenu trop vite et n’était que l’ombre de lui-même. Comme prévu, pourrais-je dire. Désormais, j’imaginait toujours Howard s’échiner avec sa convalescence inachevée, tandis qu’on savait tous que Bryant s’acharnait sur les parquets et à l’entraînement en dépit des nombreuses blessures qu’il trimballait depuis des années.

Dès les premières minutes, les équipes ont montré les crocs. Les deux devaient se battre pour éviter une 8è place et ainsi éviter une équipe du Thunder désormais épouvantail de la conférence. Kobe démarrait très fort, faisant face tantôt à Klay Thompson, tantôt à Harrison Barnes. Jeunes, athlétiques, les deux extérieurs dépensaient beaucoup d’énergie pour limiter le numéro 24. Insuffisant toutefois.

Incandescent, il enchaînait les shoots assassins, en sortie de pick, en catch&shoot, en isolation. Le niveau qu’il avait atteint cette saison était effrayant. Défendu, arrêté, sans élan, il plantait des tirs à tout moment, en toute position, au sommet de son art. Son jeu au poste était une œuvre d’art, finement affutée durant des heures de vidéos et d’inlassables journées à répéter les mouvements. Vous savez, parmi les choses qui ne m’auront jamais lassé, regarder Kobe au poste est au sommet de la liste. Multiples feintes, footwork, tout était absolument sublime, de la prise de position au déclenchement de son tir.

En fin de mi-temps, nous sommes néanmoins sortis de notre hystérie lorsque nous voyons notre arrière sortir en boitillant. Kobe venait de jouer les 24 premières minutes sans sortir, preuve que les Lakers vivraient ou mourraient par son héros. Nous l’avions déjà vu grimacer, jouer avec des entorses ou des petites fractures. Sauf qu’il avait désormais 34 ans, et que la machine était de plus en plus susceptible de se gripper.

A la reprise, sans transition, l’intensité était toujours la même, semblable à celle des Playoffs. Kobe se plaisait dans cette ambiance et ne semblait plus être gêné par sa douleur à la cheville. En apparence tout du moins.

Car dès la deuxième minute du 3è quart temps, lancé vers le panier, il est stoppé net par Festus Ezeli et chute brutalement.

C’est dans ces moments là qu’une salle de sport est fascinante. Vous pouvez avoir l’impression de vivre une nuit chaude d’été, enivré par l’alcool et la musique et soudainement vous retrouver dans une église abandonnée. Au moment où Kobe se retrouva à terre, se tenant le genou tétanisé par la douleur, un silence pieu se fit dans l’arène.

Il était à terre, grimaçant, le regard rivé vers le sol. Nous ne le savions pas encore, mais c’était la seconde alerte d’un joueur se dirigeant tête baissée vers sa propre fin. Après d’intenses minutes à l’observer, il réussit finalement à se relever, et à retourner en jeu.

Le match reprenait de plus belle, et les Lakers semblaient toujours dans le match. Les équipes se rendaient coup pour coup et les duels étaient musclés à l’extérieur comme dans la raquette. Quatre minutes plus tard, nouvelle action, nouvelle isolation pour le numéro 24.

Kobe attaqua le panier, se stoppa en pleine course pour se retourner et jouer un fadeaway. Il avait 3 joueurs des Warriors sur le dos mais réussit à prendre le tir et avec, accepta le contact. Faute.

Tout paru classique dans cette action de l’angelino, mais à la réception, il tituba et s’éloigna, se tenant la cheville – visiblement très douloureuse -, puis remonta la main à l’arrière de celle-ci. Il manqua de tomber, avant de se reprendre calmement. Son visage attestait d’une douleur inhabituelle, ses traits étaient crispés, sa mâchoire serrée. Une fois de plus, le calme retomba, plat, alors que je commençais à comprendre que la douleur venait du tendon d’Achille. Ai-je réalisé à ce moment-là que c’était un présage funeste ? Probablement pas, seul le résultat comptait.

Sur le banc, personne ne bougeait, aucun coéquipier ni coach ne semblait s’inquiéter outre mesure. C’est pourtant la troisème alerte.

Le match reprit, et l’arrière continua d’être lui-même. Toujours prêt à partir à l’assaut, à harceler ses adversaires, il assènait ses coups de butoir à des Warriors qui prennaient pourtant le large en fin de 3è quart temps. Mais rien ne découragaient désormais ces Lakers toujours au combat, malgré une fatigue qui se faisait sentir. Gasol et Dwight étaient énormes dans la raquette, mais celui qui brillait, vous l’aurez compris, c’est Bryant.

