What if, c’est quoi ? Simple comme bonjour. Il s’agit de reprendre un fait historique de l’histoire NBA, un trade, une blessure, une fin de carrière, un shoot, une action, et d’en changer le cours. Pourquoi ? Pour raconter des histoires, déjà. Pour revisiter les coulisses de certains moments-clés de l’Histoire de la balle orange et les faire découvrir à ceux qui les ignorent, ensuite. Aussi pour faire prendre conscience que la NBA que l’on connait aujourd’hui est le résultat d’un nombre incalculable de facteurs différents, et qu’elle aurait pu être toute autre si l’on touche à un seul d’entre eux. Bienvenue dans le monde de What if !


What if : 2003, la mauvaise pioche des Pistons.

Ah, 2003… En 2003, Sniper sortait son deuxième album, la canicule allait frapper la France, tout le monde pleurait devant Le Pianiste au cinéma, et Lebron James venait de débarquer avec quelques copains dans le paysage NBA. Parmi les jeunes joueurs de cette cuvée, un certain Darko Milicic. Lui qui n’avait rien demandé à personne va devenir l’emblème des bust, ces joueurs draftés trop haut qui déçoivent une fois sur le terrain. Pour situer les choses, il y a eu Sam Bowie, drafté en 2ème position en 1984 entre Hakeem Olajuwon et Michael Jordan, et quelques années après son alter-ego des années 2000, Darko Milicic.

Tout d’abord, replaçons les choses dans leur contexte. Draft 2003, tous les GM de NBA sont à l’affût depuis des mois, la cuvée étant annoncée comme très prometteuse et remplie de talents qui ne demandent qu’à exploser. Des futurs patrons sont dans les rangs, ça ne fait aucun doute : LeBron James, Carmelo Anthony, Chris Bosh, Dwyane Wade, … La draft approche et les Cavs s’en sortent avec le 1er pick – habitude qu’ils garderont après d’ailleurs – tandis que Detroit et Denver complètent le podium.

Les Pistons peuvent remercier les Grizzlies pour ce pick, obtenu quelques années auparavant via un trade entre les deux équipes. Detroit est dans une situation quasiment rêvée à l’approche de la draft. La franchise possède déjà dans son roster de très bons joueurs comme Chauncey Billups, Richard Hamilton ou encore Ben Wallace, récemment élu meilleur défenseur de l’année, ainsi que quelques petites pépites comme Tayshaun Prince. Cette petite bande vient de terminer la saison régulière avec 50 victoires et est arrivée jusqu’en Finales de conférence, où ils seront victimes d’un bon gros sweep par les Nets de Jason Kidd. L’avenir semble assez prometteur pour la franchise en dépit de ce faux-pas, et autant dire qu’avoir un 2nd pick de draft dans cette situation-là, c’est l’occasion idéale pour ajouter à cette machine un jeune à fort potentiel pioché dans une génération dorée.

Joe Dumars, alors élu NBA Executive of the Year, va faire LE choix : all-in sur Darko Milicic, et au diable Carmelo Anthony, Dwyane Wade, Chris Bosh et compagnie. Le jeune joueur serbe est choisi par la franchise en 2ème position, derrière LeBron James. La suite ? Comment vous dire… Un fiasco, un désastre, un des plus mauvais choix de draft de l’Histoire NBA, une absence totale de flair, une calamité, une honte, bref : une connerie. La sauce ne prend pas, Darko ne joue pas, Detroit a déjà du monde à son poste et Larry Brown ne veut de toute façon pas le faire jouer. Le serbe filera finalement à Atlanta en 2006, en poursuivant une carrière dans l’anonymat, sauf pour sa proche famille et ses 4 fans.

Joe Dumars le reconnaîtra lui-même quelques années plus tard :

« Quand je regarde en arrière, je réalise qu’on ne savait pas la moitié des choses qu’il y avait à savoir »

Selon ce même Dumars, depuis cette mésaventure les Pistons font plus de taff que n’importe quelle équipe NBA pour connaître le maximum de choses possibles au sujet des futurs pépites de la draft. Traumatisés les mecs.

