50 victoires. C’est l’ambition affichée de Robert Pera, le propriétaire des Memphis Grizzlies, pour la saison 2018-2019. Son équipe ayant été tronquée par des blessures la saison précédente, il estime que les recrues de l’été sont suffisantes pour faire de son équipe une des huit meilleures de la Conférence Ouest. Du chauvinisme, beaucoup d’ambition et une pincée de drogue, voici donc les ingrédients qui ont composé les cocktails estivaux des Grizzlies. Mais l’été est passé, et il faut désormais se concentrer sur la rentrée, synonyme d’objectivité et de perspicacité. Or, si l’on regarde la situation actuelle de Memphis, il y a de quoi s’inquiéter.

Septièmes de la Conférence Ouest en 2016-2017, les Grizzlies ne sont pas parvenus à franchir l’obstacle Spurs dès le premier tour des Playoffs, et ont fini leur saison prématurément. L’intersaison 2017 n’a ensuite en rien rassuré les fans, et pour cause. L’identité grit&grind de la franchise s’effritait avec les départs de Tony Allen, Zach Randolph et Vince Carter, tandis que les seules recrues sont Mario Chalmers, Ben McLemore, Tyreke Evans (en perdition à Sacramento) ainsi que Ivan Rabb et Dillon Brooks, draftés respectivement en #35 et #45 positions. Comme le laissait pressentir cette intersaison, la saison fut très compliquée. Bien que prometteuse durant les premiers jours, où Memphis alignait un bilan de 6-4, l’exercice 2017-2018 a vite tourné au vinaigre. Le 13 novembre, suite à une défaite à Milwaukee, les Grizzlies révèlent que Mike Conley est blessé au talon d’Achille, et sera absent pour la saison. S’en suit alors une série de huit défaites consécutives synonyme d’ambiance délétère dans le vestiaire, menant au limogeage de David Fizdale. Memphis se retrouve donc avec un cinq majeur Brooks – Evans – McLemore – Green – Gasol coaché par JB Bickerstaff, sans avoir de banc digne de ce nom, Chandler Parsons étant, une fois n’est pas coutume, blessé.

Logiquement, cette équipe s’est dirigée vers le tanking, une discipline dans laquelle elle a excellé. Avec deux séries de 19 et 11 défaites consécutives, les Grizzlies édition 2017-2018 sont rentrés dans l’histoire de la franchise, mais aussi de la NBA, grâce à une performance inoubliable de nullité. En perdant 140-79 à Charlotte, les Grizzlies subissent le cinquième plus gros revers de l’histoire de la ligue, rien que ça.

Malgré tout, il y a plusieurs points positifs qui émanent de cette saison. Tout d’abord, le cas Marc Gasol a bien été traité. Certes, il aura fallu sacrifier David Fizdale, mais c’était peut-être le prix à payer pour garder l’intérieur espagnol. Ensuite, Tyreke Evans, signé en tant que pari l’été précédent, s’est révélé à Memphis en l’absence de Mike Conley. Enfin, la saison catastrophique n’aura pas été vaine, puisqu’en finissant 14ème de la conférence ouest, les Grizzlies s’assuraient un bon pick de draft. Enfin tout ça, c’était avant que l’été arrive…

Résumé de l’été

Car oui, tout ne s’est pas réellement passé comme prévu. Tout d’abord, la chance a fui Memphis, puisque la franchise a hérité du quatrième choix de draft à la loterie et non pas du deuxième comme le supposait leur position. Jaren Jackson Jr. et Jevon Carter draftés, il fallait ensuite se montrer actif sur le marché des agents libres, notamment pour remplacer Tyreke Evans, dont le cas a été très mal géré par Chris Wallace. Mis au placard pour être échangé avant la trade deadline hivernale, l’arrière n’a finalement pas quitté le Tennessee, fuck the logic. Faute de Tyreke Evans, les Grizzlies ont jeté leur dévolu sur Kyle Anderson, libéré par des Spurs qui n’ont pas matché les 37,2M sur 4 ans proposés. En plus de Slomo, viennent s’ajouter à l’effectif de Memphis : Omri Casspi et Shelvin Mack (pour 1 an au minimum) et Garrett Temple (tradé contre McLemore et Deyonta Davis).

