Cette fois, c’est terminé. L’ailier-fort allemand, Dirk Nowitzki, légende de son poste, légende de la NBA, légende de son sport, a officiellement annoncé sa retraite devant le public incandescent de l’American Airlines Center. Le basketball américain perd ici l’une de ses plus grandes icônes. Les Dallas Mavericks, eux, disent au revoir à leur visage, leur âme. Et moi, devant mon clavier, je dis adieu à mon sportif préféré. Chienne de vie.


Cher Dirk,

J’ai longtemps hésité avant d’écrire cette lettre. Toutefois, suite à ton annonce de mardi soir, je me suis rendu à l’évidence : moi aussi, je souhaite venir apporter mon humble contribution aux milliers d’hommages que tu as reçu – et que tu continueras de recevoir. Et, puisque j’ai le sentiment de perdre un vieil ami, je vais même me permettre de te tutoyer.

Avant toute chose, j’aimerai simplement te remercier. C’est grâce à toi, et à toi seul, que je me passionne désormais pour le vaste univers de la NBA. Pour cela, mes sentiments sont ambivalents. D’un côté, je t’en suis éternellement reconnaissant. De l’autre, ça me rendrait presque chafouin ; en tant qu’alsacien, j’adore détester les allemands, comme j’adore détester Joffrey Lannister Baratheon, c’est-à-dire : énormément.

Pourtant, c’est bien toi qui a été le phare de ma découverte de la grosse balle orange. Pas très athlétique, le phare, mais tellement gracieux lorsqu’il tire sur une jambe. Un grand Monsieur tout blond, qui ne court pas très vite, qui ne saute pas très haut, mais dont les exploits et l’attitude forcent le respect.

Des exploits, il y en a eu, aussi bien individuellement que collectivement. Tu es tout simplement devenu le meilleur joueur international de l’Histoire. Être l’un des deux seuls non-américain à avoir été élu MVP aide certainement. Être le seul à cumuler ce titre de MVP avec celui de MVP des Finales devrait mettre fin au débat, si débat il y a. A tout cela, il faut encore ajouter les multiples places d’honneur que tu collectionnes à tour de bras, dans différentes catégories statistiques :

  • 31.560 points : 6è place au classement des meilleurs scoreurs de l’Histoire, devant – excuse-nous du peu – Wilt Chamberlain, Shaquille O’Neal ou encore Oscar Robertson.
  • 1.982 trois points : 11è scoreur le plus prolifique derrière l’arc.
  • (plus rigolo) 10.021 rebonds défensifs : 5è rebondeur défensif le plus prolifique. Pas mal, pour un mec qui affiche douze centimètres de détente sèche.
  • 1.522 matchs : 3è au nombre de matchs de saison régulière disputés.
  • 21 saisons : co-recordman du nombre de saisons NBA disputées, en attendant que Vince Carter ne vienne probablement jouer sa 22è saison en octobre prochain. Néanmoins, tu es le seul a jamais avoir joué 21 saisons sous les mêmes couleurs. Et ça, Vince Carter peut toujours courir jusqu’à ses 60 ans, il ne te battra pas.

Au sujet de l’aspect collectif, les accomplissements sont peut-être encore plus remarquables. Sur la première décennie de notre siècle, Dallas présente le second meilleur bilan de victoire en saison régulière, derrière les intouchables San Antonio Spurs. Mais les Spurs, ils trichaient. Ils se reposaient sur l’immense talent de trois joueurs différents. Alors qu’à Dallas, ce sont tes frêles épaules qui ont porté la franchise vers les sommets.

Vers les sommets ? Au sommet ! Et quel sommet ! La bague de 2011 est tout simplement la plus belle de l’Histoire, n’en déplaise aux fans des Cavs qui passeraient par là (bonjour, mesdames, messieurs). Ce titre fabuleux, remporté suite à une campagne de playoffs incroyable, qui a vu Dallas sweeper les Lakers de Kobe, exploser le Thunder du trio Durant – Westbrook – Harden, pour enfin faire déjouer tous les pronostics en Finales NBA contre le Heat de LeBron – Wade – Bosh. Sans l’avantage du terrain.

