Les Denver Nuggets ont infligé, cette nuit, à domicile le premier blow-out de cette série. Une victoire 98-124 face à une équipe de Portland qui semblait en manque de solutions, en manque d’énergie pour espérer prendre cette rencontre. Denver avait déjà infligé une démonstration aux Spurs, au tour précédant, lors ce même Game 5. Si on imagine que les dynamiques des séries relativement semblables ont pu aider les Nuggets à réaliser deux matchs similaires dans l’énergie et la maîtrise, il se peut néanmoins que le renversement soit plus douloureux pour les Trail Blazers.

Mais est-ce que la série pourrait avoir basculé du côté de Denver, alors que toutes les rencontres jusqu’ici ont été des plus disputés, notamment ce Game 3, remporté par Portland après 4 prolongations ?

Portland face à sa construction

En mars dernier, la franchise perdait sur une terrible blessure Jusuf Nurkic. Le pivot Bosnien, loin d’être une simple rotation était probablement le meilleur défenseur de l’équipe et la plus grosse menace hors du tandem Lillard-McCollum. Et c’est justement ce duo dont part les difficultés actuelles de l’équipe. Non parce qu’ils font une mauvaise série, mais parce que leur jeu est intrinsèquement soumis à des aléas que la construction de l’équipe met en avant.

En effet, les deux joueurs sont des arrières. Mais pas des monstres physiques (quoi que pour le meneur, cela soit très relatif), qui attaquent le cercle à répétition. Tous les deux sont des shooteurs, des joueurs qui aiment les tirs que l’on peut qualifier de compliqués. Le débat autour du tir pris sur Paul George pour clôturer le premier tour met parfaitement en exergue ce problème. Est-ce qu’un tir à 12 mètres est un bon tir, quand bien même le shooteur est coutumier de positions entre 8 et 10 mètres ? Si vous répondez non, vous avez dès lors du mal avec le jeu de Damian Lillard, mais si vous répondez oui, cela prouve bien une chose : il s’appuie sur des tirs qui poussent au débat, car vous allez devoir expliquer votre position.

Le soucis, c’est que si ces deux joueurs, par le danger qu’ils représentent peuvent créer des positions pour leurs coéquipiers, encore faut-il savoir qui trouver. Et c’est là que le bas blesse, car derrière, il n’y a pas de 3eme menace évidente, de créateur régulier. Les ajouts de Seth Curry et Rodney Hood apportent bien quelques solutions, mais pas de solutions régulières. De fait, si ces derniers ont su apporter un écot plus que bienvenue à 1 ou 2 reprises, les Trail Blazers souffrent du manque de solution.

Un manque de solution qui ne s’était d’ailleurs pas fait sentir face à Oklahoma City, mais pas parce que l’adversaire était moins talentueux. Juste, parce qu’il a tactiquement moins révélé les faiblesses inhérentes à cet effectif.

La défense de Denver

Bien compliqué de définir quel est le niveau défensif de cette équipe des Nuggets. Très forte en début de régulière, en baisse de régime sur la fin de saison, elle a été très inégale face aux Spurs. Pourtant, le plan de jeu face à Portland est bien plus évident et met dans une moindre mesure les Blazers face à leurs difficultés de l’an passé.

Étrillés par les Pelicans, Portland avait du s’incliner face à l’agressivité de New-Orleans. C’est un défi semblable que propose Denver. Avec moins d’experts défensifs, mais un mouvement collectif qui vise à couper la tête de l’équipe : Damian Lillard. Le schéma défensif de Denver est clair le concernant. Envoyer ses meilleurs éléments en défense (Torrey Craig et Gary Harris), ceux-ci ayant pour mission d’être le plus juste possible sur l’homme et de le presser très haut.

Sur pick&roll, phase offensive clé du jeu des Trail Blazers, Denver opte aussi pour l’agressivité. Les intérieurs de la franchise ne sont pas les plus athlétiques, mais possèdent tous un footwork suffisamment agile pour suivre l’extérieur, tout en sachant que Portland manquant d’intérieurs capables de sanctionner à distance, l’extérieur n’a pas besoin de rester sur l’intérieur et peut venir en aide sur Lillard (ou McCollum).

Or si les deux joueurs n’arrivent pas à se trouver, qui peut créer derrière ? Cela oblige donc à prendre un tir compliqué (défenseur plus grand + aide potentielle), ou à ressortir. Mais cela veut dire recommencer une période d’isolation à cause du manque de création de l’équipe, voire de mouvement sans ballon. Portland étant une des équipes qui fait le moins circuler le ballon (de toute la NBA), les difficultés peuvent vite devenir nombreuses. C’est ainsi que vous retrouvez avec un do tentant un florilège de pull-up jumpers, fadeaway, qui s’ils font parti de leur répertoire, restent des tirs compliqués.

McCollum va ici prendre un tir en sortie d’écran. Un pull-up compliqué puisque le timing pour avoir un bon tir est très réduit, l’obligeant à le prendre de manière précipité.

Sur cette action, vous notez toute l’agressivité des Nuggets. Gary Harris ne fait pas l’effort de passer devant l’écran, il laisse Plumlee attaquer le meneur, tandis que Jokic fait l’impasse sur Aminu pour aussi venir aider sur Lillard. Harris reste entre Lillard et Zach Collins pour pouvoir intercepter, mais décroche aussi rapidement pour venir contester un tir très difficile de Lillard. Un fadeaway sur un pied en sortie de course. L’absence de coupes, ou d’autres menaces pour exploiter pleinement les failles se fait cruellement sentir ici. Et Denver en profite.