Dribble dans le dos entre 2 joueurs, puis le floater. Jeu au poste et shoot sur la tête de deux Warriors. Filet à chaque fois et on commençait sérieusement à recoller au score. On dit souvent qu’avant de s’éteindre, le corps a un dernier regain de flamme, et Kobe était une véritable torche humaine ce soir-là. A 5 minutes de la fin, il prit un écran, reçu la balle et planta un énorme 3pts. Une minute plus tard, en isolation, il remit ça, cette fois arrêté, sur la tête d’un Harrison Barnes. Un tir complètement contraire aux lois du basket, mais que Kobe n’a jamais eu peur de prendre et surtout pas dans ce genre de soirées. Le délire de la foule atteignit son point culminant sur ce panier.

Il ne restait que 3min38 à jouer et les deux équipes étaient à égalité. Kobe avait déjà joué plus de 44 minutes. Il était au bout de l’effort, le coup de sifflet final approchait, et le Mamba était également au terminus de sa mission. Les Warriors répondaient et reprennaient deux points d’avance.

L’action suivante, Kobe demanda le ballon en isolation, décida de repartir à l’assaut du cercle, débordant Harrison Barnes.

Le Mamba partit à gauche, surprenant son vis-à-vis. Mais alors qu’il semblait avoir fait la différence, il s’effondra, comme fauché par un véhicule invisible. Une faute fut sifflée il n’y avait pas faute. Bryant était à terre, la main à nouveau glissé vers son tendon d’Achille. Cette fois, il ne se relèvait pas.

Les caméras braquées sur la légende des Lakers ne trompaient pas, ses yeux étaient rougis. On pouvait l’interpreter comme on voulait, la douleur ou la lucidité.

Forcément qu’il y aurait une nouvelle occurrence après autant de signes avant coureurs. Et celle-ci était sans équivoque. Plusieurs voix s’élèvaient dans le public, mais globalement, nous avions compris. C’était la fin de la saison, la fin du voyage. L’idole de 34 ans venait pour la dernière fois de briller au Staple Center, et ce pour un bon moment.

Dans un ultime effort, il tendit les bras vers Meeks et Gasol qui l’aidaient à se relever. Il claudiqua jusqu’à son banc sous nos regards consternés. Si l’ambiance du Staple Center était fiévreuse jusqu’ici, c’est un soudain revers qui eu lieu. La température a soudainement chuté, et toute la salle fut rappelée à la réalité. Tout est retombé, nous faisant presque oublier qu’un match était en train de se dérouler. Un match qu’on pensait important.

Et qui n’était pas termine. Bryant n’avait toujours pas accepté de quitter l’arène pour rejoindre les vestiaires. Jusqu’au-boutiste, l’arrière décidait finalement de faire machine arrière. L’objectif de sa démarche était clair, mais mon esprit, embrumé par les derniers événements, mit du temps à analyser ce qu’il souhaitait faire. Il allait rejouer ? Comme ça ? Il retourna jusqu’au camp adverse, et là je saisis : pour tirer ses deux lancers, évidemment. Il s’appuya sur sa seule jambe valide et se lanca. Déséquilibré, il prit peu de temps pour tirer et transformer le 1er, puis le second. Un temps mort fut. Il était l’heure pour Kobe de rendre les armes.

A nouveau, il prit le chemin de son banc, recommençant une litanie affreusement triste et longue, sous les applaudissements, que dis-je, l’ovation d’une foule admirative de son champion. Maintes fois enhardi par le public, il ne semblait plus en tirer de force, et les secondes nécessaires pour traverser la première moitié de terrain durèrent une éternité. C’était son chemin de croix, dont nous étions tous témoins. Clou du spectacle, ce sont également de ses larmes dont nous fûmes témoins. Aux premiers rangs, nous n’avions d’yeux que pour lui, alors qu’il passait devant son banc sans même détourner le regard. Finalement, déchiré, brisé, il quitta le terrain.

Même ses adversaires semblaient sonnés par la nouvelle. Jusqu’ici, on imaginait le Mamba immortel.

Pour lui faire honneur, ses coéquipiers remporteront la victoire. Une victoire au goût amer, qui permettait aussi de réaliser la folie de l’entreprise que s’étaient lancés joueurs et coachs. Alors que Dwight transformait son dernier lancer, validant la victoire, je ne pouvais m’empêcher d’en vouloir à Bryant et D’Antoni. D’un commun accord, ils avaient orchestré une mission suicide en groupe très restreint, tirant sur une machine déjà usée sans vergogne. Kobe n’avait jamais été capable de se mettre des limites, Mike quant à lui n’avait jamais su protéger ses joueurs d’eux-mêmes. Le numéro 24 a été alerté. Son corps a essayé de le prévenir par deux fois qu’il était en surrégime. Tout le monde à jouer la sourde oreille, y compris le principal intéressé, toujours obnubilé par la victoire. Un sabotage de carrière en règle.

