What if, c’est quoi ? Simple comme bonjour. Il s’agit de reprendre un fait historique de l’histoire NBA, un trade, une blessure, une fin de carrière, un shoot, une action, et d’en changer le cours. Pourquoi ? Pour raconter des histoires, déjà. Pour revisiter les coulisses de certains moments-clés de l’Histoire de la balle orange et les faire découvrir à ceux qui les ignorent, ensuite. Aussi pour faire prendre conscience que la NBA que l’on connait aujourd’hui est le résultat d’un nombre incalculable de facteurs différents, et qu’elle aurait pu être toute autre si l’on touche à un seul d’entre eux. Bienvenue dans le monde de What if !


What if – Brandon Roy, prétendant déchu

Here it is : la partie 2 du What if sur Brandon Roy ! Après une longue absence, nous voici de retour dans les profondeurs de l’imaginaire, dans les méandres de la fiction basketballistique. Après avoir vu en profondeur la carrière de celui qu’on surnommait The Natural, de ses débuts en AAU à Seattle à sa chute, malheureuse mais inexorable, au sein des Blazers, il convenait de passer à un morceau encore plus gros : que serait-il advenu de Roy, de Portland, de la NBA en général, si les genoux de ce dernier avaient tenu ? Vous avez suffisamment attendu : en route pour le voyage.

NDLR : pour les besoins du récit, celui-ci commencera lors de l’intersaison 2009-10, et non à la fin de la saison 2011 où la carrière de B-Roy semblait déjà terminée, faussant un peu le but du récit…


I.

Intersaison 2010

Portland, Oregon

La réunion pouvait enfin commencer. Rares sont les joueurs qui demandaient une telle chose à leur propre front-office, qui plus est dans le propre bureau de celui-ci. L’invitation était venue de Brandon Roy lui-même, quelques heures seulement après l’élimination survenue contre les Suns en playoffs, deux jours avant. Une réunion en petit comité : coach Nate McMillan, le GM Kevin Pritchard et le joueur.

La fin de la saison dernière avait été pénible pour la franchise. Roy avait dû se résoudre à passer sur le billard quelques jours avant que la série contre Phoenix ne débute, et n’avait pu disputer que des bouts de matchs sur une jambe, restant impuissant pour éviter une élimination des siens au premier tour. Des bruits avaient commencé à courir sur l’état de ses genoux, sur le fait qu’il était peut-être trop fragile au regard de l’investissement que les Blazers avaient mis sur lui. Il faut dire que Kevin Pritchard n’avait pas eu la main lourde pour valider le chèque de 89 millions offert à son joueur l’été précédent… Devant ces débuts d’agitation, Roy avait voulu réagir, immédiatement, d’où le SMS envoyé à son coach et son GM provoquant cette réunion.

Il était pleinement conscient de la déception qu’avait engendrée son absence en fin de saison, et il avait également grandement conscience des vagues que pouvaient provoquer de telles rumeurs dans le microcosme NBA. C’est pour cela qu’il avait provoqué ladite réunion. Il ne voulait pas que son front-office et son coach commencent à se poser des questions qu’ils ne pourraient se sortir de leur tête. Oui, il avait dû se faire opérer, mais il allait faire tout son possible pour revenir à 100%, intact, avec des genoux remis à neuf et une condition physique irréprochable. S’il fallait travailler plus en salle de musculation que sur le parquet ? Il le ferait sans rechigner. S’il fallait prendre plus de temps pour pousser les analyses, faire de la rééducation efficace quitte à envisager une reprise plus tardive ? Il prendrait le temps également. Mais il voulait assurer à son coach et son GM qu’il serait prêt le moment venu, prêt à renfiler le maillot pour retrouver son jeu et porter la franchise.

Rassurant comme il le pouvait McMillan et Pritchard, il fit de même quelques jours plus tard auprès de ses coéquipiers. S’il avait entendu et perçu les premières rumeurs à son égard, eux aussi avaient dû en avoir écho. Roy réunit ainsi ses coéquipiers chez lui quelques jours plus tard, et leur tenu le même discours que celui qu’il fit à son coach et GM. Ainsi fait, il ne lui restait plus qu’à se mettre au travail.

Il prit rapidement les choses en main. Il enchaîna avec l’aide de sa franchise les rendez-vous médicaux afin de recueillir un maximum d’avis, d’observations, d’analyses médicales, cherchant la meilleure solution pour rééduquer son genou, mais aussi pour que le reste de son corps le laisse en paix une fois le temps venu. De la mi-mars au training camp, cela lui laissait largement le temps de récupérer et de se mettre en forme, mais il n’avait plus de temps à perdre.

La franchise, tout en aidant son franchise player à retrouver son état de forme optimal, dû gérer son intersaison. Le premier objectif – la draft – n’était pas une priorité à proprement parler. Le changement le plus important allait finalement être en coulisses : Kevin Pritchard, en poste depuis la fin de saison 2007, s’était vu notifié son licenciement quelques heures avant la draft… Mais il lui était demandé d’assurer celle-ci, évidemment en faisant les bons choix. Plus tard, on apprit que Paul Allen, le propriétaire, avait prévu de procéder à ce licenciement le lendemain de la draft – quoique la logique fût toute aussi étrange –, mais que devant la peur que le bruit court auprès des médias, il avait pris les devants.

Tout comme la fanbase, en majorité derrière son GM, Brandon Roy fut un peu surpris de la décision, surtout du contexte de celle-ci. Paul Allen voulu rassurer lui-même les joueurs de sa franchise : la quête d’un remplaçant avait déjà commencé, ce n’était qu’une question de temps. Quelques jours plus tard en effet, Rich Cho débarquait. Maintenant que les choses étaient arrangées en coulisses, il fallait s’attaquer au terrain.

Composée de sérieux role players autour du noyau Brandon Roy-LaMarcus Aldridge, avec notamment Nicolas Batum, Rudy Fernandez, Marcus Camby ou encore Andre Miller, l’équipe n’avait pas besoin de gros ajustements. Si l’été précédent le front-office était allé chercher de l’expérience notamment en signant Miller pour trois ans, cette intersaison allait être placée sous le signe de la continuité, sauf belle opportunité. Quelques jours après l’arrivée de Cho, une offre allait être ainsi faite à Wesley Matthews, jeune joueur non-drafté évoluant à Utah. Ce dernier rejoignit ainsi les Blazers après que le Jazz eût refusé de s’aligner sur l’offre. En dehors de ce nouvel ajout, rien de bien flamboyant. Des resignatures d’agents libres, des contrats de bout de banc, et basta.

