Comme à mon habitude, j’étais jeudi soir devant le League Pass en pleine décomposition devant l’attaque des Cavs qui avait toutes les peines du monde à se défaire de la zone du Heat.

Cela fait plusieurs matchs que je vois les défenses se mettre en zone pour affronter Cleveland et ça semble payer puisque les Cavaliers ne s’en sortent pas face à ce système défensif si particulier. Du coup, aujourd’hui, je vous propose de voir un peu comment attaquer les 3 dispositions de défense de zone les plus répandues : la « 1-2-2 », la « 2-1-2 » et la « 2-3 ».

Cet article permettra aux novices de mieux comprendre certaines choses dans des matchs et si vous êtes un expert, n’hésitez à partager votre expérience dans la section commentaire de l’article.

Introduction

Si on part du principe qu’on est face à une équipe qui sait jouer en zone, en général, les joueurs n’aiment pas se retrouver face à ce système défensif parce qu’il limite les choix et ne permet plus de compter uniquement sur ses facultés physiques et son skill pour passer son adversaire.

Comme il s’agit d’un effort de groupe, c’est le quintet présent sur le terrain qui défend sur chaque homme, c’est du moins l’idée de base de la zone : faire en sorte que chaque attaquant sente 5 défenseurs sur lui et bouger en fonction de la balle et non pas en fonction des mouvements des joueurs.

Pour le groupe défensif, il s’agira de faire preuve d’une excellente connaissance du système (qui fait quoi et à quel moment), d’une communication parfaite pour coulisser correctement ensemble, et d’une bonne faculté d’adaptation. La zone est à double tranchant : bien exécutée elle paralyse une attaque, mal exécutée elle ouvre des boulevards pour les attaquants à des moments précis.

Donc la mission pour le coach du groupe d’attaque sera de rendre la zone inefficace le plus rapidement possible, pour forcer le coach défensif à changer ses plans et ainsi libérer ses joueurs de la zone. C’est à ce moment-là qu’on peut jauger la valeur tactique d’un coach et sa capacité à faire passer son message à travers son groupe de joueurs.

La zone 1-2-2

C’est la zone la plus répandue, sans doute parce qu’elle laisse les joueurs en défense sur leurs matchups naturelles à peu près dans tous les cas de figure. Elle couvre assez bien toute la partie à défendre et n’est pas trop compliquée à mettre en place tactiquement.

On va souvent préférer cette zone pour protéger activement la périphérie, et non pas la raquette. Ça ne veut pas dire que c’est Disneyland à l’intérieur, mais cette zone est surtout pensée pour ennuyer le meneur et les ailiers adverses. Il existe plusieurs façons de la concevoir dans ses déplacements, son agressivité et son but principal, donc je ne vais bien sûr pas tout vous montrer ou expliquer mais encore une fois n’hésitez à commenter ou venir en parler sur Twitter (@steuf76 ou @qibasket)

Fig 01
Fig 02
Fig 03
Fig 04

 

Dans la 1ère image (Fig 01), on voit la disposition de base de la zone. On va chercher le meneur assez haut et on fait en sorte qu’il parte vers son côté main faible. Les deux ailiers sont à l’épaule pour verrouiller si le meneur en défense se fait passer.

Dans la Fig 02 on a passé le ballon sur l’aile. Le meneur redescend pour couvrir son poste 3, s’il se fait passer. Même chose pour le 2, qui rentre un peu dans la raquette pour bien faire comprendre au 3 adverse, qui a la balle en main, que c’est pas la peine d’essayer de passer par là.

Dans la Fig 03, je vous montre ce que pas mal de coachs font en attaque : on vient mettre un grand en poste haut, en mode tour de contrôle, qui vient occuper le 1, le 2 adverse, ou les 2. Il peut aussi recevoir le ballon et jouer directement vers l’anneau ou trouver une ligne de passe. Le poste 4 en défense pourrait être un peu plus dans la raquette, aussi.

Dans la dernière image (Fig 04), la balle est passée dans le coin (ça vaut aussi si vous avez une passe adverse qui passe au-dessus de votre défense, un reversement en somme). Le 5 sort, le 4 le remplace pour compenser. Le 2 lui prend la place du 4 en redescendant, va couvrir le back et le rebond (attention, il sera souvent en mismatch). Le 1 et le 3 resserrent leurs positions vers la balle. On passe quasiment en zone 2-3.

Encore une fois, il s’agit là d’une façon de faire parmi d’autres.

Alors comment contrer cette zone? Et bien je vous propose une solution où on va annuler son effet, sans essayer de lutter contre elle, pour éviter de perdre des précieuses secondes de possession.

Fig 05
Fig 06
Fig 07
Fig 08

Ok, pour commencer, on va décaler le meneur et les ailiers sur la gauche (dans ce cas-ci, on veut que l’action se termine à droite au final) (Fig 05).

Sur la Fig 06, le meneur passe la balle et coupe derrière le défenseur du poste 2 pour l’emmener avec lui dans le corner et forcer une rotation. Attention : si jamais la rotation de la défense est trop lente, il y a une fenêtre de drive pour votre 2. Si jamais c’est le pivot adverse qui sort dans le corner au lieu du défenseur extérieur, il y a une passe toute faite à faire à votre 4, qui sera sans marquage. On passe ensuite la balle dans le corner

A partir de là, il faut remonter la balle le plus vite possible vers le poste 3 (en gros votre balle a fait un yoyo entre le haut, le corner et maintenant le haut). On a fait ça pour bien envoyer la défense dans le coin opposé de celui où l’on veut jouer la fin du système. En gros, on annule l’effet de la zone pour se retrouver sur un 2v2 côté opposé. (Fig 07)

Donc la balle est remontée et votre poste 5 vient placer un écran pour votre 3 (Fig 08). Bien sûr, le timing est important pour le placement d’écran et votre 5 doit démarrer sa remontée lorsque le 2 récupère la balle, pour arriver en mouvement et déjà prêt à poser l’écran lorsque le 3 récupérera la balle (comme sur les échanges de balle de main à main). Votre 3 et votre 5 se retrouve avec un demi-terrain à exploiter en 2v2. Après, tout est possible : pick’n’roll, pick’n’pop, le pivot embarque le défenseur du 3 pour jouer au poste avec un mismatch, … Bref, vous avez compris le principe.