XIX.

Ces scènes repassaient en boucle dans ma tête, et j’imagine aussi dans celle des dirigeants. Peu importe ce qu’il arrivait désormais, cette soirée serait marquée comme celle où la maison pourpre et or s’était effondrée.

Je me doute que je n’étais pas le seul à me refaire le film, à me dire que cela n’en valait sûrement pas la peine. La scène avait pris un tournant encore plus cruel dans les vestiaires. Bryant les yeux rougis par les larmes. Il n’y avait pas besoin de mots, il n’y avait rien à dire. Les coulisses NBA sont un monde d’hommes taiseux. D’Antoni se contenta d’une frappe sur l’épaule, d’autres optèrent pour une accolade. Quelques encouragements furent soufflés, du style « s’il y en a un qui peut le faire, c’est bien toi ».

Kobe ne les entendait probablement pas. Il avait encore une mission avant de s’écrouler, avant d’écouter les voix qui lui diraient qu’aucun joueur de son âge, surtout à son poste n’était revenu de la pire blessure du basketteur. Avant cela, il devait tenir une conférence de presse où il entendrait tout ce qu’il refusait d’accepter maintenant, tout ce qu’il devrait refuser d’accepter après. Durant cette épreuve, difficile de dire que sa prestation ne fut pas remarquable. Plusieurs fois il paru près de chanceler, mais il encaissa toutes les remarques, fit même preuve d’humour pour clôturer la session.

Au cours de l’interview, Kobe rappela plusieurs fois qu’il serait là pour ses coéquipiers, qu’ils pouvaient gagner, que l’important serait la défense et la préparation. En dépit d’un effectif désormais privé de Nash, Bryant et de l’essentiel des capacités d’Artest, il faudrait trouver les ressources pour ces 2 derniers matchs.

Aussi étonnant et anecdotique que cela pouvait désormais paraître, le tandem Gasol-Howard prouva que leur relation aurait pu être meurtrière, en rapportant deux victoires magistrales. Tous concernés en défense, faisant la part belle aux deux intérieurs, les Lakers marchèrent sur les Spurs puis sur les Rockets. Ce faisant, ils avaient validé une 7è place et un ticket pour les Playoffs. Le tirage était évidemment désastreux, mais dans ces conditions, lequel ne l’était pas ?

Il faudrait tout donner pour faire face à une équipe des Spurs, toujours fidèle à elle-même malgré les années : en forme, bien coachée, solide de chaque côté du terrain. Pour son baptême à l’Ouest, Howard devrait faire face à l’inusable Tim Duncan. Une bien mauvaise surprise pour le joueur qui n’était toujours pas revenu à son niveau des saisons précédentes.

Il ne faut pas croire pour autant que l’objectif dans le vestiaire n’était pas la victoire. Pour des jeunes comme Earl Clark, c’était l’occasion de se montrer, de confirmer sa bonne saison, une surprise appréciée et trop peu mentionnée dans ce récit. Pour les anciens, Steve Blake, Pau Gasol, Dwight Howard et Steve Nash enfin de retour, c’était essayer de concrétiser cette très longue saison. Il fallait justifier tous ces efforts, tous ces sacrifices en tentant de piéger l’ennemi texan. Et cela commençait à l’extérieur, dans l’espoir d’arracher une victoire qui puisse faire tourner la série en notre faveur.

XX.

De pièce la plus problématique de l’effectif, Gasol était désormais le moteur de ce dernier. Sa nouvelle relation avec Howard et sa bonne entente avec Nash, revenu à son rôle de principal porteur de ballon, devait ouvrir les options en attaque.

Le premier match ne fut pas une mauvaise prestation, au contraire. Tout au long de la rencontre nous étions restés à bonne distance des Spurs. Le souci, c’est que distancés dès le début nous avions juste su rester à bonne distance, sans jamais effectuer un retour inquiétant. San Antonio possédait beaucoup d’options et nous perdions malgré des performances très moyennes des stars adverses.