S’il y en a un qui ne chômait pas en revanche, c’était Brandon Roy. Observant attentivement ce qu’il se passait dans les coulisses de sa franchise, il n’avait pas relâché ses efforts pour revenir au niveau qui était le sien. La première étape de son processus avait sûrement été la plus dure : le repos. Les médecins avaient été formel : il fallait qu’il repose son corps, pour que même les blessures bénignes puissent se soigner. Après ce petit break, il fallait se concentrer sur ce fichu genou. Après une batterie de tests, les médecins avaient été rassurants : le genou avait bien cicatrisé à la suite de l’opération, aucune séquelle n’était à noter. Il allait pouvoir attaquer la rééducation à 100%, pour enfin se mettre au boulot pour peaufiner sa condition physique. Roy allait devoir passer des séances entières à tester son genou, à le mettre à mal sur des appuis, pour pouvoir être à nouveau solide au sol, changer de rythme à son aise, oublier la moindre appréhension, retrouver ses certitudes. Enchaîner, multiplier les séances, encore et encore. Le training camp de septembre était dans son viseur. Et il allait être révélateur de sa forme.

Après plus de trois mois de travail de l’ombre, le numéro 7 allait taper du poing d’entrée. Aguerri, prêt physiquement, sûr de ses appuis et de son jeu, B-Roy allait envoyer le paquet dès le premier jour, voulant montrer à ses coéquipiers qu’il serait bel et bien là, et ce dès le début de saison. Le genou ne le freinait plus et les soucis semblaient enfin derrière lui. Aldridge, McMillan, Batum et compagnie pouvaient être rassurés. La saison approchait, et les Blazers pouvaient commencer leur aventure.


II.

Saison régulière 2010-11

Le cinq majeur des Blazers était le suivant pour la saison à venir : Andre Miller à la mène, Brandon Roy et Nicolas Batum dans les ailes, et le duo LaMarcus Aldridge-Marcus Camby pour occuper la raquette. Sur le banc, Rudy Fernandez et Wesley Matthews tiendraient les rôles principaux, quand Patty Mills, Dante Cunningham et autres Joel Przybila viendraient grappiller des minutes au besoin.

Les principaux soucis pour Portland se situaient défensivement. Interceptions, rebonds, contres : dans toutes les catégories statistiques concernant le domaine, la franchise figurait dans le dernier wagon lors de la saison précédente. Marcus Camby, fort de sa réputation, pouvait contribuer dans le secteur, mais à bientôt 36 ans il n’était plus le rempart qu’il avait su être. Son compère Aldridge se contentait du strict minimum, et préférait dominer de l’autre côté du terrain. Avec des joueurs comme Batum ou Matthews, Portland se donnait plus de crédit en défense sur les lignes extérieures, même si l’expérience ou le vice pouvaient potentiellement leur faire défaut.

Offensivement, Portland avait beaucoup plus de certitudes. L’équipe jouait sur un tempo très lent, mais assumé : avec Roy et Aldridge, pas question de se priver sur demi-terrain. En phase offensive, la balle allait être confiée aux mains de Brandon Roy en priorité. Avec ses qualités de vista, de création – aussi bien pour lui que pour ses coéquipiers –, et son aptitude à créer des brèches dans les défenses à partir de rien, il était l’évidente option numéro 1 de Nate McMillan. Le reste du temps, Andre Miller aurait la charge de la gestion. Meneur d’expérience doté d’un QI basket très élevé, c’est sur lui que B-Roy et les Blazers pourraient s’appuyer en tant que lieutenant dans la création. Niveau scoring, outre Roy, Aldridge allait être la deuxième option, assez logiquement. Avec sa palette offensive poste bas, sa qualité de shoot dans le midrange et sa mobilité, le rendement de l’intérieur allait être indispensable à la réussite des Blazers. Batum, Matthews, Fernandez et consorts étaient eux en charge d’une mission très simple : mettre le feu en sortie de banc ou faire mouche dès que l’occasion se présentait d’enquiller un panier.

Forts de leurs deux saisons consécutives à plus de 50 victoires, hors de question pour la franchise de l’Oregon de faire moins bien. Les playoffs étaient évidemment l’objectif, mais il fallait franchir un cap cette saison : l’avantage du terrain. Un tel avantage en playoffs pouvait s’avérer crucial, pouvant masquer certaines faiblesses d’une équipe, qui, portée par le soutien de tout un peuple chauffé à blanc, décuplait ses forces. Et en matière de soutien de qualité, le Rose Garden pesait lourd dans la discussion des salles NBA les plus chaudes. N’importe quelle équipe pointant son nez dans l’antre des Blazers savait que le public pouvait partir au quart de tour et ne pas se rasseoir pendant 2h à la moindre étincelle de l’équipe locale. Pour preuve, lors des derniers playoffs, quand Roy fut son apparition inattendue au cours du game 4 face aux Suns, il n’était pas encore entré en jeu que les supporters avaient déjà fait trembler les murs. La salle était comble chaque soir ou presque, et avec la montée en puissance croissante de leur leader Brandon Roy, elle n’allait certainement pas commencer à se vider. Les objectifs étaient clairs, il ne restait plus qu’à aller les chercher, un par un.

Avec 4 déplacements sur les 5 premiers matchs, il ne fallait pas louper son entrée. Ce fut chose faite avec 4 succès qui mettaient les Blazers sur la bonne voie pour le reste des matchs à venir. Après les 20 premiers matchs de la saison, Portland confirmait son statut de réel outsider : avec 14 victoires pour 6 défaites – toutes concédées à l’extérieur – la franchise squattait le haut du tableau, à égalité avec les Lakers pour la 4è place de la conférence Ouest. Le jeu était fidèle à ce qui avait été entrevu les années précédentes. Le tempo était lent comme attendu, et la quasi-totalité des attaques se déroulait sur demi-terrain avec tantôt Brandon Roy à la baguette, tantôt Andre Miller.