Alors oui, les Blazers peuvent prendre l’avantage. Ils sont meilleurs sur transition, sont meilleurs que leurs adversaires lorsqu’il s’agit de marquer en isolation. Problème concernant le premier point, là où le Thunder se prêtait volontiers à un PACE élevé, les Nuggets aiment bien prendre leur temps et casser le rythme pour jouer plus de demi-terrain. Ces derniers prenant par ailleurs soin de la balle, il y a moins de contre-attaque à exploiter, et la transition doit provenir du rebond, un autre problème que rencontre Portland.

Les Nuggets mauvais match-up ?

OKC était censé être une défense de fer, mais il n’en fut rien. On pouvait imaginer qu’ils étaient plus talentueux avec Westbrook, George, Adams, Schroëder, mais jamais ils n’ont su proposer quoi que ce soit d’enthousiasmant dans la série. Pourquoi ? Pas de circulation de balle, manque de sang froid, beaucoup de déchet.

Les Trail Blazers, en faisant preuve de plus de discipline, plus de sang-froid, ont su limiter le Thunder, pendant que Russell Westbrook passait complètement à côté de sa série. Offensivement, s’ils ne furent pas brillants, rien ne fut mis en place pour limiter le duo Lillard-McCollum, qui a pu en tout état de cause, briser la troupe de Billy Donovan.

Ainsi, pliant la série en 5 matchs, Portland s’offrait du repos, en attendant Denver ou San Antonio qui sortirait d’une série en 7.

Pourtant, après 5 matchs, l’équipe qui a paru la plus fatiguée n’est pas celle que l’on pensait. Peut-être parce que le match-up est défavorable.

Tout d’abord, l’équipe n’a pas le matériel pour défendre sur Nikola Jokic. Nurkic tout bon qu’il fut, aurait d’ailleurs connu les pires difficultés à défendre au large sur le Serbe. Mais en son absence, Kanter apparaît comme l’unique solution. Une solution des plus complexes puisqu’il est un mauvais défenseur et qu’il se voit en plus diminué par une blessure à l’épaule. Résultat, la plaque tournante de Denver semble dominer sans difficulté : 26,4 pts, 14,4 rbds, 8,8 asts sur ces 5 premiers matchs. Pourtant, Terry Stotts a déjà tout tenté : Enes Kanter, Meyers Leonard, Zach Collins, Al-Farouq Aminu, rien n’y fait.

Avec ce point center qui distribue inlassablement le jeu (65 passes main à main dans le Game 3 !), c’est une circulation de balle contagieuse qui atteint Denver. Comme le soulignait justement Lillard, toute la difficulté d’affronter les Nuggets se joue là : une balle qui bouge sans cesse avec de nombreux shooteurs capables de sanctionner, mais aussi des arrières très dynamiques qui multiplient les coupes et les mouvements loin du ballon. Aussi, défendre sur cette équipe devient très vite éreintant.

Là où Denver fourni un effort d’équipe pour contrer un jeu basé sur l’isolation, Portland doit courir après les nombreux décalages créés par le jeu adverse, une tâche bien plus fatigante. D’autant que si Portland fait énormément d’efforts de ce côté du terrain, il ne faut pas oublier qu’il y a peu de défenseur d’élite dans ce groupe. Même Aminu et Harkless qui sont les deux forces majeures ne seront jamais mentionnés chez les meilleurs défenseurs sur une saison.

N’ayant pas le matériel pour éteindre Jamal Murray, comme les Spurs pouvaient l’attendre de Derrick White, n’ayant pas non plus un ailier fort expert défensif, Portland doit en plus faire avec un retour en grâce de Paul Millsap qui peut enfoncer au poste Aminu et Harkless, bien impuissants devant les 112kgs de l’intérieur.

Que faudra-t-il aux Trail Blazers ?

Pour gagner, Portland sait qu’il faut stopper la circulation de balle adverse et attendre de leur duo qu’ils fassent la différence. Le traitement réservé à Lillard étant bien supérieur à celui de McCollum, ce dernier est évidemment une clé. Ses 41pts dans le Game 3 faisaient par exemple une différence détonante et sa très bonne prestation lors du match 4 aurait pu permettre à l’Oregon de prendre un ascendant presque décisif dans la série.

Les role players doivent également proposer du mouvement. On a vu lors du match 4, à quel point un Al-Farouq Aminu multipliant les coupes vers le panier pour aider ses extérieurs donnaient un autre dynamisme à l’attaque des Blazers. Car si Portland devient l’agresseur, il y a ce qu’il faut sur des kick-out pour enflammer la défense adverse de tirs assassins. Seth Curry, Rodney Hood, Damian Lillard, CJ McCollum sont autant de joueurs qui peuvent prendre feu derrière l’arc. Le groupe des Blazers a en effet l’avantage d’être plus mature, d’avoir mené plus de campagnes de Playoffs. Ce sang-froid que cela peut apporter sera nécessaire pour revenir dans la série et l’arracher.

Mais c’est aussi des efforts collectifs dont la solution doit venir. Comme on pouvait s’y attendre lors des previews, les Nuggets perdent moins de ballons, mais surtout dominent l’adversaire en prenant beaucoup de rebonds offensifs. Le 4eme quart temps du Game 2 était un exemple saisissant de ce que cela peut coûter à Portland. Multipliant les rebonds offensifs, Denver a failli arracher un match que la franchise de l’Oregon dominait pourtant, jouant plus juste offensivement.

En Playoffs, plus encore qu’en régulière, on aime dire que chaque possession compte. Cet adage pourrait se vérifier. Limiter cette domination des Nuggets apparaît comme une clé dès le Game 6, car c’est dans leur antre que Portland peut retrouver de l’allant dans cette série.