Si vous avez déjà connu la trahison, vous avez sûrement une idée de ce que ressentent les fans des Hornets depuis hier après-midi. Au sortir de leur saison la plus excitante depuis bien 20 ans, alors que LaMelo Ball portait une attaque flamboyante avec justesse, que leur 5 de départ était le plus intenable de la ligue avec un net rating de +26, Jeff Petterson et son staff ont décidé de tradé LaMelo.
Un coup de poignard pour une fanbase qui retrouvait des couleurs après des années d’effectifs insipides et au passage pour ceux, qui comme moi, cliquaient régulièrement sur Charlotte pour regarder évoluer la paire Ball – Knueppel. Car la tristesse de cette histoire, c’est que ce groupe tâtait à peine son potentiel. Knueppel sortait de sa saison rookie, Brandon Miller faisaient enfin une série sans blessure et LaMelo Ball était enfin dans un rôle de meneur, sans avoir à tirer complètement l’attaque par lui-même.
Et alors qu’il réalisait une saison plutôt inefficace et maladroite, et affichait malgré tout un différentiel on/off de +9,9, prouvant que son impact allait bien au-delà de sa faculté à scorer, il n’y aura pas de nouvelle itération pour ce groupe.
Mais alors, si LaMelo était la pierre angulaire de cette équipe, que l’équipe affichait le meilleur net rating de la ligue depuis le 1er janvier 2026 et que le groupe avait une marge de progression encore très nette: est-ce que cet échange tonitruant avait un sens pour les Hornets ?
Vendre à son sommet
J’ai toujours fait partie des fans de LaMelo. Son jeu est spectaculaire, il peut prendre des décisions de tir complètement dingues et les faire fonctionner, son passing est excellent et sa défense est bien moins problématique que ce qu’on en a dit. Toutefois, force est de constater qu’il donnait aussi des raisons de vouloir s’en séparer.
Je ne vais pas parler du personnage plus que ça. De l’extérieur, on peut dire qu’il paraît assez loufoque et qu’il n’est possiblement pas l’employé modèle pour une franchise. Mais surtout, à l’image des Hornets ces dernières saisons, c’est aussi un joueur qui a marqué par ses absences. 36 matchs disputés en 2022-23, 22 la saison suivante et 47 la saison passée.
Le cadet de la fratrie Ball a montré de véritables sources d’inquiétudes pour un GM. Bâtir autour d’un joueur, qui certes n’a jamais eu de blessures graves, mais multiplie les causes d’absence, s’avère toujours délicat.
En cela, la saison 2025-26 offrait une véritable opportunité. Il a disputé 72 rencontres, son plus haut total de match depuis sa (très bonne) saison sophomore, a montré qu’il pouvait porter un collectif lorsqu’il était bien entouré, comme lors de cette même saison sophomore, et permettait d’envisager un échange avec le vent en poupe.
Pour beaucoup, le trade est une réussite. LaMelo est parti en compagnie de Josh Green, en contre partie de Naz Reid, un 1er TDD non protégé (2033), trois swaps de 1er TDD (2028, 2029, 2030) et trois 2nd TDD (2029, 2032, 2033).
C’est effectivement beaucoup de choix de drafts qui sont impliqués dans cet échange. 7 au total. Ils sont néanmoins à relativiser selon moi. Un swap, c’est la possibilité pour une franchise de choisir le mieux placé entre leur choix propre et celui de l’équipe concernée. En cela, ils donnent un peu plus de valeur à ces choix. Mais si on est pragmatiques, même si les choses peuvent aller très vite en NBA, en l’état, les Wolves ont l’air d’avoir plus de chances d’être en Playoffs tous les ans que les Hornets sans LaMelo.
A moins d’un scénario catastrophe où LaMelo retombe dans ses blessures, ou qu’Anthony Edwards décide de s’en aller, il est possible qu’une partie ou la totalité de ces swaps n’aient pas lieu. Auquel cas, à posteriori, LaMelo Ball et Josh Green n’auraient rapporté qu’un 1er TDD et 3 seconds. Maigre pitance.