Roy, justement, paraissait de retour à son meilleur niveau. La machine avait mis quelques matchs à se mettre en route fort logiquement : l’opposition que l’on rencontre à un training camp ou en pré-saison est toujours moindre que celle des vrais matchs de saison régulière. Après être monté en puissance de manière continue, Roy avait fini par trouver son rythme de croisière et son jeu était revenu, naturellement. Les appuis au sol étaient de nouveau solides, et il avait retrouvé une pleine explosivité sur ses phases balle en malin, qui lui permettait de créer des brèches aisément grâce à ses changements de rythme salvateurs. Quant à son sens du jeu pur, lui n’était jamais parti. Sur ce premier quart de saison, B-Roy était revenu sur ses standards : 22.1 points de moyenne, avec 5.1 rebonds et 4.6 passes par match. Son jeu était toujours aussi propre, et c’est tout le roster qui en profitait. Son entente avec LMA continuait de se développer, comme depuis leur arrivée en NBA. Les phases de pick’n’roll ou pop entre les deux joueurs offraient à Portland le luxe de posséder une arme destructrice, avec d’un côté la création balle en main niveau élite de Roy – pour se créer un tir, servir Aldridge sur les ouvertures ou ses coéquipiers ouverts –, et de l’autre la qualité de finition, dans le périmètre ou au cercle, de l’intérieur.

Ainsi, dans le sillage de son franchise player, Portland allait continuer son bonhomme de chemin jusqu’au All Star Break. Les troupes de Nate McMillan arrivèrent à la pause de mi-saison dans le top 5 de la conférence Ouest, derrière le trio Spurs-Mavericks-Lakers et à une victoire derrière le Thunder, avec un bilan de 37 victoires pour 17 défaites. Logiquement, Brandon Roy fut convié à son 4è match des étoiles.

À la trade deadline, le front-office regarda attentivement le marché. Lors d’une soirée qui fut le théâtre de deux blockbusters trades, en la présence de Deron Williams envoyé à Brooklyn et de Carmelo Anthony envoyé à New-York, certains joueurs un peu moins ronflants avaient été annoncés comme disponibles par leur franchise. Devant l’objectif fixé qui était d’atteindre le top 4 de la conférence, il y avait là de bonne occasion de se renforcer. Finalement, ce sont les Bobcats qui arrivèrent avec une offre. Ainsi, Gerald Wallace allait débarquer à Portland, en échange de Dante Cunningham, Sean Marks et Joel Przybilla. Avec ce joli coup, Portland s’offrait un peu plus de mobilité sur les ailes et d’expérience. Le jeune Nicolas Batum allait ainsi sortir du banc, laissant la place d’ailier titulaire au virevoltant Wallace. Avec Matthews, Batum et Fernandez sur le banc, les Blazers disposaient d’une large panoplie d’arrières/ailiers, et pouvaient ainsi faire alterner Brandon Roy sur les postes 1-2, chose qui ne pouvait qu’être bénéfique pour eux vu son talent balle en main, et pouvait proposer un peu plus de small ball s’il le fallait.

Ainsi, pour la première fois depuis bien des années les Blazers allaient pouvoir continuer leur saison sans devoir affronter la moindre blessure majeure. Certes, quelques petits pépins allaient venir troubler les rotations de temps à autre, mais rien ne justifiant l’absence d’un joueur majeur pour des semaines entières. Autant dire que pour la franchise, on n’était pas loin d’un miracle… Avec ce groupe solide et qui allait continuer sur sa lancée après le All-Star Game, Nate McMillan et les siens terminaient la saison de la meilleure des manières en enquillant 7 victoires de suite. Une série en forme de putsch pour pouvoir bénéficier de l’avantage du terrain.

À la lutte avec le Thunder pour la 4è place, les Blazers allaient en effet avoir la main heureuse. À égalité en termes de victoires – 54 chacun –, la priorité serait accordée à celle des deux franchises qui avait remporté sa division. Mais problème… les deux équipes évoluaient dans la même division Nord-Ouest. Il fallait donc regarder laquelle avait le plus gagné contre les équipes de cette même division, et à ce petit jeu-là, les Blazers allait devancer OKC d’une petite victoire. Jackpot pour Portland, qui repartait ainsi avec l’avantage du terrain tant désiré… pour affronter le Thunder, qui glissait finalement au 5è spot. Finis les calculs, l’heure des grands rendez-vous avait sonné.


III.

Playoffs 2011 – 1er tour : Portland Trailblazers – Oklahoma City Thunder

C’est peu dire que les deux équipes se connaissent bien. Dans la même division, leurs chemins se sont croisés à quatre reprises, pour deux victoires de part et d’autre. Au regard de la physionomie des matchs de saison régulière, on pouvait d’ores et déjà affirmer que la série serait sans aucun doute serrée. Aucune des deux équipes n’avait montré un visage nettement supérieur à l’autre durant ces quatre rencontres de saison régulière, dont deux s’étaient terminées en prolongation. Chacune avait réussi à s’imposer dans sa salle, et à chaque fois ou presque les joueurs vedettes avaient répondu présent.

Le Thunder était une équipe très jeune. Kevin Durant et Russell Westbrook, les deux fers de lance de l’équipe, avaient à peine 22 printemps, quand Serge Ibaka et James Harden eux n’en comptaient que 21. Le vétéran du groupe était Nick Collison, du haut de ses 30 ans. Si la jeunesse a ses défauts, elle est aussi pleine de qualités, surtout avec des joueurs comme ceux-ci. En deux ans seulement, la franchise remplaçante de Seattle était passée de 23 à 54 victoires sous la coupe du duo Durant-Westbrook, qui jouaient déjà comme des joueurs confirmés. À la trade deadline, OKC avait fait le choix de se séparer de Jeff Green et Nenad Krstic, pourtant pions importants de la rotation de Scott Brooks, pour accueillir la doublette Nate Robinson-Kendrick Perkins en provenance de Boston. Ces changements – avec l’intégration d’Ibaka dans le cinq notamment – n’allaient pas perturber la route du Thunder, qui filait tranquillement vers les playoffs.

Rose Garden, Portland

Les deux premiers matchs allaient être cruciaux, bien que tous les matchs de playoffs le soient, pour Portland. L’adversaire était de taille, et Brandon Roy en avait bien conscience. Après avoir tant voulu décrocher cet avantage du terrain, il fallait maintenant le mettre à profit pour offrir aux Blazers le supplément d’âme nécessaire aux exploits de la postseason.

Le Rose Garden, tout comme son leader, connaissait l’enjeu de la série : il fallait absolument franchir cet obstacle du premier tour pour enfin être considérée comme une équipe sérieuse et prétendante au titre. Tous les spectateurs s’étaient équipés d’un t-shirt rouge offert par la franchise sur leurs sièges, et seuls quelques irréductibles osaient s’afficher avec un maillot bleu ciel et blanc aux couleurs des visiteurs.

