Le scénario s’est présenté à des tas de reprises. Un coach excelle, ou apparaît très solide pour un grand nombre de fans NBA. Et puis un jour, une ère se termine, le staff fait tomber le coach « parce que ça ne progresse pas assez vite » et l’on ne comprend pas toujours. Et puis, 1, voire 2 ans plus tard, une franchise récupère le dit coach. Parfois, pire, le coach reste même en fonction. Mais soudainement, un type sur les bancs NBA pendant une longue période, apparaît soudain incapable de transcender sa nouvelle équipe comme la précédente. D’autres fois, d’une année sur l’autre, une formule qui semblait fonctionner se met à dérailler. Et on ne comprend pas.

Ces coachs, qui soudainement ne font plus recette, étaient-ils finalement de bons coachs ? Voilà une question qui mérité d’être posée. Alors, avant de rentrer dans le vif du sujet, je vais vous partager le fond de ma pensée. En écrivant cet article, j’ai pensé à des types, qui sur des bancs, semblent sans cesse se réinventer, ou arriver à adapter leur formule à leur effectif et à leur époque. Je pense évidemment à Gregg Popovich, dont les Spurs ont su répondre défensivement à tous les types de basket, mais qui a aussi su transformer ses schémas offensifs à maintes occasions. Je pense également à des coachs plus récents qui opèrent des virages en fonction des joueurs qu’on leur donne : Quin Snyder et Brad Stevens pour citer 2 HC dont on parle souvent ces derniers temps. Cette faculté à transcender des équipes, c’est aussi pour moi Mike D’antoni. Si l’on excepte son échec aux Lakers, il a su appliquer sa philosophie et l’adapter sur plusieurs décennies. Visionnaire dans les 2000s, il sait aussi jouer les ajustements, notamment défensifs dans cette fin de décennie 2010. Enfin, c’est plus personnel, mais on peut aussi penser à George Karl, qui quoi qu’on en dise à su appliquer ses formules partout où il est passé. ET OUI, même aux Kings qui ont fait leur meilleure saison de l’ère Cousins sous ses ordres (n’utilisez pas l’argument des Playoffs, pitié).

A l’inverse, j’ai pensé à des coachs dont on remet sérieusement les capacités en doute, mais sans pour autant envisager pleinement qu’ils ne soient pas compétents à l’heure actuelle – et donc en conséquence moins qu’on ne le pensait. Alors, il y a plus ou moins de réserves, mais je pense en premier lieu à Tom Thibodeau, incapable d’installer une défense de premier ordre à Minnesota, tout en ne donnant rien de brillant en attaque, comme par le passé. Je pense aussi au cas Jason Kidd, qui a fait progresser son équipe, notamment sur des préceptes défensifs tranchés, mais qui n’a pas su s’ajuster alors que ses adversaires le faisaient. Le cas Doc Rivers est plus délicat, mais on parle d’un coach qui avant son arrivée aux Clippers était perçu comme l’élite du coaching NBA. Enfin, dans une moindre mesure, on peut évoquer Stan Van Gundy qui galère à la tête des Pistons, même si on peut dire que les problèmes de santé de Reggie Jackson et le banc abyssal n’aident pas toujours sa cause.

Je vais donc aborder quelques cas ici, pour mettre en exergue ma proposition.

Quelles sont les qualités d’un bon coach ?

Déjà, avant de débuter, il faut qu’on essaie de définir ce qu’est un bon coach ? Quels sont ses atouts ? Ses caractéristiques ?

Je dirai qu’on peut juger un coach sur divers aspects. D’abord, c’est souvent un meneur d’hommes, quelqu’un qui sait driver psychologiquement ses ouailles, sait imposer sa personnalité. Pour beaucoup des coachs cités au-dessus, dans la victoire comme dans la tourmente, ils savent s’imposer dans un vestiaire, insuffler une mentalité.

Construire des rotations. C’est un point important : savoir mettre en place des rotations efficaces, trouver les bons joueurs pour les bonnes situations, mettre en place des 5 cohérents, mettre la main sur des 5 avec de très bonnes compatibilités. Cela demande à la fois de sentir le jeu, d’évaluer les forces disponibles, et une vraie force d’adaptabilité.