Une équipe… encore fonctionnelle ?
On le disait, la saison de LaMelo Ball n’était pourtant pas parfaite. Sa taille n’est toujours pas suffisamment un atout pour finir à répétition près du cercle, son tir n’a pas profité d’un effectif plus cohérent et offrant beaucoup plus de dangers. Résultat, il termine la saison avec True Shooting relatif à la moyenne (TS+) de 94, soit une adresse 6 points inférieure à la moyenne NBA.
Pourtant, c’est un peu ça tout le paradoxe LaMelo Ball. Son jeu possède une folie difficile à contenir, son adresse au shoot est globalement mauvaise pour une star NBA, et quand on pouvait blâmer la charge offensive qu’il portait les 3 dernières saisons, il faisait cette année partie d’une vraie machine offensive. Malgré cette faiblesse adresse, son équipe est toujours performante quand il est sur le terrain, même quand ses travers pourrait les plomber.
A partir du moment où les blessures se sont arrêtées de pleuvoir et que l’équipe a cliqué au début janvier, les Hornets étaient la meilleure attaque de la ligue. Mieux, son 5 de départ affichait un offensive rating de 134,7 sur les 460 minutes passées ensemble. Soit 14 points pour 100 possessions de plus que la meilleure attaque NBA sur la période.
Un coup de force d’autant plus impressionnant que comme on le disait, ce n’est même pas la version la plus adroite de LaMelo que nous avons cette saison.
Le truc, c’est qu’aussi flamboyante que la saison rookie de Kon Knueppel ait été, au point parfois d’éclipser LaMelo et Brandon Miller médiatiquement, c’est son association avec LaMelo qui formait le cœur du système offensif des Hornets.
Pire, le duo Knueppel – Miller sans LaMelo peinait à fonctionner dans cette 1ere saison. Lorsqu’ils étaient ensemble sur le terrain sans le meneur, ils affichaient un net rating de -8,3. Et cela ne s’arrête pas là, car au-delà de leur association, LaMelo Ball sans ses deux jeunes compères aidait les Hornets à largement gagner ses minutes (+11 de wowy).
Autrement dit, en l’état, on peut douter que Charlotte soit encore une attaque de premier plan sans LaMelo. De quoi se dire, que sans réaction de leur part, non seulement ils se sont affaiblis, mais ils ont aussi perdu celui qui incarnait le système offensif de l’équipe.
Ce qui a parfois été perdu de vue dans cette saison, c’est que l’équipe avait besoin au maximum de son trio Ball – Knueppel – Miller (+15 de net rating ensemble) pour fonctionner à plein régime. Or, outre son talent, LaMelo avait compris cette interdépendance. Ce n’est pas un hasard s’il avait abaissé son usage, s’il avait développé son jeu sans ballon et s’était fait plus discret. Il avait pris le recul nécessaire pour laisser de l’espace à ses coéquipiers et élever ce faisant, le plancher et le plafond offensif de l’équipe.
En cela, on peut craindre un vrai un recul collectif car dans leur version actuelle, Coby White remplacera LaMelo dans le 5 et n’a pas le même profil de créateur. Par ailleurs, White qui remplaçait Collin Sexton n’est pas encore compensé.
Mais alors… est-ce qu’il y a une suite à cet échange ?
La première partie d’un plan ?
Bon, maintenant, nous sommes dans une théorie avec 3 routes possibles. En tout cas, selon moi.
La 1ere, la plus triste pour les fans : les Hornets ont décidé de faire des économies et n’ont pas compris à quel point LaMelo Ball était valuable dans leur succès. C’est le cas où on traite Jeff Petterson d’incompétent, où on se demande si le propriétaire ne l’a pas obligé à faire ça pour se débarrasser de son contrat, où on se demande si il ne nous manque pas des informations internes pour réellement juger de pourquoi l’échange a eu lieu. Si c’est ça, rideau.