La présentation d’avant-match fut à la hauteur de l’événement. Avant la présentation des cinq de départ, il fallait s’assurer que le public était prêt à rugir dès la première minute. Le visage de Roy apparu sur les écrans géants du Rose Garden. Le leader de tout un peuple avait le regard sombre, déterminé. Cinq mots des plus simples sortirent de sa bouche, comme un appel au peuple : « Rip City, êtes-vous prêts ? ». Le public gronda d’une seule et même voix par l’affirmative. Le visage de Roy laissait alors place à la vidéo concoctée spécialement pour les playoffs, sur un bon fond rock qui électrisa la salle instantanément. Une présentation de tous les joueurs des Blazers, et en dernière image, le désormais classique slogan de playoffs à Portland : « Uprise ». La mise en scène était belle, mais il était temps d’aller au combat.


Pour le premier match, l’effet de surprise allait fonctionner. Pris à la gorge d’entrée par des Blazers surmotivés et un public aussi hostile que possible, le Thunder allait balbutier dans les grandes largeurs son basket dans le premier quart-temps, qui verra les Blazers être indécents d’adresse, avec plus de 70% de réussite aux tirs. Avec plus de 12 points de retard dans la musette au bout des douze premières minutes, OKC s’apprêtait à vivre un match de traînards de bout en bout. Heureusement pour eux, les choses allaient s’équilibrer au fil du match, le temps aidant les visiteurs à trouver la mire et les Blazers redescendant un peu plus sur Terre. Mais même ceci aidant, la réussite avait choisi son camp pour ce premier match.

LaMarcus Aldridge s’en donnait à cœur joie au sein de la défense du Thunder. Serge Ibaka avait beau avoir les capacités pour le suivre en-dehors de la raquette et lui imposer un défi physique, Aldridge parvenait à chaque fois à fuir celui-ci pour se dégager une fenêtre de tir suffisante. De son côté, Roy faisait du Roy : tantôt, il organisait les attaques pour faire jouer les siens, tantôt, il créait du jeu pour lui-même. En face de lui, le Thunder lui avait assigné le suisse Thabo Sefolosha. Pourtant pas un manchot en défense, il avait du mal à suivre le rythme de Roy, comme beaucoup de bons défenseurs avant lui. Les changements de rythme fréquents et la faculté de son adversaire à trouver la faille et à l’exploiter aussitôt lui donnaient en permanence un cran de retard. Tout ceci, conjugué au manque d’adresse de Kevin Durant et Russell Westbrook – moins de 35% chacun pour ce game 1 –, permettait à Portland de filer tranquillement vers une première victoire. Le public explosa, comme à son habitude, à la sirène finale. Les Blazers avaient fait le boulot mais rien n’était joué, loin de là.

Pour le deuxième match, ils allaient être beaucoup plus en souffrance. Remis de leurs émotions, les joueurs du Thunder allaient donner du fil à retordre aux Blazers. Kevin Durant trouvait enfin le chemin du filet de manière régulière, et donnait même l’avantage aux siens à la pause. Chatouillés dans leur orgueil, les locaux allaient se remobiliser en seconde période, notamment grâce à un bel apport de la second unit qui passa un 8-0 décisif en fin de troisième quart-temps. Avec le retour des titulaires sur le parquet, le moneytime de ce deuxième match allait être disputé sous tension. Kevin Durant et Brandon Roy se rendait coup pour coup, mais c’est finalement le deuxième qui allait avoir le dernier mot en donnant une véritable offrande au cercle à LaMarcus Aldridge suite à une énième brèche créée dans la défense du Thunder à 50 secondes du terme.

Les Blazers avaient réussi leurs débuts pour ces playoffs 2011, et la maison avait été protégée des envahisseurs de l’Oklahoma. À 2-0, la moitié du chemin avait été faite, mais le plus dur était encore à venir avec deux matchs en territoire hostile. Les Blazers quittaient leur antre du Rose Garden pour la Chesapeake Arena.

Cheasapeak Arena, Oklahoma City

En territoire ennemi, les choses allaient tourner au vinaigre. La franchise du Thunder, bien que jeune historiquement, pouvait elle aussi se targuer d’avoir un public électrique quand il le fallait. C’était ainsi à leur tour de pousser comme un seul homme derrière leurs joueurs pour leur redonner confiance et leur permettre d’enfin débloquer le compteur de victoires. Pour le game 3, le trio Durant-Westbrook-Harden fut pris d’un violent coup de chaleur au cours du deuxième quart-temps, permettant à OKC de virer en tête à la pause de 14 points.

Au retour des vestiaires, l’écart était stabilisé, malgré les efforts non-dissimulés de Brandon Roy, Gerald Wallace et autres LaMarcus Aldridge pour faire rester les Blazers dans le coup. Finalement, le Thunder parvint à conserver son avance en gérant parfaitement sa seconde mi-temps. L’efficacité offensive était retrouvée, et les Blazers avaient couru après le score en vain.

Nate McMillan et son staff savaient que la clé résidait dans la gestion du rythme du match pour le game 4. Avec les athlètes Westbrook, Durant, Ibaka ou Harden, le Thunder n’hésitait pas à déployer son jeu rapide dès que possible. Quand il fallait être un peu plus discipliné sur demi-terrain, leur jeu était moins fluide et bien souvent les isolations de Durant ou Westbrook étaient les solutions les plus plébiscitées. Durant était contrôlé tour à tour par Gerald Wallace ou Nicolas Batum, tandis que Westbrook lui était contenu plus difficilement par Andre Miller et ses 34 printemps, voire Wes Matthews. Pour le game 4, il fallait tenter un coup. Si le cinq majeur resta inchangé, McMillan fit rapidement entrer Matthews en lieu et place de Miller. Ainsi, les Blazers évoluaient avec Roy en tant que meneur, pendant que Matthews et Wallace occupait les ailes. Une ligne arrière plus grande, plus défensive, et plus apte à gêner le Thunder.

Plus rapide et costaud que Miller, Matthews pouvait se charger de Westbrook avec moins de difficultés que son aîné, et Roy pouvait être caché en défense sur Thabo Sefolosha. En ayant Batum en réserve sur le banc, McMillan avait encore un atout défensif à opposer au Thunder quand l’heure des rotations allait venir, notamment pour s’occuper de KD. L’idée était de laisser le jeu venir à Westbrook, tout en fermant l’accès à balle au possible à Durant : en gros, choisir son poison. Le coup de poker fut gagnant pour Portland : à la pause, les joueurs de l’Oregon chaviraient en tête à +6. Durant était gêné, toute proportion gardée, dans ses choix, et Westbrook était forcé de prendre beaucoup plus de décisions en conséquence.