Mais dans leur malheur, les Pistons vont s’en sortir plutôt très bien : ils auront leur bague en 2004, avec un trade effectué en cours de saison qui sera lui un très joli coup, j’ai nommé Rasheed Wallace. S’en suivront quelques belles années avec un retour en Finales en 2005 et des apparitions en Finales de conférence jusqu’à la saison 2008-09, où les choses se gâteront sévèrement. Quand on voit aujourd’hui la longévité de joueurs comme Lebron, Wade ou Melo, on peut quand même se poser la question : franchement, ça aurait donné quoi avec un autre choix pour Detroit ?

What if Darko Milicic n’avait pas été drafté par les Pistons ?


I.

Le sweep infligé par les Nets laisse beaucoup de traces dans la franchise de Detroit. Les joueurs qui sortent pourtant d’une belle saison ressortent des playoffs la mine triste, et le board de la franchise également. Joe Dumars en est convaincu, il y a des choses à changer. Il sait que le pick 2 de la draft 2003 va pouvoir offrir de belles opportunités à son écurie, mais il veut également changer des choses en interne. Rick Carlisle, le coach des Pistons va en faire les frais et la franchise voit débarquer sur son banc un vieux de la vieille, Larry Brown.

Larry Brown est un personnage à part entière dans la NBA et un coach réputé, récompensé quelques années auparavant du titre de Coach de l’année en 2001, alors qu’il officiait sur le banc de Philadelphie avec un certain Allen Iverson en joueur phare. Brown est un coach aux principes bien ancrés. Il aime le sérieux, l’application, l’intensité. Il veut que ces joueurs jouent « the right way« , de la bonne manière en VF : un crédo qu’il ne lâche jamais, un peu flou et difficile à définir, mais qui implique une idée simple de jeu juste. Larry Brown n’est pas un coach tendre, il aime crier, s’enrager auprès de ses joueurs pour en tirer le meilleur. Ceux qui supportent cette pression, même s’ils sont moins talentueux que d’autres, Brown peut les amener très loin. Larry Brown est aussi un coach qui aime avoir la mainmise sur son effectif, afin de choisir ses soldats lui-même pour partir en guerre. Très vite en arrivant à Détroit, il va avoir une exigence : un droit de regard sur la draft 2003. Étrange lorsque l’on sait que ce n’est pas le genre de coach à avoir pleine confiance dans les jeunes prospects. Joe Dumars, qui en cours d’année avait déjà fait part de ses intentions de porter son choix sur Darko Milicic ou Carmelo Anthony, accepte pourtant. Il proposera un nom, et Brown aura droit de donner son avis, sans pour autant avoir un droit de veto.

LeBron James est annoncé depuis des mois comme le choix numéro 1 inévitable et est donc hors de portée pour Detroit : le choix se fera ailleurs. Darko Milicic, le jeune serbe, est entouré d’une hype lui faisant avoir une très belle côte. Alors que la NBA s’ouvre doucement mais sûrement vers les joueurs européens grâce à l’influence montante de certains représentants du Vieux Continent, Milicic fait figure de nouvelle pépite. Dumars est très attiré par son profil, lui rappelant un certain Dirk Nowitzki, et aimerait bien voir ce nouveau Dirk dans sa franchise. Avec lui, Carmelo Anthony, Chris Bosh, Dwyane Wade sont autant de noms qui sont prédestinés à d’immenses carrières en à croire les spéculations.

Joe Dumars fait donc part à coach Brown de son intérêt pour le jeune serbe. Veto net du coach. La raison ? Il compte déjà dans son effectif et au même poste le meilleur défenseur de la Ligue en la présence de Ben Wallace, qui colle parfaitement au plan de Brown pour l’équipe, et il ne veut pas d’une jeune pousse à ce poste si particulier. Si les Pistons prennent Milicic, Darko ne jouera pas, Dumars est prévenu. Il aura beau essayer de convaincre Brown du bienfait que pourrait apporter Milicic aux Pistons, rien n’y fait. Le vieux Larry n’a pas la réputation de faire confiance aux jeunes, alors si on lui met dans les pattes un jeune dont il ne veut pas, ce n’est même pas la peine de penser en tirer quelque chose. Restent donc Bosh, Wade et Anthony, annoncés comme favoris au top 5 avec LeBron James. La faiblesse des Pistons semble se situer au poste 4, Robinson étant plus sur la pente descendante que l’inverse. A priori pour coach Brown, hors de question de faire commencer titulaire un rookie à peine drafté, surtout dans la peinture, qu’il veut rugueuse et dure au mal.