La zone 2-1-2 et la 2-3

Elles se pratiquent et s’attaquent presque de la même façon, donc je les regroupe sous les mêmes schémas mais j’expliquerai où sont les différences. Pour faire simple, dans le cas de la zone 2-3 le pivot est aligné sur la défense arrière (voir schéma) et dans la zone 2-1-2 il est au milieu des 4 autres joueurs (voir photo ci-dessous, avec Robin Lopez au centre du carré de défenseurs). On préfère l’une plutôt que l’autre en fonction du pivot sur le terrain (mobilité, protection, qualités défensives naturelles) ou pour pouvoir prendre des pick’n’roll plus haut.

Sa principale qualité est de boucler la raquette : idéal donc quand on a pas des flèches aux shoots en face aka les Cavs, mais à proscrire quand vous avez des shooteurs, c’est pour ça qu’on la voit si rarement en NBA. Merci Cleveland.

Fig 09
Fig 10
Fig 11
Fig 12

 

 

 

La Fig 09 montre la disposition de départ de la zone 2-3 et la Fig 10 celle de la zone 2-1-2.

Lorsque l’on passe la balle sur l’aile (Fig 11), on voit clairement toute l’ossature glisser vers la balle. Le but étant toujours de donner envie à l’adversaire de faire une passe au-dessus de la défense et de jouer l’interception.

Sur la Fig 12, le ballon est dans le corner et même chose, on décale tout le monde vers la balle. A noter que les 3 joueurs du fond (3, 4, 5) doivent être plus bas que la balle pour éviter les drives en ligne de fond qui ne sont pas toujours simple à défendre proprement (tout en veillant à ne pas se faire prendre trop facilement par l’intérieur, dans l’axe).

Pour contrer un ensemble de joueurs qui bougent légèrement tous en même temps, on va donc frapper à plusieurs endroits simultanément pour créer une petite panique chez l’adversaire avec un système de coach Obradovic (mais si, celui qui est toujours fâché puissance 1000).

Celui-là je vous le mets en plus grand pour plus de lisibilité. Ça a l’air compliqué, mais en fait pas tellement. Sur le schéma on voit une zone 2-1-2 : pour la 2-3, c’est pareil, sauf que votre 5 ne va pas se placer sur le côté du pivot adverse mais devant lui (soit pile sous l’anneau si vous préférez).

  • Donc, on va neutraliser en même temps le 1 et le 2 défensifs avec un double écran croisé de vos ailiers (les flèches rouges partant des 2 et 3 blancs). Croisés pour créer une dynamique de mouvement qui va perturber la ligne arrière (les annonces de screens risquent d’être bordéliques).
  • En même temps, votre 4 va sortir à 3pts (ou mi-distance) en passant derrière votre 5, qui lui va aller donc poser un écran sur le pivot adverse, dans la raquette :
    • Le fait que le 4 passe derrière votre 5 permet d’embarquer avec lui le défenseur de la ligne basse qui défend du côté du 5 : s’il ne le suit pas, le 4 se retrouve avec un spot de tir totalement libre.
    • De cette façon, votre big man pourra aller poser son écran sans avoir un défenseur dans les pattes et la ligne de drive pour le meneur sera dégagée.
  • Lorsque le meneur posera son dribble pour s’engager dans la ligne de drive qu’on vient de lui créer, le défenseur qui est parti avec votre 4 devra faire un choix : rester sur votre 4, ou aider. Dans les 2 cas, il laissera une option ouverte pour votre équipe.

Vous l’avez compris, cela créé une ligne de drive pour votre meneur. Ou un spot de shoot à mi distance. Ou un kick out vers le 4 pour planter à 3 pts.

Ce qui est important ici c’est la synchronisation des mouvements et que la zone soit paralysée d’un coup avec des coupes et des screens. Même en connaissant votre façon de faire, l’adversaire aura du mal à s’adapter suffisamment pour vous contrer à chaque fois.

Conclusion

Jouer la zone, ça fait pas rêver, les gars d’en face se moqueront de vous mais si elle est bien faite, ils s’y casseront les dents. Pouvoir varier et passer de man to man, à une 1-2-2 puis une 2-1-2 va obliger vos adversaires à se secouer les méninges pour vous passer. Toutes les grandes défenses ont cette faculté. Petit conseil personnel, si vous n’avez pas des monstres en attaque, bossez à fond votre défense parce que ça ne requiert pas réellement de skills mais de la volonté, de la communication et de la solidarité. Vous marquerez peut-être pas beaucoup mais vous pourrez peut-être empêcher l’adversaire de marquer un peu moins.

Pour attaquer les zones, le plus facile reste encore de repartir en attaque le plus vite possible pour ne pas laisser le temps à la zone de se positionner. C’est ce qui fait que les Cavs n’y arrivent pas pour le moment. Ils se relancent sur un tempo trop lent au lieu de faire plonger leurs ailiers slashers (Clarkson et Osman par exemple) vers le cercle.

Comme pour beaucoup d’aspects au basket il faut jouer juste et vite. C’est ce qui fait de ce sport une si belle discipline sportive.