La présence de Camby et Aldridge sous le cercle était également plus efficace grâce aux changements défensifs opérés : désormais, les deux intérieurs de Portland jouaient beaucoup plus bas sur les picks and roll du Thunder afin de contrôler la peinture et de venir gêner au cercle. Les défenseurs extérieurs eux devaient tout faire pour lutter contre l’écran et gêner le tir extérieur s’il était pris derrière. Grâce à ces ajustements, Portland était en train de réussir son pari. Mais OKC n’était pas pour autant muselé et maintenait les Blazers à portée de tir. À l’aube du dernier quart-temps de ce game 4, Brandon Roy et les siens conservaient leur avance de 6 points. Les 12 minutes à venir étaient décisives pour les Blazers, car s’ils tenaient bon, ils faisaient un énorme pas vers une qualification au tour suivant. Exactement le genre de moment où les grands joueurs doivent prendre une autre dimension.

Brandon Roy faisait un match solide jusqu’alors. Avec 18 points, 4 rebonds et 6 passes décisives, il alternait entre la mène et l’arrière sans difficulté. Son aisance balle en main et sa capacité à faire le bon choix étaient deux armes indispensables et précieuses aux Blazers dans cette optique. Mais à l’approche du moneytime, il sentait qu’il allait devoir prendre les choses un peu plus en main personnellement. Quand le chrono passa la barrière des 5 dernières minutes, les Blazers ne menaient plus que de 4 points. Une avance précieuse, conséquente et infime à la fois. La pression infligée par les supporters de la Chesapeake Arena avait atteint son apogée. En défense comme en attaque, les supporters poussaient leurs héros à l’unisson et huaient le moindre geste d’un joueur de Portland. Kevin Durant maintenait les siens à flots depuis le début de la seconde période, s’étant ajusté à la défense proposée par McMillan et jouant beaucoup plus sans ballon. On était maintenant dans le moneytime, là où les paris s’emballent et où les décisions pèsent lourd. Et le Roy allait asseoir son siège.

Sûr de son jeu et imperméable à la pression, il rendait coup pour coup au Thunder. Thabo Sefolosha avait beau avoir une étiquette de défenseur respecté, il n’allait être d’aucun secours pour Scott Brooks, incapable de stopper The Natural. La leçon que s’apprêtait à donner Roy allait hanter les fans d’OKC pendant de longues heures suite à ce game 4.

Tout parti d’un drive de l’arrière en ligne de fond. Ayant battu Sefolosha en feintant le départ dans l’axe, Roy s’engouffra ligne de fond pour monter au cercle. Sur son chemin, Ibaka était venu en aide, mais allait servir de pantin à Roy. Feintant la montée en lay-up, il se joua de l’intérieur en lui passant dessous pour aller poser un reverse layup splendide de l’autre côté du cercle. Sur la phase offensive suivante, il sollicita l’aide d’Aldridge pour jouer en pick’and’roll. Il savait qu’Ibaka allait l’attendre sur le switch, comme depuis le début du match. A peine son intérieur arrivé, il fit mine de prendre l’écran posé à sa droite, pour finalement revenir sur sa gauche. Sefolosha avait déjà glissé pour contenir le roll d’Aldridge, et Ibaka avait anticipé la sortie de Roy. Ce dernier replaça ses appuis sur un dribble derrière l’écran, et dégaina en tête de raquette complètement libre. Ficelle. La clairvoyance et la lucidité de l’arrière étaient à ce moment-là de la partie complètement dingue à observer. Tout était fait si naturellement que c’en était fantastique, ni plus ni moins.

Il enchaina en suivant par un nouveau panier dans le midrange, avant de finir dans le trafic au cercle en décrochant un and-one deux actions plus tard. 9 points de suite, qui donnaient 8 points d’avance à Portland à moins de deux minutes du buzzer. Et puis, vint le coup de grâce.

Alors que Westbrook se précipitait du côté d’OKC en déclenchant un tir à trois points précipité, Roy récupéra la gonfle et remonta le terrain. Tête levée, il observait le repli du Thunder se mettre en place et identifia la faille. La ligne de fond était dégagée, et Gerald Wallace déjà en poste dans le corner. Le temps d’un regard, et l’ailier saisit où Roy voulait l’amener. Il déclencha sa course vers le cercle dans le dos de la défense, trop focalisée sur le numéro 7 qui était avait accéléré après avoir passé la ligne médiane pour une illusion de coast-to-coast. Roy se stoppa net dans son élan en tête de raquette, et envoya un caviar au cercle. Wallace n’eut qu’à claquer violemment la gonfle. Un dunk en forme de mise à mort pour le Thunder. Lucidité, sang-froid, efficacité. La Chesapeake Arena venait d’être réduite au silence.

Fin du game 5, vestiaire du Rose Garden

Ils l’avaient fait. Après une prolongation et un match aux allures de thriller insoutenable, les Blazers l’avaient emporté et avaient obtenu leur qualification pour le deuxième tour de playoffs. Une première depuis la prise de pouvoir du duo Roy-Aldridge. La progression de tout ce groupe était enfin actée sur le papier avec ce succès contre le Thunder. Mais rien ne fut simple pour ce game 5.

Oklahoma était revenu dans l’Oregon avec la détermination d’une équipe qui n’avait plus rien à perdre. Kevin Durant avait enclenché le mode arme fatale, et Russell Westbrook avait à cœur de se racheter de sa mauvaise prestation du game 4. Le Thunder avait dominé toute la première mi-temps, avant que la seconde période ne prenne des airs de mano a mano insoutenable, les Blazers s’étant remobilisés derrière leur duo vedette. Roy évoluait à son meilleur niveau, et avait ramené les siens à lui seul au score. Dans la dernière minute, il s’était donné corps et âme pour pouvoir arracher la prolongation. Après un coup de sifflet généreux en sa faveur lui octroyant deux lancers-francs qu’il ne se priva pas de convertir, il délivra tout l’Oregon d’un shoot clutch au possible à 4 secondes du terme, en déséquilibre total. En prolongation, il fut bien aidé par LaMarcus Aldridge et la mauvaise gestion d’OKC, et délivra finalement tout un peuple avec un panier primé assassin quelques secondes avant que le buzzer final ne retentisse, cette fois-ci pour de bon.