Pourtant, à bien y regarder, Bosh semble la solution évidente. Wade évolue sur le poste 2 où évolue déjà Richard Hamilton, alors titulaire indiscutable et meilleur scoreur des Pistons. Carmelo Anthony évolue quant à lui sur le poste 3, où Thayshaun Prince est promis à un rôle de titulaire après une première campagne de playoffs réussie où il s’est dévoilé, et possédant de plus un profil défensif qui plaît beaucoup au coach et qui colle à l’identité Pistons. Dans le cas où les Pistons feraient le choix de prendre Wade ou Anthony, ceux-ci devraient commencer leur carrière sur le banc, les titulaires en place étant forcément privilégiés.  Bosh, lui, aurait des minutes et pourrait apprendre au contact du meilleur défenseur de la Ligue qu’est Ben Wallace. Mais Brown est trop septique à l’idée d’intégrer un rookie dans son cinq majeur et réfute l’idée. Le choix devra être fait entre Wade et Anthony. Dumars décide alors de consulter les joueurs majeurs de sa franchise.

Billups, Hamilton et Wallace sont au courant de la situation et expriment leur ressenti. Tous sont d’accord : le souvenir du sweep est toujours présent et ils sont prêts à tout pour accéder à leur rêve de titre. Avec un collectif déjà bien huilé et 50 victoires la saison précédente, ils partent avec de bonnes bases. Dumars le sait en tant qu’ancien joueur, il y a forcément une part de fierté qui se cache derrière les paroles de ses joueurs : ceux-ci n’accepteront pas du jour au lendemain de partir sur le banc au profit d’un rookie juste car ce dernier a été drafté très haut. Il faut choisir le bon, celui qui acceptera de commencer sur le banc, sans froisser les titulaires et insérer la concurrence petit à petit. Dumars a choisi. Il fait part de son choix à Larry Brown, qui, miracle, ne trouve rien à redire.

Le jour de la draft, après l’annonce de David Stern, c’est officiel : Dwyane Wade est un joueur des Detroit Pistons. Pourquoi Wade ? Un ressenti de Joe Dumars. Le joueur, athlétique, scoreur, déterminé, intelligent, a plu au décisionnaire. Carmelo Anthony et sa panoplie offensive complète aussi évidemment, mais il fallait faire un choix. Avec la préférence de Brown pour une équipe défensive, Tayshaun Prince allait être un élément déterminant des Pistons cette année, et lui mettre un concurrent dans les pattes alors qu’il venait d’éclore aurait été un mauvais calcul. Wade aux Pistons, le choix est fait, la saison peut commencer.

II.

Les Pistons se retrouvent ainsi avec un cinq majeur inchangé lors de la saison 2003-04, si l’on compte l’intégration définitive et bienvenue de Prince au poste 3. Le banc quant à lui, est nécessairement renforcé par l’arrivée de Wade. Entouré par les cadres que sont Billups, Wallace et Hamilton, le rookie comprend assez vite sa situation. Il n’aura pas l’itinéraire d’un rookie classique, qui arrive le plus souvent dans une équipe aux résultats faibles et qui se voit confier les clés du redressement. Wade arrive dans une équipe de premier plan, et comprend qu’il va devoir se donner à 200% des deux côtés du terrain chaque jour, d’autant plus s’il souhaite intégrer les plans de son coach. De son côté d’ailleurs, Larry Brown reste fidèle à ses principes et démarre la saison sans faire une grande confiance à son jeune rookie, tout en le testant en permanence. Wade ne se démonte pas et continue de travailler dans l’ombre, profitant des petites minutes accordées par Brown. L’arrière rookie a du talent plein les mains, et lorsqu’il a le temps de pouvoir l’exprimer, il est indéniable.

Les Pistons arrivent rapidement à intégrer le système de jeu prôné par Larry Brown. Le coach au caractère bien trempé arrive à faire de ce groupe une équipe qui lui ressemble et qui colle à l’esprit historique des Pistons. Rude, imprenable à domicile, une défense solide, une attaque collective impeccable : Détroit marche sur la conférence Est.