Si dans un premier temps le recrutement semble léger comparé aux ambitions du propriétaire, il a pourtant été assez intelligent. Avec peu d’argent en poche, Chris Wallace a misé sur la continuité, en prolongeant JB Bickerstaff (idée toutefois incompréhensible) et en cherchant des profils correspondant au grit&grind. Kyle Anderson, est un joueur qui rentre parfaitement dans ce cadre, tandis que Casspi, Mack et Temple ne sont pas de mauvais role players.

Au final, la vraie recrue des Grizzlies, c’est Mike Conley. Cette phrase, tout droit sortie de la bouche d’un proprio avare prend pourtant tout son sens dans la conjoncture actuelle des Grizzlies. Certes, il n’a joué que douze matchs la saison passée, mais il a eu un impact important. Il a énormément manqué à Memphis, et plus particulièrement à Marc Gasol, qui a vu ses statistiques baisser en l’absence de son serviteur. Son retour à 100% va être déterminant pour Memphis, d’autant plus que JB Bickerstaff est plus enclin à lui accorder carte blanche que David Fizdale. Au final, l’effectif des Grizzlies est celui-ci :

Meneurs : Mike Conley, Shelvin Mack, Jevon Carter, Andrew Harrison

Arrières : Wayne Selden, Garrett Temple, MarShon Brooks

Ailiers : Kyle Anderson, Dillon Brooks, Omri Casspi

Ailiers Forts : JaMychal Green, Jaren Jackson Jr., Chandler Parsons, Yuta Watanabe

Pivots : Marc Gasol, Ivan Rabb

Comme vous pouvez le constater, le roster des Grizzlies est loin d’être catastrophique. Avec Mike Conley et Marc Gasol, Memphis tient son Big Two, et peut aussi s’appuyer sur une bonne base de jeunes (Jevon Carter, Dillon Brooks et Jaren Jackson Jr.). La réelle faiblesse de cette équipe, c’est son instabilité. Si des postes comme meneur, ailier ou ailier fort sont saturés avec des joueurs de calibre titulaire (rôle player +), d’autres sont dépourvus de réel talent. En dehors de Marc Gasol, la rotation au poste 5 est inexistante. Et que dire des arrières… Wayne Selden a joué moins de 1000 minutes en deux ans, Marshon Brooks a joué sept matchs en quatre ans, et Garrett Temple n’était même pas titulaire à Sacramento l’an passé. Bref, JB Bickerstaff va devoir bricoler.

Jeu & Coaching

Avant-dernière attaque l’an passé, Memphis va profiter du retour de Mike Conley pour retrouver des couleurs. La capacité de playmaking du meneur a terriblement manqué la saison dernière, puisque le jeu offensif des Grizzlies manquait de diversité et de rapidité. 28ème PACE de la Ligue et 32,5% de catch and shoot, c’est assez symptomatique du problème qu’avait Memphis à la mène. Le jeu était davantage axé sur Marc Gasol, ce qui rendait la circulation du ballon beaucoup moins fluide. Cette attaque, très peu diversifiée ne posait pas énormément de problèmes aux équipes adverses. JB Bickerstaff va pouvoir travailler avec plus de joueurs extérieurs que l’an passé, une bonne chose pour le tir à 3-pts, trop peu utilisé l’an passé.

La défense quant à elle, ne devrait pas subir d’énorme chantier, puisqu’elle ne fut pas si catastrophique lors de l’édition 2017-2018. Rien que le retour de Mike Conley, associé à la recrue Kyle Anderson vont faire progresser cette défense, qui a bien perdu de son grit&grind.

Décentraliser l’attaque et retrouver une bonne défense, voilà l’objectif tactique de JB Bickerstaff cette saison. Enfin ça, c’est pour les titulaires, parce que pour ce qui est de la second unit, c’est une autre histoire. Le banc étant très faible, Bickerstaff devra travailler ses rotations pour ne pas trop accuser le coup, le tout en travaillant ses jeunes pousses, dont le potentiel doit être exploité.

Quel 5 majeur ?

Comme dit précédemment, autant sur certains postes le choix du titulaire est naturel, autant sur d’autres c’est plus compliqué. Il faut faire des choix, en se basant sur l’utilisation des joueurs faite par JB Bickerstaff l’an passé. L’autre enjeu, c’est de privilégier ou non la jeunesse à l’expérience, en essayant de conserver un banc compétitif. Pour ma part, j’ai choisi cette lineup