Maintenant, il existe 2 autres possibilités intimement liées. Je parle ici de la trade exception. En effet, dans cet échange, les Wolves ont absorbé énormément de contrat en provenance de Charlotte. Puisque l’échange était inégal, les Hornets ont reçu, pour une durée de 1 an, une trade exception colossale.
Déjà, une trade exception, c’est quoi ?
Une trade exception permet à une équipe d’acquérir un ou plusieurs joueurs dont les salaires cumulés vont jusqu’au montant de l’exception, sans que ça compte dans son cap. Donc Charlotte peut aller chercher un joueur (ou combiner plusieurs joueurs) jusqu’à 40,7M$ de salaire sans avoir à matcher avec un sortant — alors que d’habitude un trade demande d’envoyer un salaire à peu près équivalent en retour.
Autrement dit, les Hornets peuvent aller chercher a peu près n’importe quel joueur par un échange. Avec cette T.E record, personne ne semble hors d’atteinte, d’autant que l’équipe n’était pas du tout dans le rouge financièrement, et qu’elle possède des joueurs qui peuvent servir de monnaie d’échange pour renforcer un package.
Dans ce contexte, deux possibilités co-existent :
- Dans un cas, ils ont déjà une cible bien en tête et sont avancés dans les discussions, comme la rumeur qui vient de sortir au moment où j’écris ces lignes (et qui me laisse un peu perplexe) : celle d’enchaîner avec un trade pour… Jaylen Brown. Que cette rumeur soit fondée ou pas, leur activité présumée révèle une réalité ; que le contrat de LaMelo n’était pas un problème (~40M par an), puisqu’un joueur comme Brown gagne presque 50% de plus par an. D’une certaine manière ce serait rassurant concernant les ambitions de la franchise. Reste à voir sur qui ils jetteraient finalement leur dévolu pour voir à quel point ils sont réalistes sur leurs besoins (et ce qu’ils ont perdu). Des idées qui ont circulé, comme par exemple Ja Morant ou Zion Williamson, seraient par exemple, pour moi, plus inquiétantes.
- Dans le second, l’équipe a pris un gros paris. Elle a considéré pouvoir continuer sans LaMelo, tout en gardant la possibilité de se réajuster en cours de route si elle avait sous-estimé la perte de Ball et la faculté de leur paire Knueppel – Miller à prendre plus de place. Dans ce cas, l’espoir serait permis, mais le risque inconsidéré dans le mesure où une trade exception… expire sous un an.
Quoi qu’il en soit, l’idée que cet échange crève-cœur de LaMelo Ball ne soit que la 1ere partie d’un remaniement plus large est la seule qui fasse sens pour moi. Car la franchise n’était pas dans une situation où elle croulait sous les salaires et devait remanier son effectif. Elle avait encore amplement le temps de gérer cette situation. Dès lors, l’idée qu’ils aient décidé d’optimiser la valeur de LaMelo au sortir d’une grosse saison collective et d’une solide saison individuelle reste très probable. Cela pourrait signifier un certain pessimisme ambiant sur la capacité du joueur à maintenir une bonne santé ou un scepticisme à passer un cap supplémentaire.
Si cette hypothèse est juste, il va néanmoins falloir convertir la fenêtre. L’idée de renforcer leurs propres picks en ayant la possibilité de les swaper avec ceux de Minnesota, en plus du pick 2033 sans protection qui aura probablement une valeur importante à l’avenir, leur permettrait d’arriver dans des discussions de trade avec de solides atouts. D’autant que Miles Bridges (22M/an) pourrait également faire partie des négociations puisqu’il arrive dans la dernière année de son contrat.
Quoi qu’il en soit, cette projection, si elle s’avérait correcte n’aura son verdict final que lorsque les Hornets auront bougé. Il faudra alors espérer pour les fans, qu’après des années de managements globalement incompétents, le nouveau groupe aux manettes ait visé juste et obtienne, enfin, des résultats. Au moins de quoi panser la plaie encore béante d’un core dont on aurait, définitivement, pas assez profité.