Lors d’un match de saison régulière qui sonne l’heure des retrouvailles entre Pistons et Nets, les choses tournent mal pour Detroit. Rip Hamilton et sa bande se font déborder par la bande de Jason Kidd, Vince Carter et autre Kenyon Martin. Dans ce match où les Pistons n’y arrivent pas, Larry Brown décide d’envoyer Dwyane Wade sur le terrain dès le début de la seconde mi-temps à la place d’Hamilton. Detroit galère toujours, mais le talentueux rookie va réussir son entrée en jeu et va sauter aux yeux du public des Nets et de la NBA toute entière. Wade va briller, pas seulement dans la colonne « points » des statistiques, mais également de l’autre côté du terrain, en défendant du mieux qu’il le peut sur Kidd afin d’essayer de stopper le grand manitou de New Jersey. Parfois, le destin d’un joueur NBA s’écrit sur un match, sur ces occasions où il faut être le bon gars, au bon endroit, au bon moment. Ce soir-là, même dans la défaite, Wade devait être là, pour que son histoire prenne enfin son envol. A la fin du match, Wade a réussi son plus grand défi d’alors : se faire accepter par son coach et ses pairs.

Suite à ce match, Dwyane Wade va gagner considérablement des minutes et va devenir peu à peu le leader de la second unit de Detroit, ayant la balle en mains en attaque et étant souvent chargé d’imprimer le tempo en défense en l’absence des titulaires. Ces qualités athlétiques et sa jeunesse lui permettent de carburer à 200% des deux côtés du terrain sans aucun soucis. Le rookie arrive ainsi à trouver son rôle, un vrai rôle. Cependant, les Pistons marqueront toujours certaines lacunes, notamment dans la peinture. Alors que le mois de février approche à grands pas, Joe Dumars réalise un coup de maître en récupérant Rasheed Wallace, en transit à Atlanta après être parti de Portland. Avoir un intérieur de la trempe du Sheed est tout ce que demandait Brown pour compléter une équipe déjà bien équipée : un joueur dur qu’il devra cadrer, un shooteur adroit, et une grande gueule à faire pâlir les plus courageux. Avec le duo Wallace dans la raquette, les Pistons viennent de combler leur problème principal.

Dans le même temps, le poids de Wade dans le roster des Pistons est de plus en plus considérable à l’approche des playoffs, et le rookie s’intègre parfaitement dans la rotation de Detroit. En sortie de banc, on ne fait pas beaucoup mieux en cette année 2004, et Wade se place sur le podium dans la discussion du trophée pour être Sixième Homme de l’année, pendant que son ami LeBron récupère le trophée de Rookie de l’année de son côté. Dumars et les Pistons le savent, ils tiennent une pépite.

Motor City se trouve en tête de la conférence Est à l’issue de la saison régulière, grâce à l’apport formidable du Sheed en deuxième partie de saison. La défense de fer de Detroit fait régner la peur sur la Ligue entière, et les équipes transpirent à l’idée de se rendre jouer dans le Palace d’Auburn Hills, forteresse imprenable et hostile. Autant dire qu’en s’assurant d’avoir l’avantage du terrain jusqu’en Finales, Detroit se pose comme favori à l’Est. Et cela va en effet se vérifier, Detroit arrivant à se rendre en Finales de conférence sans grande difficulté après un gros sweep au premier tour et un 4-1 mené de main de maître au deuxième tour, le tout avec une moyenne de points encaissés de seulement 83.8pts à domicile. En Finales de conférence, pas de Nets cette année, mais les Pacers d’un certain Rick Carlisle. Dans une série annoncée comme très serrée, les Pistons vont pourtant rapidement prendre l’avantage : deux matchs à domicile gagnés, un autre volé à Indiana, et l’occasion de conclure la série à 4-1 chez eux lors du game 6.

