What if, c’est quoi ? Simple comme bonjour. Il s’agit de reprendre un fait historique de l’histoire NBA, un trade, une blessure, une fin de carrière, un shoot, une action, et d’en changer le cours. Pourquoi ? Pour raconter des histoires, déjà. Pour revisiter les coulisses de certains moments-clés de l’Histoire de la balle orange et les faire découvrir à ceux qui les ignorent, ensuite. Aussi pour faire prendre conscience que la NBA que l’on connait aujourd’hui est le résultat d’un nombre incalculable de facteurs différents, et qu’elle aurait pu être toute autre si l’on touche à un seul d’entre eux. Bienvenue dans le monde de What if !


What if – Kings 2002, les raisons de la colère : prologue.

Quelle année, 2002. « On n’aurait jamais pensé voir ça ! » disaient les plus anciens, les plus jeunes étaient désemparés, les larmes aux yeux parfois. Une partie de la population s’était sentie trahie, abandonnée. Non, aujourd’hui je ne vous parlerais pas de l’arrivée de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections présidentielles, mais de quelque chose de bien plus grave : la série de playoffs entre Kings et Lakers, la même année.

La série en question est représentative à elle seule d’une part de la NBA que l’on a tendance à oublier, ou plutôt, dont on s’accomode. La NBA est une institution, une entreprise puissante – et ce de plus en plus. Comme dans toute entreprise, il y a des choix à faire, des décisions à prendre pour sauver son business, son image, son prestige. Alors par moment, ce qu’on appellera des « coïncidences miraculeuses » se produisent. Depuis le temps qu’elle existe, la NBA a entraîné avec elle bon nombre de théories du complot. Parmi elles, celle concernant la série Kings-Lakers lors des playoffs 2002 se pose en référence ultime. Crève-cœur, injustice, complot, honte, mafia, on a tout entendu au sujet de ladite série. Mais remettons un peu les choses dans le contexte avant tout.

Dans l’ombre de la Cité des Anges sur le parquet, et en dehors

Lors de la saison précédente, en 2000-01, Lakers et Kings se partagaient respectivement la deuxième et troisième place de la conférence Ouest derrière les Spurs de San Antonio (56 victoires pour LA, 55 pour Sacramento). Logiquement, les deux équipes se sont retrouvées face à face lors du second tour de playoffs. Mais le résultat fut sans appel : un sweep en faveur des Angelinos, qui leur permettra décrocher un back-to-back en mode rouleau-compresseur avec un bilan de 15 victoires pour 1 défaite en playoffs. Avant ça encore, au cours des playoffs de la saison 1999-00, où les Lakers iront chercher leur premier titre sous l’ère Phil Jackson, ils avaient déjà éliminé les Kings en se faisant très peur : menant 2-0 et allant en terres ennemies la fleur au fusil, ils avaient vu des joueurs de Sacramento surmotivés les pousser dans leurs retranchements pour revenir à 2-2, avant de finalement l’emporter à la maison au game 5.

Deux années déjà que les Lakers sont les bourreaux de leurs voisins de Sacramento, qui progressent doucement mais sûrement dans l’ombre de la lumière des spotlights d’Hollywood. Pour cette saison 2001-02, force est de constater que le sweep reçu par Sacramento lors des derniers playoffs n’a pas eu l’effet escompté de couper leurs ambitions : Vlade Divac, Mike Bibby et consorts terminent en tête de la conférence Ouest avec un bilan de 61 victoires, record de franchise. Derrière eux ? Les Lakers, avec 58 victoires.

Ce sont ces trois campagnes de playoffs qui vont venir ajouter du piment à la rivalité déjà logique opposant les deux franchises. Logique oui, car Sacramento et Los Angeles sont des villes très proches à l’échelle américaine et se partagent un même territoire : la Californie. Mais la rivalité est bien plus importante qu’une simple guerre de territoire entre deux équipes de basketball. Pour vous peindre au mieux cette rivalité entre les deux équipes et les deux villes, je vous laisse lire les mots de Scott Howard-Cooper, journaliste au Sacramento Bee à l’époque :

« C’était la grosse ville de Californie contre celle qui était perçue comme la petite capitale endormie de Californie. Le Nord contre le Sud. L’ordre établi contre le futur. Il y avait tellement de choses qui les opposaient. »