Les journalistes avaient pénétré en masse dans le vestiaire des locaux, et tous se précipitèrent vers le casier de l’idole du peuple, Brandon Roy. Phénoménal sur la série, qu’il clôturait avec 27.1 points, 3.5 rebonds et 5.6 passes, il fallait être fou ou inconscient pour ne pas admirer le retour en force auquel il s’était adonné. Un an quasiment jour pour jour après avoir loupé la moitié de la série face aux Suns pour cause de blessure, il venait d’asseoir le Thunder à sa botte en dominant de la tête et des épaules la série. Les journalistes se bousculaient pour pouvoir entendre la star si discrète en dehors des parquets commenter l’exploit réalisé. Gerald Wallace arriva au secours de son boss : « Arrêtez les gars, vous voyez bien qu’il n’aime pas voir vos tronches si près de son casier ! Allez, venez voir papa je vais tout vous raconter moi ! ».


IV.

Playoffs 2011 – 2nd tour : Dallas Mavericks – Portland Trailblazers

Après une saison régulière voyant leur compteur de victoires grimper à 57 victoires, les Mavs avaient écarté sans trop sourciller les Nuggets lors du premier tour. Avec un effectif composé de joueurs très expérimentés – les médisants diraient même vieillissant –, Dallas sortait d’une énorme saison régulière, dans le sillage d’un Dirk Nowitzki étincelant. Avec les cols bleus Shawn Martion, Jason Terry ou encore Tyson Chandler, avec le maestro Jason Kidd à la baguette, les Mavericks avaient tout d’un adversaire à ne pas prendre à la légère pour les Blazers de Brandon Roy.

Sur le papier, l’affrontement entre les deux joueurs majeurs qu’étaient Nowitkzi et Roy faisaient saliver les observateurs les plus avisés. Les deux hommes dominaient leur sujet quand ils mettaient les pieds sur le parquet, mais ne répondaient pas aux codes de la superstar NBA dans son cliché le plus répandu en dehors des parquets. Ils semblaient faire partie de cette espèce rare de superhumains accessibles, conscients de leur chance de pouvoir s’épanouir dans leur vie grâce au basket, mais sans être fan de tout le folklore qui peut accompagner leur statut. Leur jeu parlait pour eux, et les deux hommes transpiraient le basket. Le duel était attendu, il allait être épique.

Dans une bataille acharnée comme le public en raffole, Brandon Roy et Dirk Nowitzki allaient s’affronter à un niveau frôlant l’indécence. Un niveau que ne peuvent tutoyer que les plus grands joueurs, ceux pour qui la saison régulière n’est qu’une longue inspiration et les playoffs le souffle final. Là où le talent ne suffit plus seul, où le travail de l’ombre de toutes les années d’entrainement se révèle et doit payer, où le mental est sans cesse mis à l’épreuve. Coup pour coup, œil pour œil, dent pour dent, point pour point, le mano a mano que se livraient les deux leaders était un régal de basket.

Dans la roue de Nowitkzi, qui guidait les siens de la tête et des épaules, les Mavs avaient réussi à capitaliser sur leur avantage du terrain en remportant les deux premiers matchs de la série. Deux courtes victoires, suffisantes néanmoins pour donner un peu d’air au groupe de Rick Carlisle. Mais il aurait été suicidaire de penser que Roy était assez fou pour laisser les Mavericks reprendre leur souffle. De retour au Rose Garden, il frappa un grand coup dans le game 3 en marquant 51 points, à un point de son record personnel. Le message était clair : la série était loin d’être terminée. Déjà en rythme lors des deux premiers matchs perdus, Roy retrouvait ses repères à la maison, et montra une autre facette de son arsenal impressionnant au game 4, en frôlant le triple-double avec 34 points, 9 rebonds et 11 passes décisives pour décrocher une victoire obtenue aux forceps dans le moneytime. Revenus à 2 partout, les Blazers avaient remis les compteurs à zéro dans la série.

Avant le game 5 décisif, Brandon Roy et Dirk Nowitzki planaient littéralement sur la série. D’un côté, le géant sniper allemand alignait des statistiques monstres, avec des pourcentages de réussite hallucinant à longue distance : 28.1 points de moyenne avec 48% à 3pts, le tout accompagné de 8 rebonds. De l’autre, Roy faisait du Roy : 28.6 points, avec 6.4 rebonds et 7 passes de moyenne en perdant moins de 2 ballons par match. Les deux joueurs étaient clairement à un niveau difficilement atteignable pour leurs coéquipiers. Pour le game 5, retour au Texas.

Le duel à distance entre l’arrière et l’ailier-fort allait se poursuivre. Les quatre matchs précédents avaient tous été remportés avec une marge infime, et celui-ci n’allait pas y échapper – doux euphémisme… A 2 minutes de la fin du quatrième quart-temps, les deux équipes se retrouvaient à égalité. Nowitzki et Roy menaient leurs troupes sans que l’un des deux hommes ne veuille baisser la garde. Jason Terry et LaMarcus Aldridge jouaient les lieutenants de luxe dans la série, et dans ce match également. À 45 secondes du buzzer final, le Jet envoyait une bombe du parking qui allait donner le lead aux Mavericks pendant que l’American Airlines Center explosait. Mais la climatisation allait être de suite enclenchée sur l’action suivante, Aldridge obtenant la faute de Chandler alors qu’il montait au dunk sur un service d’Andre Miller. And-one convertit et les compteurs étaient à nouveau remis à zéro. La dernière possession allait être pour les locaux, mais Nowitkzi ne pu trouver le chemin du cercle, bien contesté par Batum et Aldridge. Prolongations.

5 minutes pour décider du tournant de la série : soit Dallas protégeait son territoire, soit Portland prenait un avantage décisif. Le destin ne semblait toutefois pas vouloir choisir son camp : dans la dernière minute de la prolongation, les deux équipes étaient encore une fois au coude-à-coude. Dirk Nowitzki ramenait les siens à égalité après avoir converti deux lancers-francs qui lui faisaient atteindre les 35 unités, alors qu’il ne restait que 26 secondes à l’horloge. Cette fois-ci, la balle de match allait être dans les mains de Brandon Roy. Plus de temps-morts pour McMillan, et une possession déterminante, peut-être la plus importante de la carrière de Roy.

Quel choix allait faire les Mavs ? Faire faute, envoyer B-Roy aux lancers et être maitres de leur destin pour la gagne, ou laisser Portland et son franchise player décider de la suite des choses ? Carlisle fit signer à ses troupes de laisser courir les choses. Le message était clair : si les Blazers voulaient la victoire, ils allaient devoir aller la chercher.