Bien entendu, ces quelques lignes ne sont aucunement représentatives de ton immense carrière. Elles n’ont que deux mérites : celui d’exister, et celui de mettre rapidement en avant tes plus beaux exploits.

Au-delà des performances sportives, c’est par ton caractère et ton attitude que tu es devenu mon idole basketballistique. J’ai toujours adoré les grands champions qui restent humbles devant leurs incroyables accomplissements. Ces mecs, parfois considérés comme les meilleurs dans leur sport respectif, mais qui ne recherchent ni strass ni paillettes. Les Federer, les Zidane, les Fourcade … Les Nowitzki.

Loin des joueurs qui se roulent par terre au moindre cross, ou qui trashtalk après un dunk alors qu’ils perdent de 30 points au beau milieu de la saison régulière (coucou Kelly Oubre), c’est tout juste si toi, tu serres le poing lorsque tu inscris un lay-up ravageur, synonyme d’égalisation en Finales. Ça doit être ça, le flegme allemand.

En dehors des salles, tu es tout simplement considéré comme le visage de la franchise de Dallas. Un joueur emblématique, qui possède un move indéfendable et qui a porté sa franchise pendant plus de vingt ans. Quand on pense aux Mavs, on pense à Dirk Nowitzki, et inversement. Aucune ville ne peut se targuer d’avoir eu un joueur qui la représentait aussi bien, ni aussi longtemps.

Mike Rawlings, maire de Dallas, ne s’y est d’ailleurs pas trompé, lorsqu’il t’a remis les clés de la ville en novembre dernier. Comme un symbole, comme pour te dire « Tu es ici chez toi ». Ce à quoi tu as répondu « Ah enfin ! Il était temps ! », avec un grand sourire. Sacré Dirk, toujours le mot pour rire.

Ton sourire, ton humilité, tu l’auras conservé jusqu’à la toute fin. Tandis que Dwyane Wade, en planifiant sa Last Dance a reçu une tournée d’adieu mémorable, tu n’as rien dévoilé de ton futur sportif. Il a fallu que Mark Cuban vienne vendre la mèche, le petit cachotier. Alors même que tu n’avais rien officialisé, les publics du pays entier ont tenu à t’exprimer leur reconnaissance, avec, comme point culminant, l’hommage vibrant de Doc Rivers.

Tu as donc attendu ton dernier match à domicile pour annoncer ta retraite. Avec, en guise de cadeau à tes supporters, 30 points, 8 rebonds, 3 passes décisives. 30 + 8 + 3 = 41, évidemment. Ça doit être ça, l’humour allemand.

Cette retraite, tu l’as officialisée de la manière la plus simple qui soit : « Comme vous pouviez vous-y attendre, c’était mon dernier match devant vous« On s’y attendait. Et, très franchement, après t’avoir vu « courir » toute la saison, je t’avoue qu’on est un paquet à être soulagés. Mais putain, ça fait mal quand même.

Voilà Dirk, je te laisse à ta retraite, que tu as méritée des millions de fois. Merci pour tout ce que tu as offert, non seulement à mon cœur de fan des Dallas Mavericks, mais aussi à ce sport en général. J’espère te voir rapidement en costume sur le banc des Mav’s, pour t’assurer que la relève – ta relève – ne fasse pas n’importe quoi avec ton héritage.

En attendant, de mon côté, je fonce sous la couette, histoire de me refaire, la larme à l’oeil, les playoffs 2011.

PS : je projette de venir, dans un futur plus ou moins proche, à l’American Airlines Center. Avec un panneau, écrit dans un anglais (très) approximatif : « Dirk, can I take a picture with you ? ». D’avance merci pour ton acceptation, Dirk.