Dans ce game 6 et pour ses premiers playoffs, Dwyane Wade va être titularisé au profit d’un Rip Hamilton incertain jusqu’au dernier moment car souffrant d’une inflammation au genou droit depuis le dernier match. Titulariser un rookie dans un game 6 d’une Finale de conférence ? Larry Brown aurait-il changé ? Non, il est simplement lucide. Si le côté scoreur de Wade lui rappelle un certain poste 2 qu’il avait eu quelques années auparavant – avec différentes qualités évidemment -, Brown a réussi à faire de Wade bien plus qu’un simple rookie scoreur annoncé comme une future star de la Grande Ligue. Wade est devenu un vrai bon défenseur sur l’homme, même s’il a encore beaucoup à apprendre forcément. Portés et formés par les cadres en place, Dwyane est devenu en un an le chouchou du Palace et, même s’il ne l’avoue pas à haute voix, de Larry Brown.

Lors de ce game 6, Dwyane ne décevra pas son coach en finissant la rencontre avec une feuille de stats remplie en tous points, avec 17 points, 4 rebonds, 5 passes, 3 interceptions, 1 contre. Plus que les chiffres, c’est l’attitude qui marquera les esprits, avec un regard, une concentration et une attention qui tranche avec l’âge du bonhomme. Le petit rookie est devenu grand, déjà, c’est clair et net. En bouclant la série contre les Pacers, les Pistons se retrouvent donc en Finales NBA pour la première fois depuis leur dernier titre de 1990. Comme un hommage aux années de gloire de la franchise, ils y retrouveront les Los Angeles Lakers.

Le choc entre les deux équipes sur le papier est très alléchant : d’un côté Détroit avec Billups, Hamilton, Prince, le Sheed, Ben Wallace, Wade, et compagnie et de l’autre Los Angeles avec Fisher, Payton, Bryant, Malone, O’Neal, et compagnie. La construction des deux équipes a été radicalement différente, de même que l’identité des deux franchises. Là où les Lakers brillent, alignent les stars, les paillettes, le strass, Detroit charbonne avec ses cols bleus et son jeu à l’opposé du flashy. L’opposition se retrouve jusque dans les deux villes : Los Angeles et Detroit, c’est le jour et la nuit, le luxe d’Hollywood contre le cambouis de Motor City. Cette opposition de genre et de style va rendre ces Finales 2004 très particulières. Face à une équipe de Los Angeles qui compte sur un duo Bryant-O’Neal détonnant et entouré d’anciens joueurs tout aussi réputés venant chercher leur bague, les Pistons se présentent avec leur équipe à la réputation de fer, composée de soldats de l’ombre et de joueurs de devoir avant tout. L’opposition est totale et en tout point. Seul un point commun relie les deux équipes : l’une et l’autre ne veulent qu’une chose, le titre.

Lors de ces Finales, Wade va revenir dans son rôle de sixième homme suite à la réintégration de Rip Hamilton dans le cinq majeur. Les Pistons sortiront vainqueurs de deux batailles acharnées lors des deux premiers matchs à domicile avant de concéder deux défaites sur les terres californiennes. Pour le game 5 au Palace, les Pistons pourront compter sur le soutien d’une salle chauffée à blanc et d’un Wade qui sort du banc avec des cannes de feu, armé d’une détermination à la hauteur de l’événement et inhabituelle pour un môme de son âge. Les Pistons vont éclater les Lakers dans ce match et n’auront qu’à mettre la bête blessée à terre sur ses propres terres au match suivant, portés une nouvelle fois par une défense fois décisive, avec un Tayshaun Prince qui viendra éteindre Kobe et un Ben Wallace qui livrera un combat dantesque avec le Shaq. Les Pistons, après leur échec un an auparavant contre les Nets, viennent de décrocher le titre ultime avec leur style de jeu si particulier, avec un basket rude et dur sur l’homme, et qui plus est sur les terres de la franchise la plus clinquante de la NBA. L’équipe anti-héros même de la NBA vient de gagner le titre ultime d’une Grande Ligue qui a du mal à y croire.

Pendant ces Finales, Wade viendra confirmer la dimension qu’il a pris tout au long de l’année. Tantôt remplaçant de luxe au côté des membres du cinq majeur, tantôt réel leader sur le parquet lorsqu’il est aux commandes de la second unit, Wade, en vrai couteau suisse, va être la révélation des Pistons tout comme l’avait été Prince l’an dernier avant lui.