26 secondes à jouer

Roy remonta le terrain sans précipitation, gardé à distance par son défenseur attitré depuis le début de la série, Shawn Marion. Il se diriga dans l’axe, légèrement sur la droite du panier. Gerald Wallace et Wes Matthews étaient dans le corner, Aldridge et Camby poste bas : Roy disposait de tout le terrain nécessaire pour défier son vis-à-vis. Il laissa quelques secondes s’égrainer, jetant un bref regard en direction du chrono au-dessus du panier adverse pour ajuster son timing.

12 secondes

Il se redressa, fit un signe de sa main droite – deux tapes sur la tête. Le signal pour Marcus Camby. Aussitôt, l’intérieur décolla de son poste bas pour venir porter un pick sur la gauche de Brandon Roy. Surtout bien caler ses appuis, cadrer Marion, et ne pas bouger pour créer la microseconde de décalage nécessaire…

8 secondes

Camby s’approchait. Roy dribblait de sa main gauche, le regard tourné vers l’endroit où son coéquipier allait se poser. Marion avait compris le geste de Roy et s’attendait à recevoir un écran à sa droite. Il entendit son coéquipier lui annoncer, sans surprise.

6 secondes

Puis soudain, Roy changa de direction. Alors qu’il allait poser son dribble côté gauche pour prendre le pick de Camby, sa main plongea du côté droit. Marion réagit assez vite, mais n’aavait plus de longueur d’avance, se retrouvant épaule contre épaule avec Roy. Tyson Chandler hésita à venir en aide, ne sachant pas si son coéquipier était en passe de se faire battre ou non.

4 secondes

En plein milieu de la raquette, Brandon Roy stoppa sec et net son élan. Un appui simultané, à hauteur de Marion encore à la lutte. Il s’éleva dans les airs, parfaitement droit, pour un tir à mi-chemin entre le floater et le simple tir, à 2 mètres du cercle. Shawn Marion le suivait de près et sauta quelques millièmes de secondes après lui, bras tendu pour tenter de gêner le tir. L’horloge des 24 secondes retentit alors : il ne restait que 2 secondes à jouer, quel que soit le sort de ce tir.

La balle monta dans les airs, et tous les regards suivirent sa trajectoire. La balle heurta le plexiglas en plein centre du carré blanc, et plongea dans le filet. Sans temps mort, les Mavs se précipitèrent pour jouer la remise en jeu, avec seulement 2 secondes restantes sur l’horloge. Tyson Chandler tenta une longue passe en direction de Jason Terry, qui tentait de se démarquer dans sa moitié de terrain. La réception de la gonfle fut l’occasion d’un cafouillage géant, qui dura suffisamment de temps pour que le buzzer final retentisse à son tour. Les Blazers pouvaient enfin exulter pleinement : Portland venait de remporter une énorme bataille, et Roy venait de graver un peu plus sa légende.

Cette victoire, arrachée au prix de gros efforts, ne valait toutefois rien si les troupes de Nate McMillan se montraient incapable de confirmer à domicile pour le match suivant. Il fallait se méfier du sursaut d’orgueil, ne pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tuer. Mais force est de constater que la défaite concédée chez eux par les Mavs avait laissé beaucoup de traces chez les coéquipiers de Nowitzki. Si les discours et déclarations laissaient paraitre un désir de vengeance, si l’expérience du roster permettait d’envisager un désir de revanche, la réalité était que le tir décisif de Roy au game 5 était encore dans toutes les têtes, comme un mauvais souvenir, entaché de remords, qui ne peut s’effacer qu’avec le temps. Or entre les deux matchs, simplement 48 heures s’étaient écoulées. Trop peu.

Portland allait remporter ce game 6 après un dernier effort collectif pour mettre à terre les Mavericks. Si Nowitkzi sortait encore une fois un match solide, ses soutiens de la première heure semblaient à côté de leurs pompes. Côté Blazers, la fête avait battu son plein : après un départ difficile, les joueurs avaient finalement repris le dessus sur leurs émotions. Batum, Fernandez, Matthews, Wallace, Miller, Aldridge et compagnie, tous avaient participé à ce dernier acte pour réaliser l’impensable : accéder aux Finales de Conférence. Et que dire de Brandon Roy ?

Clôturant la série avec des moyennes de 27.3 points, 6.5 rebonds, 5.6 passes avec plus de 40% de réussite globale aux tirs, tout en perdant moins de 2 ballons par match, Roy avait encore une fois monter son niveau d’un cran. Jouant autant au poste 1 qu’au poste 2, il avait plané sur la série dans son duel à distance avec Nowitzki. Et des prestations qui ne pouvaient laisser personne indifférent, pas même le coach vaincu, Rick Carlisle : « On n’a jamais su comment lui faire face. Nos gars ont essayé tant bien que mal, mon staff et moi également, mais jamais on n’a pu l’empêcher de faire ce qu’il voulait. Il est tout simplement sur une autre planète. On ne peut que s’incliner quand le basket est joué de la sorte. ».

Portland voyait les portes des Finales de Conférence s’ouvrir. Et Brandon Roy allait pouvoir affronter un autre duel de taille, en se retrouvant directement confronter à celui que beaucoup voyaient comme le meilleur arrière de la Ligue : Kobe Bryant.


V.

Playoffs 2011 – Finales de Conférence Ouest : Los Angeles Lakers – Portland Trailblazers

Les Lakers n’étaient rien de moins que les doubles champions en titre. Après avoir triomphé d’Orlando en 2009, les Celtics avaient été écartés en 2010 pour le back-to-back. Kobe Bryant était revenu sur le toit du monde, et son duo avec l’espagnol Pau Gasol était craint de toutes les écuries NBA. À côté de ce duo, le cinq majeur était composé de Derek Fisher, Metta World Peace et Andrew Bynum. Sur le banc, il fallait encore ajouter l’homme à tout faire Lamar Odom, qui venait d’être élu Sixième homme de l’Année avec une saison en 14-8-6 de moyenne, auxquels s’ajoutaient des noms un peu moins ronflants comme Steve Blake, Matt Barnes et autre Shannon Brown. Phil Jackson était évidemment de la partie, et lui et ses hommes n’avaient rien d’autre en tête que le three-peat, après une saison régulière qui les avait vu empocher 57 victoires.

Disposant facilement des Hornets au premier tour et beaucoup plus difficilement des Spurs par la suite, Los Angeles avait pour inestimable avantage celui de l’expérience. Kobe Bryant, Pau Gasol, Lamar Odom, Derek Fisher et compagnie, tous avaient l’expérience des champions, et étaient désormais habitués à la pression inhérente aux plus grandes joutes de playoffs. Tout le contraire des Blazers, équipe surprise de cette campagne 2011. Avec un groupe relativement jeune, dont la majorité n’avait pas encore atteint son prime et disputait ici ses premières Finales de conférence, Portland allait endosser le rôle de David dans son affrontement avec Goliath.