Mike Conley – Dillon Brooks – Kyle Anderson – JaMychal Green – Marc Gasol

Tout d’abord, Mike Conley, Kyle Anderson et Marc Gasol sont titulaires indéniables sur les postes 1,3 et 5. Au poste d’ailier-fort, trois joueurs peuvent être titulaires : JaMychal Green, Jaren Jackson Jr. et Chandler Parsons. Ce dernier n’est plus que l’ombre de lui-même et n’a pas le niveau pour jouer titulaire. J’ai choisi de titulariser Jean-Michel Green au détriment de JJJ, car le rookie pourra apporter du tonus a une second unit qui en manquera clairement. Surtout, il a le physique pour jouer 4 et 5, ce qui n’est pas du luxe, là où le banc de Memphis n’a que Ivan Rabb en pivot. Au poste 2, le choix est assez complexe. Wayne Selden et MarShon Brooks n’ont pas le calibre suffisant pour débuter les rencontres, ce qui nous laisse Garrett Temple et Dillon Brooks. Davantage utilisé en tant qu’ailier l’an passé, le sophomore a montré de très belles choses et est une des rares satisfactions de la saison précédente. Selon moi, ce serait une erreur de se passer de lui dans le cinq, surtout que Temple n’aura aucun problème à sortir du banc, il l’a fait toute sa vie.

Forces du roster

Mine de rien, les joueurs de Memphis ont des profils très complémentaires. Dans son cinq majeur déjà, tous sont capables de tirer à 3-pts. Certes, JaMychal Green et Kyle Anderson ne sont pas d’excellents tireurs de loin, mais ils peuvent tout de même sanctionner s’ils sont abandonnés derrière l’arc. Ce spacing, permettra à chaque joueur de pouvoir tenter beaucoup de choses. Conley et Brooks pourront laisser parler leur créativité et leur qualité au scoring, pendant que Gasol, Green et Anderson joueront davantage dans la raquette et sous le panier, où ils sont meilleurs. Globalement, c’est une attaque plus diversifiée que l’an passé qui devrait être proposée, et c’est tout le mal qu’on leur souhaite.

Faiblesses du roster

La grande faiblesse de cette équipe, c’est la profondeur. Ric-rac cet été, les Grizzlies n’ont recruté qu’Omri Casspi. Garrett Temple, lui, a été acquis en échange de Ben McLemore et Deyonta Davis. Ce trade, assez inutile, fait de Garrett Temple le chef de la second unit. Il partagera le backcourt avec, au choix, Shelvin Mack, Jevon Carter ou Andrew Harrison. Rien de bien folichon, même si le meilleur passeur du Magic l’an passé semble sortir du lot. Le vrai problème est dans la rotation intérieure, où Ivan Rabb va encore probablement jouer pivot, puisque Jaren Jackson Jr. n’est pas encore assez développé et doit évoluer au poste 4. Chandler Parsons, s’il revient à un niveau correct pourrait s’avérer être un game changer, mais il ne faut pas se bercer d’illusion.

Le joueur clé : Mike Conley

Depuis qu’il a signé son contrat max, Mike Conley est passé de joueur sous-côté à joueur sur-côté. Cette saison va donc être clé, déjà pour lui, pour reprendre confiance, mais surtout pour l’équipe. En plus d’être très important dans le vestiaire, et notamment vis-à-vis de Marc Gasol, il a beaucoup manqué sur le paquet l’an passé, que ce soit en attaque et en défense. Ce qu’il doit apporter, c’est ce qu’il n’y a pas eu en son absence, c’est à dire de la polyvalence dans le jeu, de la créativité en attaque, une maîtrise du tempo et un jeu davantage efficace.

Il y a toutefois un bémol : le meneur n’a jamais joué avec JB Bickerstaff en tant que head coach. Cela peut paraitre anodin, mais le fond de jeu d’un coach peut changer du tout au tout l’impact d’un joueur. Au vu de la philosophie de jeu quasi-inexistante proposée par Bickerstaff, il ne devrait pas y avoir de problème. Dans tous les cas, le destin des Grizzlies est intimement lié avec les prestations de Money Mike.

La problématique de l’équipe : c’est quoi le projet ?