Un an après sa draft, Dwyane Wade n’est pas devenu ce que l’on pensait. Avant la draft 2003 et à voir son jeu dans le monde universitaire, il était annoncé comme leader, titulaire, nouveau patron d’une franchise qui n’attendait que ça avec une capacité à aligner les cartons offensifs quand bon lui semblait. Mais le sort en a été tout autre pour Dwyane, qui est arrivé dans une franchise qui venait de disputer les Finales de conférence à l’Est, forte de 50 victoires, et qui ne cherchait qu’à se renforcer pour gagner un titre sans pour autant attendre un messie. Wade, malgré son jeune âge, a su comprendre l’esprit de la franchise de Detroit, s’est mis le Palace dans la poche, et a réussi à intégrer cette mentalité si particulière qui ne conviendrait pas à tous. Dans le jeu, il a réussi à s’inscrire dans la rotation de Larry Brown, et comme si cela ne suffisait pas, il repart avec un titre dès son année rookie. Tout roule pour la nouvelle trouvaille de Detroit, qui le confirmera lui-même à ESPN : « En arrivant en NBA, on ne sait jamais trop à quoi s’attendre je pense. Quand j’ai su que j’allais être sélectionné par les Pistons, je savais que j’allais apprendre une nouvelle façon de penser le jeu. J’apprends, je m’éclate et l’équipe gagne. Qu’est-ce que je peux avoir de plus ? ». Quand on vous dit que certains ne sont pas nés sous la même étoile que les autres.

III.

L’été arrive côté Pistons et Joe Dumars fait le bilan de la saison écoulée. Aucune raison de changer l’effectif qui a su glaner une bague quelques semaines auparavant a priori. La conservation du noyau dur est l’objectif principal de la franchise, et ce sera chose faite sans difficultés. Aidé par le statut de rookie de Wade, la concurrence n’a pas été un fléau pendant cette première saison. Certes, D-Wade n’a pas eu les stats que peuvent avoir LeBron, Carmelo, ou Chris Bosh, mais il a trouvé une équipe qui lui convient et a gagné une bague, déjà. Mais les aspirations personnelles d’un joueur resurgissent forcément à un moment donné chez un joueur NBA, Dumars et Brown le savent.

La saison régulière 2004-05 se déroulera dans le même moule que la précédente pour Detroit. Une première place de conférence préservée, 59 victoires et toujours la même recette : une grosse défense, un gros collectif en attaque et des chiens de garde sur tous les postes, le tout boosté par un public de feu et un coach qui ne laisse rien passer. Un fois en playoffs, les choses vont étrangement se corser.

Après un premier tour difficilement gagné en 7 matchs contre Indiana, les choses rentreront dans l’ordre lors du second tour avec une qualification en 5 matchs contre les Bulls. En Finales de conférence contre Boston, alors qu’ils semblent avoir retrouvé le rythme et la confiance des champions, les Pistons vont prendre une gifle. Ils seront défaits en 7 matchs, avec une ultime défaite emblématique au Palace lors du game 7 qui laissera dans la salle, pourtant étouffante et bruyante toute la saison, un silence grave. Seuls les cris de joie des joueurs de Boston raisonneront dans un Palace aux airs de manoir abandonné. Alors que tout semblait aller pour le mieux à Detroit, l’élimination, comme celle vécue deux années plus tôt, sera difficile à avaler et va raisonner dans les têtes des joueurs des Pistons, du staff, du board, et des fans.

Une défaite en Finale de conférence sur un match 7 à domicile n’est acceptable pour n’importe quelle franchise, mais les choses sont encore pires lorsque cela touche Detroit, franchise connue historiquement pour savoir protéger sa forteresse. Inévitablement, les questions et les doutes sur la pérennité du modèle Pistons surgissent. Les questionnements ne seront que plus forts dans les semaines suivantes, lorsque Joe Dumars confirmera le départ de Larry Brown, parti vers d’autres horizons.

A l’aube de sa troisième saison, Dwyane Wade a des envies de cinq majeur. Il estime avoir rempli sa part du contrat et son rôle lors des deux premières années de sa carrière, et souhaite passer à une étape supérieure. Or, devant Wade dans la rotation, il y a Hamilton. Intelligent comme depuis le début de la relation qui le lie aux Pistons, Wade va faire part de la situation à son board en premier lieu. Le moment tant redouté par Dumars arrive, peut-être plus vite que prévu. Ce dernier explique à Wade que tant que les Pistons n’ont pas de nouveau coach, aucune décision ne pourra être prise et que celle-ci ne reviendra qu’au coach désigné. L’institution passe avant les envies personnelles à Detroit.