Mettre en place des préceptes. Voilà un des points clés de cet article, savoir construire une identité. C’est souvent ce que ces coachs ont su faire, mettre en place une formule, un plan de jeu, quelque chose sur lequel se reposer.

L’adaptabilité. En revanche, ce point différencie selon moi la liste du haut avec la liste du bas. Savoir mettre en place un plan de jeu est capital, mais qu’en est-il de savoir modifier ses plans en fonction de l’adversaire – mais surtout des évolutions tactiques au fils des années, savoir remettre en cause la viabilité de ses principes ? Être un stratège est-il utile quand on n’a pas de flair tactique ? Est-on un stratège quand on vit et meurt par ses idées ?

Grosso modo, voilà les 4 axes principaux, mais ce sont sur les 2 derniers que je souhaite m’attarder.

L’exemple Thibodeau

Lorsque que vous pensez à coach Thibodeau, techniquement, et sommairement vous pensez défense.

Si on approfondit un peu, vous pensez à une défense un peu particulière qu’il a développé, avec un opportunisme certains, qui le rangeaient dans la catégorie des très bons coachs. Tout du moins des très bons coachs défensifs. Au début des années 2000, face à la hausse croissante du jeu en isolation, la NBA décide de mettre en place une modifications réglementaire qui a permis 2 choses : la hausse du nombre de défense de zone, ainsi qu’une croissance des prises à deux sur le porteur de balle. Pour s’adapter, les coachs ont cessé de se reposer sur le 1 contre 1, en donnant la balle à leur meilleur joueur, et ont commencé à utiliser le pick&roll beaucoup plus souvent. La NBA qu’on connait aujourd’hui commençait à naître, en poussant attaquants et défenseurs à être plus créatifs pour se contre-carrer.

C’est là que Thibodeau sort du bois, et tel un loup (qu’il deviendra plus tard), popularise la ICE defense. Pour comprendre, je vous renvoie à cet article de Steuf, très détaillé. Et pour qu’on s’entende sur le principe clé de Tom Thibodeau : on ne laisse pas le porteur de balle entrer dans la raquette. Et pour cela, on fait tout pour le contenir à mi-distance et le pousser à prendre le moins efficace des tirs NBA, un 2 points longue distance, ou dans le pire des cas… un tir à 3 points. Là clé ? Un système qui empêche le porteur de ballon de se retrouver lancer à mi-distance, pour disposer de diverses options, tout en bénéficiant d’une 3eme joueur obligé de venir en aide. Alors on lui conteste l’accès à la raquette pour l’obliger soit à tirer, soit à donner la balle au joueur qui a posé l’écran.

De son poste d’assistant, à son poste de HC à Chicago, cette défense va faire le succès et la renommée du coach. Mais voilà. La NBA évolue, pas Thibs. Malgré un roster taillé pour son jeu, les coachs changent, les profils des joueurs aussi, et sa sublime défense s’effrite. D’abord, les adversaires apprennent de plus en plus en créer du mouvement off the ball, à placer des leurres. Les coachs demandent de plus en plus à leurs intérieurs d’apprendre à sanctionner de loin – ou – coup de grâce, font aussi poser des écrans par des extérieurs. Bref, une multitude de petits ajustements qui rendent son système défensif moins brillant. Dans le même temps, le coach ne montre pas de progrès phénoménaux en attaque, et lassé, à la tête d’un effectif qui s’use, notamment par les blessures, Thibs se fait virer.

Quelques années plus tard, de retour à la tête des Wolves, le coach déçoit. On ne trouve plus la défense qui a fait sa réputation, surtout que l’effectif lui ressemble moins. Offensivement, c’est toujours minimaliste, et voici que la face tombe en cette fin de saison, où, sans Jimmy Butler, Minnesota chute. La question se pose, est-il le super coach que nous pensions ?