Cette question a le mérite d’être posée. L’an passé, on a vite compris que les Grizzlies allaient tanker, mais cette année c’est plus flou. Nous avons pris le parti de la compétitivité dans notre preview, mais rien ne dit que Memphis ne va pas tanker cette année. D’autant plus que la variable blessure pourrait encore jouer des tours aux Grizzlies cette saison. Eh oui, l’an passé ce sont les blessures qui ont conditionné le tanking, géré de mains de maitre par JB Bickerstaff. Prolongé pour trois ans cet été, il va devoir se réinventer s’il veut que son équipe joue les Playoffs, lui qui n’a jamais fait mieux que 37 victoires sur une saison. S’il était parfait dans le rôle du capitaine de bord qui laisse couler son navire, on peut émettre des doutes sur sa qualité à redresser la barre quand l’iceberg est passé…

Pronostic

11eme à l’Ouest (Entre 30 et 36 victoires)

Malgré les quelques réserves que l’on peut émettre, les Grizzlies ont conservé l’ossature de leur septième place d’il y a deux ans. Si entre temps l’eau a coulé sous les ponts, Memphis a les cartes en main pour redevenir compétitif. Avec un Big Two en forme, une identité grit&grind retrouvée, des rôle players intéressants et des jeunes à développer, tout les signaux sont au vert pour que Memphis vise les playoffs. De la à dire qu’ils seront dans les huit premiers à l’ouest ? Non. La concurrence est trop rude pour atteindre ce palier. Ceci dit, si la NBA nous a bien appris quelque chose durant toutes ces années, c’est de ne jamais dire jamais…

L’Avis du Compte FR

Quel bilan tires-tu de la saison passée ?

« C’est compliqué de dresser un bilan de cette saison noire. Tout était bien parti avec de belles victoires face à de gros adversaires mais tout a aussi très vite basculé dès lors que Conley a rejoint l’infirmerie pour soigner son tendon douloureux : une grosse série de défaites, la tête de Fizdale qui tombe, Bickerstaff qui prend le relai et la franchise qui sort le tank dès décembre… Après 7 saisons consécutives de Playoffs, le coup de massue est terrible. On finit avec un bilan horrible de 22-60 et quelques soirées bien ridicules qui nous permettent néanmoins d’aller chercher un top-pick à la draft, un moindre mal. Mais il y a toujours des choses positives à retenir d’une saison : on a beaucoup aimé l’année rookie de Dillon Brooks (45e choix de 2017), la résurrection de Tyreke, la bonne pioche MarShon Brooks en fin de saison ou même Parsons qui s’est montré à son avantage sur les quelques minutes qu’il a passées sur le parquet. »

Que penses-tu de l’été de la franchise ?

« Il a été beaucoup plus animé que je l’imaginais, et les compliments sortants de ma bouche sont rares mais Chris Wallace a plutôt bien travaillé ! Avec une marge de manoeuvre limitée par les 3 contrats max de l’effectif, le Front Office a su flairer les bons coups pour attirer des joueurs au profil bien ciblé : de l’expérience, de l’intelligence et bien sûr de la défense pour matcher avec le retour au grit&grind. Des qualités qui se traduisent par un Kyle Anderson chipé aux Spurs, un Temple troqué contre McLemore, un Casspi mis à la porte des Warriors et un Mack pour combler les rotations à la mène. Un été sobre mais sérieux auquel vient évidemment s’ajouter la draft de Jevon Carter et Jaren Jackson Jr qui ont su faire monter la hype lors de la Summer League. »

Quelles sont les attentes pour la saison prochaine ? Quel scénario te convient pour l’équipe actuelle ?

« L’incroyable concurrence de la Conférence Ouest rend particulièrement illisible les projections et la course aux Playoffs. Alors qu’attendre des Grizzlies ? Après l’humiliante saison dernière, plutôt qu’un objectif chiffré on va surtout attendre de notre équipe qu’elle retrouve un peu d’amour propre et redonne un peu de cette fierté propre à la ville de Memphis. Le retour de Conley devrait soulager la machine, on aura aussi à l’oeil l’évolution des jeunes pousses Brooks et JJJ qui sont censés incarner l’avenir de la franchise. Ce sera certainement trop court pour retrouver la post-season mais ça ne veut pas dire qu’on ne puisse pas apprécier la saison qui arrive. On paye toujours les erreurs du passé. Rappelons que nous devons encore envoyer un de nos trois prochains 1er tour de draft aux Celtics : protégé top-8 cette année, top-6 l’année prochaine et non-protégé la suivante. Le bon scénario serait de se débarrasser de ce poids au plus tôt en envoyant notre pick dès la prochaine draft tant que Conley et Gasol nous permettent d’être un minimum compétitifs. Misons donc sur une saison de transition : un bilan dans le top-22 de la NBA avec de belles promesses d’avenir de la part de nos jeunes et surtout du cœur pour séduire l’exigeant Marc Gasol pour éviter qu’il nous file entre les doigts l’été prochain (1 an de contrat restant en player-option).