Le choix du nouveau coach sera l’objet d’une vraie réflexion du côté du board des Pistons. Il faut à la franchise un coach qui puisse perpétuer la tradition du Detroit Basketball mais qui puisse également continuer de tirer la franchise vers le haut. Hors de question de recommencer un nouveau cycle alors qu’une génération dorée est en plein prime. Dumars sait qu’il perd avec Larry Brown un coach à la réputation très dure, mais au jeu qui collait parfaitement avec sa franchise. Parmi les prétendants sur le marché, Flip Saunders. Après 10 années passées à Minnesota, Saunders est libre de tout engagement. Dans le jeu, peu de différence avec Larry Brown. Mais en termes de personnalités, un immense écart. A la confrontation, la poigne, et l’excessivité de Brown, Saunders préfère le dialogue, la compréhension et l’apaisement. Est-ce qu’il pourrait tout de même faire face aux grandes gueules et vétérans qui composent les rangs des Pistons ? Rien n’est moins sûr. Dumars prend toutefois le risque, et nomme Saunders à la tête de la franchise. Pour compléter le staff, il débauche de son poste d’assistant à Houston le jeune Tom Thibodeau, réputé pour son amour de la défense.

Le coach annoncé, celui-ci hérite évidemment de l’épineux dossier Dwyane Wade. Il ne met pas longtemps à trancher. Saunders veut une équipe capable de défendre fort pour récupérer des ballons proprement. Pour cela, il a nécessairement besoin de vitesse, de course, de qualités athlétiques mais également de qualités offensives lui permettant de ne pas être trop déséquilibré de l’autre côté du terrain. Conquis par le profil de Wade, celui-ci se voit ainsi propulser starter en lieu et place de Rip Hamilton. Un nouveau coach qui débarque en procédant à une redistribution des cartes, forcément, les anciens cadres des Pistons ne voient pas tout ceci d’un très bon œil.

Toutefois, Saunders ne baissera pas la garde et persistera dans ses idées : il n’est pas effrayé à l’idée de faire jouer des jeunes joueurs en les responsabilisant, et en installant Wade, il marque son empreinte sur l’équipe. Une fois la période d’ajustements nécessaires passée, les choses fonctionnent : Dwyane Wade trouve sa place dans le cinq naturellement, les Pistons gagnent toujours, Saunders a gagné la confiance des cadres et c’est tout Detroit qui retrouve des couleurs. Wade explose enfin, épanoui dans le système mis en place par son nouveau coach qui lui confie les clés du camion en attaque, tout en restant le défenseur qu’il a su être sous les ordres de Larry Brown. Wade développe ainsi son côté scoreur tout en parvenant à maintenir un haut niveau de défense : il devient un joueur complet au bagage technique impressionnant. Brown en avait fait un joueur intelligent et complet, Saunders veut prolonger le développement de l’animal.

En passant la barre des 21.5pts de moyenne, accompagné de près de 4 rebonds, de 5 passes décisives et en tournant à 2.2 interceptions par match, le tout en déployant une énergie folle sur le terrain, Wade devient l’arme numéro 1 des Pistons. Billups, Prince, et les tours Wallace continuent de briller dans leur domaine respectif : Billups distribue les caviars et guide le tempo de la maison, Prince éteint chaque soir le meilleur attaquant adverse, le Sheed enquille les shoots longue distance et récolte les techniques tandis que Ben Wallace continue de jouer au volley avec les lay-up adverse. Toutefois, il existe une ombre au tableau : Hamilton, relégué sur le banc, n’arrive pas à se contenter de son nouveau rôle.

Malgré les discussions avec son coach et avec Dumars, Rip n’accepte que difficilement de voir son temps de jeu réduire. Flip Saunders lui confie pourtant un rôle capital de sixième homme, mais en ayant été le titulaire durant 3 saisons auparavant, la page Hamilton à Detroit semble bel et bien consommée. A l’approche des fêtes de Noël, alors son nom circule dans différentes rumeurs de trade, la fin de la relation sera actée lorsque que Dumars répondra favorablement à la demande de transfert de ce dernier. Joe ne pouvait refuser ça à un joueur comme Hamilton, qui file ainsi en cours de saison rejoindre les Kings de Sacramento en échange de Kevin Martin.