Tout était tendu à cette époque-là entre Kings et Lakers, et on peut le dire, chacun avait sa manière à lui de l’exprimer : la haine pure et simple pour les fans des Kings envers les Lakers, le mépris et l’arrogance pour les champions Angelinos envers leurs voisins. Allez, un peu d’huile sur le feu, regardez plutôt cette merveilleuse sortie de l’ami Phil Jackson avant le match 5 des playoffs 2000, quand on lui parle de l’hostilité de la salle des Kings :

« J’ai coaché à Puerto Rico, et quand vous gagnez à l’extérieur, vos pneus sont crevés et vous pouvez être chassés de la ville à coup de pierres. Je veux dire, c’est un environnement différent, clairement. Vous me parlez-là d’habitants de Sacramento semi-civilisés. Ces gens là-bas peuvent être redneck parce qu’ils trouvent ça à la mode. »

Et sur le terrain, c’est la même chose. Dans leurs ADN, les équipes sont totalement en opposition. Les Lakers s’appuyent en grande partie sur la domination physique sans précédent de Shaquille O’Neal, double MVP des Finales en titre, et sur l’axe fort que ce dernier formait avec Kobe Bryant. Ajoutez à cela un brin d’attaque en triangle avec Jackson sur le banc, et le tour est joué. Les Kings de leur côté ont réussi à conquérir l’Ouest progressivement grâce à un mouvement de balle permanent, permis notamment par ceux que beaucoup considéraient comme les créateurs de l’équipe, Webber et Divac. Chaque joueur savait manier la balle, passer, shooter, et Sacramento puisait sa force de ce collectif.

Acte III, Scène 6 : regrets éternels.

C’est dans ce cadre-là qu’intervient la série de playoffs de 2002, l’acte III de la rivalité du début des années 2000. Le premier match est remporté par LA sur le parquet des Kings. LA rentre directement dans le match avec une grosse intensité et creuse un écart assez rapide, leur permettant de souffler pour le reste du match. Pour le match 2, les Kings s’imposent. Entre protestations sur les flops de Vlade Divac, et la suspiscion d’empoisonnement de Kobe Bryant (malade ce soir-là après avoir mangé un cheesburger à Sacramento), la sauce commence tout doucement à monter. Au game 3, les troupes d’Adelman confirment : une victoire au Staples Center 103-90, avec une large avance tout le match, pendant que les Lakers étaient en mode arroseur-automatique sans trouver la mire. Au game 4, les Kings vont connaître un choke terrible : une avance de 24 points gâchée, et une victoire pour les Angelinos, notamment grâce à celui qu’on allait désormais appeler Big Shot Rob, j’ai nommé Robert Horry. Après le final grandiose de ce match, le match 5 sera tout aussi serré, et les Kings parviendront à l’emporter suite à une série d’actions très confuses sur un shoot ultra clutch de Mike Bibby.

Et là, le game 6. La cause de tous les maux des fans de Sacramento depuis bientôt 16 ans. Et pour cause… Les Kings mènent alors la série 3-2 et ne sont plus qu’à une petite victoire des Finales NBA. Mais si sur le terrain les Lakers ont bel et bien gagné ledit match, c’est la manière dont il va se dérouler qui va laisser un goût très amer pour les fans, et plus largement tous les observateurs de la balle orange.

Pourquoi ça ? Principalement à cause de l’arbitrage dont ont été bénéficiaires les Lakers. Entre les 27 lancers-francs qui leur ont été accordés dans le seul 4ème quart-temps, les deux éjections de Divac et Pollard (les deux pivots chargé de défendre sur Shaq) pour 6 fautes, la faute sifflée à Mike Bibby alors que Kobe Bryant lui enfonce son coude dans les narines à 12 secondes du buzzer final, les Kings se sont vus privés pour beaucoup d’une victoire, synonyme de potentielles Finales NBA. Devant des coups de sifflets rarement autant critiqués unanimement ou presque, des questions se sont rapidement posées sur l’intégrité des officiels pendant la série, et sur l’influence ou non qu’aurait pu avoir les bureaux de la Grande Ligue sur le nom final du vainqueur de la série. Quasiment de manière instantanée, on a eu droit à un florilège de réactions en tout genre, pour dénoncer ce que beaucoup voyaient déjà comme la plus grande arnaque du siècle :

« J’étais là en courtside, game 6, 2002. C’était incroyable. Ca a été le pire match arbitré que j’ai vu de toute ma carrière de journaliste » Bill Plaschke, journaliste au Los Angeles Times.