Le match 2 permit de voir une rencontre plus accrochée en 1ere mi-temps. Les Spurs étaient maladroits et restaient devant grâce aux efforts du jeune Kawhi Leonard. Nos Lakers se battaient pour rendre la tâche compliquée à l’adversaire en défense. Pour le tandem Nash-D’Antoni, cette nouvelle bataille contre San Antonio était néanmoins une bataille de trop. Le meneur était trop court pour transcender son équipe. A 39 ans, blessé, il était contraint de jouer en trottinant et la défense était un enfer pour lui. En face Tony Parker était encore en pleine lumière et perforait nos lignes. La 4è faute de Dwight en début de 3è quart temps nous plombait définitivement. Après quoi, nous restions définitivement dans l’ombre des texans. La fin de la rencontre apportait une suite de mauvaises nouvelles. Steve Nash, Steve Blake, Jodie Meeks rejoignaient la liste des indisponibles.

L’équipe continuait de se préparer à lutter, mais dans les bureaux, difficile de ne pas admettre que nos esprits étaient ailleurs. Nous savions que la reconstruction était inéluctable et ne serait pas facile tant nous avions abandonné de tours de draft pour récupérer Nash. Un choix, qui, avec le recul paraissait douteux et inadapté.

Le match 3 fut une mise à mort, les joueurs étaient éreintés et je ne pouvais m’empêcher d’être admiratif de ceux encore sur le terrain pour essayer. Tous étaient plus ou moins blessés, tous savaient qu’ils n’avaient pas les armes. Le match 4 fut encore plus brutal, les Spurs décidés à en finir plièrent l’affaire en seulement 3 quart temps. Une sorte de délivrance pour les principaux acteurs malgré l’amertume.

Deux images me marquèrent particulièrement. Gasol retrouvant le banc, exténué, physiquement et mentalement. S’échouant sur le banc, il fut rejoint par Kobe, en costume, lui frappant énergiquement sur les épaules, l’air de dire « c’est terminé, tu t’en es sorti ». L’autre image, plus cruelle, fut celle de Dwight Howard ratant ses lancers francs sous le rire narquois de Tim Duncan. Une scène rare tant le leader de San Antonio est enclin à ne montrer aucune émotion. Le colosse des Lakers, visiblement désabusé et irrité, sortait du terrain, un « va te faire foutre » en guise d’au revoir à son adversaire et à cette saison maudite.

Epilogue

Pour les dirigeants, il était désormais temps de tourner la page. S’il était clair que tout ne se ferait pas en une saison, il fallait commencer à trier les cartes.

Une réunion avec Mitch Kupchak et les dirigeants permit de tirer au clair l’aspect clé de la situation : quid de Dwight Howard ? Agent libre, le pivot était venu dans le but de devenir la tête d’affiche des Lakers, mais plusieurs problèmes se posaient.

Tout d’abord, nous étions tous inquiets de savoir s’il redeviendrait un jour le joueur d’Orlando. Sans sa domination physique, le pivot n’était plus le joueur de première classe qu’on espérait obtenir. En outre, même si le temps pouvait permettre de revoir venir, son mal-être était évident et portait le visage de Kobe. L’arrière, même de retour d’une grave blessure entendrait rester le leader de cette équipe. Le message avait été clair de sa part et de toute évidence la loyauté envers l’arrière semblait intacte dans les bureaux malgré les nouvelles récentes.

J’avais du mal à imaginer le Black Mamba être lui-même à nouveau, mais personne ne souhaitait douter de lui, d’autant que si reconstruction il y avait, son image était trop importante sur le plan marketing.

Il fut finalement décidé qu’une rencontre serait organisée avec Howard le moment venu et qu’on essaierait au moins de voir ce qu’il était possible de faire. Kobe ferait parti de la réunion et ils essaieraient de crever l’abcès.

Cette rencontre eut bien lieu, et tourna, comme vous le savez sûrement, assez mal. Kobe expliqua à Howard qu’il deviendrait son mentor afin de lui laisser les clés du camion, pour sa retraite. Une offre qui parut complètement surréaliste et inacceptable à un Dwight qui de toute façon, avait déjà la tête ailleurs.

Cet été-là, au lieu de fêter le titre NBA comme nous l’avions rêvé un an plutôt, nous dûmes accepter que nous avions vainement perdu nos ressources pour monter cette équipe. Steve Nash ne rejouerait peut-être jamais, Howard s’en allait renforcer les Rockets, Pau Gasol voyait son avenir de plus en plus fou dans la franchise. Kobe Bryant, quant à lui, devrait affronter une convalescence presque impossible.

L’ère des Lakers semblait désormais à son terme pour un bon bout de temps, la maison pourpre et or s’apprêtant à voir sa grandeur bafouée pour les années à venir. Voici le triste bilan pour ce grand projet de la dernière chance.

 

Épisodes précédents

Bulls 1992-1993

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