L’avènement de Wade au sein de la franchise des Pistons pourrait ressembler à un tournant dans l’idéologie de la franchise, habituée à s’organiser autour d’un collectif solide, bien qu’elle ait connu dans le passé de fortes individualités. Mais l’esprit collectif a toujours le dessus à Detroit. Wade le sait bien, lui qui a été formé à cette mentalité grâce à Larry Brown et aux joueurs qui évoluent encore à ses côtés. Il sait qu’il ne portera jamais à lui seul les Pistons comme peut le faire LeBron avec Cleveland. Il peut planter 40 points un soir de chauffe, mais à Detroit, la réussite passe avant tout par une réussite collective. Wade est monté d’un grade dans l’armée des Pistons, mais les joueurs à ses côtés ne sont pas devenus pour autant de vulgaires pions. A 24 ans, il est déjà un joueur complet, capable de scorer, défendre dur sur l’homme, de passer, courir, créer, tuer les matchs, bref, de tout faire. Mais il n’a pas encore ce rôle de leader et de vrai cadre de vestiaires comme peuvent l’être Billups ou Wallace. A la fin de la saison 2006 et à cause du démarrage poussif dû aux ajustements nécessaires, Detroit accroche la troisième place à l’Est et file en playoffs.

Lors de ces playoffs, les Pistons marcheront sur leurs adversaires de l’Est et Wade passera alors dans une dimension encore plus exceptionnelle. Alors que l’on avait prévu un duel acharné entre Dwyane Wade et LeBron James lors de la Finale de conférence, le collectif des Pistons ne fera qu’une bouchée des Cavs où LeBron, bien que stratosphérique, est trop seul. De son côté, Wade s’appuiera sur ses coéquipiers pour lui aussi jouer une partition parfaite, scorant plus de 25.2 pts de moyenne sur la série. Les Pistons se retrouvent ainsi logiquement en Finales contre les Spurs après un parcours ressemblant à une balade de santé pour la bande de Flip Saunders.

La NBA qui rêvait de strass, de paillettes, de bling bling, de gros marchés fait forcément la fine bouche devant cette affiche. Mais la NBA qui souhaitait des Finales disputées comme rarement, se déroulant dans une intensité telle qu’aucun des matchs de cette série ne sera gagné par plus de 5 points, sera comblée. Jamais un trophée de MVP des Finales n’aura été aussi difficile à accorder, tant les deux équipes se reposent avant tout sur un collectif huilé. Ces Finales 2006 iront jusqu’au match 6, après que les Pistons aient réussi l’exploit de s’imposer chez les Spurs après prolongation, sur un shoot longue distance du Sheed à 13 secondes de la fin de la partie. Le game 6 au Palace sera l’occasion pour Wade de venir graver son nom sur le trophée de MVP des Finales, alignant ce soir-là 25 points, 5 rebonds, 7 passes et 4 interceptions.

A l’annonce du nom de Wade en tant que MVP des Finales, le Palace de Detroit manquera de s’effondrer devant l’enthousiasme de la foule, en délire devant son prodige désormais estampillé made in Detroit. Comme un symbole, Wade dédiera son trophée à chacun des joueurs du roster en prenant le temps de les remercier un par un, avant de remercier Flip Saunders et Joe Dumars pour la confiance accordée au gamin qu’il est toujours.

Wade, ainsi adoubé par les fans et ses coéquipiers, rentre officiellement dans le cercle des grands joueurs de la franchise, et ce à seulement 24 ans. Il est encore loin d’avoir terminé sa carrière en 2006, mais il est déjà reconnu par tout le public averti du Palace comme étant le digne héritier d’une longue lignée de grands joueurs ayant porté le maillot des Pistons. Un joueur aux qualités individuelles au-dessus de la moyenne mais doté d’un sens du collectif encore plus fort, lui permettant de concilier son talent avec ses objectifs. Un tel talent ne pouvait qu’atterrir finalement qu’à Detroit.


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