« Cette soirée-là, quand je couvrais le match à LA, je pensais que c’était une abomination, que c’était vraiment gênant pour la Ligue, et que c’était le pire match arbitré que j’ai vu dans le basket professionnel » Michael Wilbon, à l’époque au Washington Post.

Quel bénéfice avait la NBA à avantager les Lakers ? Si Sacramento est la capitale californienne, Los Angeles est définivitement un marché plus important pour la NBA. Kobe Bryant, Shaquille O’Neal, Phil Jackson, la cité des Anges, tout est plus vendeur à l’époque pour David Stern et la Ligue que du côté de Chris Webber, Mike Bibby, Doug Christie, Vlade Divac et compagnie. Plus gros marché, plus d’audience en cas de Finales, bref, il valait mieux que les Lakers gagnent… Ce qu’ils ont fait.

Des années après, on peut dire que la déception n’est jamais passée complètement côté Kings depuis mai 2002, entre les déclarations pleines de regrets des joueurs de l’époque, voire des arbitres, ou encore les révélations de l’ancien arbitre Tim Donaghy, qui après s’être fait mettre de côté par la NBA s’est vengé en balançant quelques infos (toujours niées par Stern) sur ledit match… Petit florilège :

« Si on devait rejouer la série, les Kings battraient les Lakers 99 fois sur 100 dans une série en 7 matchs. Il n’y a même pas de débat pour moi sur le fait qu’on était la meilleure équipe » Scott Pollard, remplaçant à l’époque.

« J’ai joué un match dans lequel, clairement, quelque chose ne tournait pas rond. La situation dans son ensemble était étrange. Je n’arrivais pas à me dire que la NBA était derrière ça et pouvait délibérément orienter une rencontre. » Chris Webber, en 2016 dans le Dan Patrick Show.

« En tant qu’arbitre, vous allez dans chaque vestiaire en souhaitant avoir un match parfait. Quand vous quittez le vestiaire, et que vous allez sur le parquet, il y a la réalité qui vous rattrape et qui veut que, qu’importe si c’est ce match ou un des 1800 autres que vous avez arbitré, il y a toujours des coups de sifflets que vous auriez aimé faire, et d’autres que vous auriez aimé ne pas faire. » Bob Delany, un des arbitres du game 6.

« Tout ce que nous pouvons faire, c’est rigoler. On est en train de regarder Shaq manger la ligne des lancers-francs, on crie, mais ils ne font rien. On est en train de regarder Vlade défendre Shaq comme il l’a fait toute l’année, et ils sifflent des fautes. Vous êtes en train de me regarder voler à deux mètres de là où j’étais, mais c’est une faute de ma part. Puis vous regarder Lawrence Funderburke essayer de faire ce qu’il peut alors qu’il rend 100 kilos à Shaq, parce que nous sommes dehors avec Chris Webber. Puis vous regardez Mike Bibby qui se fait emplâtrer par Kobe, et c’est une faute de Mike Bibby. Et vous êtes juste là, à essayer de rire de tout ça. » Scott Pollard,  toujours.

Les Kings, suite à cet épisode ô combien douloureux pour leur franchise, ne retrouveront jamais les couleurs qu’arboraient alors leur équipe, et s’enfonceront doucement dans une crise tout au long des années 2000. Jamais la NBA n’a revu depuis une équipe de Sacramento aussi sexy sur le terrain, aussi badass en dehors, et tout simplement aussi forte. De leur côté, les Lakers profiteront de ces péripéties pour accéder aux Finales et remporter un nouveau titre, qui viendra parachever un three-peat si rare et si symbolique dans l’histoire de la NBA. Une apogée d’un côté, une descente aux enfers de l’autre.

Même si l’histoire ne peut être rétablie et que la vérité reste celle d’une victoire des Lakers, chacun a déjà imaginé ce qu’il serait advenu des Kings, des Lakers et des playoffs 2002 si toute cette affaire n’avait jamais eu lieu. Nul doute que les choses auraient été bien différentes à court, moyen et long terme pour les deux équipes. Titre pour les Kings ? Explosion précipitée du duo Kobe-O’Neal ? Rivalité exacerbée ? Beaucoup de fantasmes et d’interrogations, et vous imaginez bien qu’on ne va pas se priver d’aller plus loin… Stay tuned. 


Pour en savoir encore plus, je vous suggère un magnifique et complet dossier du site Grantland qui détaillent le déroulé de la série devenue mythique malgré elle avec des témoignages des acteurs eux-mêmes.