Qu’importe, les Blazers voulaient tenter leur chance. Les objectifs avaient largement été remplis et dépassés, si bien que de nouveaux rêves remplissaient maintenant la tête de tous les habitants de l’Oregon. Et si les portes des Finales NBA s’ouvraient à nouveau devant eux… ?

Los Angeles allait dominer et remporter largement le premier match de ces Finales de Conférence, dans le sillage d’un Kobe Bryant désireux de montrer à Roy qui était encore le patron de l’Ouest. Sans doute crispés par l’enjeu et l’évènement, les joueurs de Nate McMillan – tout comme leur coach – étaient apparus comme tétanisés, balbutiant leur basket et leurs fondamentaux. Pour le match suivant, les choses étaient plus ou moins rentrées dans l’ordre. Les esprits s’étaient apaisé côté Blazers, les bases retrouvées et le déroulé du match beaucoup moins facile pour les locaux. Brandon Roy, sans doute touché dans son orgueil après la prestation de Bryant dans le game 1, allait être le premier à sonner la révolte, plantant 28 points dans la musette de ce dernier. Mais malheureusement pour les Blazers, la défaite allait elle aussi être au rendez-vous.

Menés 2 victoires à rien et de retour dans leur antre du Rose Garden, Portland allait enfin renouer avec le chemin du succès. Avec un public encore plus mobilisé derrière ses héros, les Blazers parvenaient à puiser dans leurs réserves pour se défaire des Lakers. Brandon Roy avait bel et bien rebombé le torse après le non-match du game 1 : avec 36 unités au compteur, il s’était donné corps et âme dans son duel avec Kobe Bryant.

Le duel entre les deux joueurs donnait encore une fois l’occasion aux nombreux observateurs d’observer parmi les plus belles partitions qui pouvaient être jouées alors sur un terrain de basket. Deux esthètes de la balle orange, dans deux styles différents. Il existait un respect énorme entre les deux hommes. Plus tôt dans l’année, alors qu’on lui avait demandé quel était le joueur le plus dur à défendre de l’Ouest, Kobe n’avait pas hésité longtemps : « Roy, 365 jours par an, 7 jours par semaine. Roy n’a pas de faiblesse dans son jeu. ». Les deux hommes étaient de formidables scoreurs, des artistes de la balle orange. Dans le duel qu’ils se livraient pour ces Finales de Conférence, aucun ne voulait agiter le drapeau blanc, chaque coup reçu de l’adversaire lui était rendu au centuple. Dans la dernière minute game 4, le mano a mano allait franchir les frontières du réel quand les deux joueurs atteignaient la barre des 40 points dans deux actions successives.

Mais malheureusement pour Brandon Roy, le supporting cast de Kobe Bryant était plus dense, plus expérimenté et tout simplement plus fort. Pau Gasol et Lamar Odom allaient venir en aide à leur leader pour enterrer les espoirs des Blazers et s’adjuger la victoire. En menant 3-1, ils ne restaient plus aux Lakers qu’à faire le boulot à domicile au game 5. Logiquement, la tâche fut remplie de retour en Californie. Portland s’inclinait ainsi en 5 matchs face aux doubles champions en titre. Si Brandon Roy avait donné tout son possible pour tenter de sauver le navire Blazers, la vague de LA avait été tout simplement trop forte, et le naufrage impossible à éviter.

Portland, Oregon

Le soir du match 5 perdu, les joueurs de Portland s’étaient retrouvés pour une soirée dans la cité des Anges. Forcément déçus de l’élimination, ils étaient tout de même lucides sur leur parcours, aussi exceptionnel qu’inattendu. Dans cette campagne de playoffs 2011, les Blazers avaient enfin pu valider aux yeux de tous qu’ils étaient de véritables prétendants au titre dans un avenir proche. Après avoir triomphé du Thunder, des Mavs, ils n’avaient plié que devant les doubles tenants du titre. Un véritable groupe s’était formé, bien évidemment encore perfectible, mais l’expérience qu’ils venaient d’engranger tous ensemble était sans doute leur plus grand allié pour l’avenir.

Et que dire de B-Roy ? Celui sur lequel des rumeurs circulaient à la fin de la saison 2009-10 avait tenu promesse : il était revenu, depuis le premier jour du training camp, à son meilleur niveau. Mieux encore, il était encore plus fort. Plus complet, plus leader que jamais, plus respecté encore, Roy était devenu l’un des visages forts de la Ligue, incontestablement. Ses performances colossales lors des séries face à Oklahoma, Dallas ou Los Angeles, ses éclats de génies dans les moments chauds et son leadership presque naturel ne faisaient aucun doute sur son appartenance à un groupe très fermé, celui des meilleurs joueurs de la planète.

Après la soirée, le retour à Portland était au programme le lendemain. A peine arrivés sur le tarmac, les joueurs purent déceler la folie qui remplissait l’aéroport. Les fans se pressaient aux alentours, on voyait des voitures garées à perte de vue : tous s’étaient donné rendez-vous pour les remercier des émotions procurées. Dans le protocole d’ordinaire très strict qui encadrait les déplacements des joueurs, ceux-ci avaient peu l’habitude de goûter au bain de foule en public. Des moments comme ceux-ci étaient rares dans une carrière NBA. Quand ils franchirent les portes du terminal pour entrer dans le hall d’accueil, la douce folie se transforma en folie furieuse. Un par un, les joueurs passaient les portes du hall, et le nom de chacun d’eux était chanté, crié, scandé aussi haut et fort qu’il était possible de le faire. On voyait des maillots des Trailblazers à ne plus savoir qu’en faire, des pancartes, des mascottes improvisées, des enfants haut perchés sur les épaules de leurs parents, attendant d’entrevoir ceux qui les avaient fait rêver. Quand Brandon Roy passa les portes, la folie se décupla encore. Impossible pour le joueur, d’ordinaire si calme et sous contrôle, de réfreiner ses émotions à la vue de cet élan passionné de ses supporters. Les joueurs restèrent de longues minutes dans le hall, à communier avec leurs supporters, emplis de fierté.

Les jours étaient beaux à Portland en ce printemps 2011, et nul doute qu’avec un diamant comme Brandon Roy dans le coffre, ceux à venir allaient l’être d’autant plus.


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