Hé bien oui, et surtout non. Il semble être un meneur d’homme, qui sait encore se trouver des lieutenants et des relais. Néanmoins, il peine toujours à mettre en place des rotations, or de son 5 majeur. Et les années n’ont pas arrangé ce pêché mignon, puisque plusieurs joueurs grondent quant à leur fatigue et son manque d’implication du banc. Sa défense n’a pas évolué, et il peine à insuffler cette volonté à ses jeunes joueurs – surtout en l’absence de Jimmy Butler. Tandis qu’offensivement, on ne trouve pas une identité, ni une vraie hiérarchie, ni une implication suffisante de Karl Anthony Towns dans les fins de matchs.

Bref, Thibodeau n’est pas un très bon coach. Il a juste surfer sur la rencontre entre un précepte, et une idée du basket.

L’exemple Jason Kidd

Un effet de surprise. Voilà ce que, selon moi, la tactique de Kidd lui a permis de réussir. Dans une NBA qui doit faire face à toujours plus de tirs à 3 pts, les coachs cherchent des moyens de limiter l’impact de ses adversaires.

En réussite grâce à sa défense à Brooklyn, puis un temps à Milwaukee, cette dernière a explosé en plein vol lorsque les adversaires se sont adaptés, que la NBA a aussi changé. Pour résumer le jeu des Bucks sous Kidd, je me contente de citer Nashin, lors de cet article « une hyper agressivité qui a pour objectif de supprimer les tirs à mi distance (qui voudrait le faire en 2017 ?) tout en mettant sous pression le porteur de balle dans le but de provoquer des pertes de balles. ».

Résultat, si la surprise a permis à Milwaukee de générer beaucoup d’interceptions dans les premiers temps, elle pose désormais un problème : elle ouvre trop de tirs de qualités, sur les positions que recherchent les coachs NBA (dans la raquette et à 3pts). Je vous renvoie également à cet article que j’avais réalisé sur la recherche des Rockets depuis plusieurs saisons.

Bref, là encore, un coach qui semblait avoir été disruptif et inventif en prenant un contre-pied n’a pas su persister sur la durée dès lors que la NBA s’est ajustée.

Jason Kidd est-il donc un excellent coach ? Là pas de retenue. Évidemment que non – quand bien même il est un excellent meneur d’hommes et a été pour beaucoup dans l’explosion de Giannis Antetokoumpo. Tactiquement, lui donner autant le ballon était un choix intelligent. Dans le même temps, ce n’est pas pour autant que l’attaque des Bucks a été pourvue de systèmes offensifs efficaces.

Et ils sont un paquet comme ça qui n’ont pas su évoluer. On peut penser à Frank Vogel, sa défense qui reposait sur le travail de ses intérieurs qui est apparu complètement perdu dans le bourbier d’Orlando. Malgré un été et des ajustements d’effectif pour moderniser son roster – son équipe apparaît de plus en plus dépassée, à son image. Et comment ne pas frissonner en pensant à certains de ses choix la saison passée…

L’antithèse Popovich

A l’inverse, des coachs savent gagner dans différentes ères. Gregg Popovich, qui a toujours coaché des équipes impeccables en défense, a su offensivement passer d’un jeu qui reposait sur ses intérieurs avec peu de mouvement de balle – à une équipe plus moderne à la fin des années 2000. Et puis, en 2014, lors de son dernier titre, son équipe affichait l’une des circulations de balle les plus abouties de l’histoire NBA.

Au départ de Tim Duncan, son équipe a à nouveau muté autour de Kawhi Leonard, avec plus d’isolation. Sa gestion du groupe est toujours aussi impressionnante, ses ajustements tactiques toujours au poil… Bref, il y a peut être un manque d’objectivité mais on compte peu de coachs dans l’histoire à ce niveau d’adaptation à son roster, aux tendances, etc. J’en profite pour poser un nom : Pat Riley. Mais avançons.

Brad Stevens, coach récemment installé, ramène une équipe autour d’un meneur scoreur et de role players dans les premières places de la conférence Est. Pourtant, lorsque tout l’effectif est changé, il créé un plan de jeu pour un trio Irving – Hayward – Horford. Il perd Gordon Hayward dès l’ouverture de la saison, mais adapte à nouveau son système pour compenser une perte majeure. Sans avoir vu le coach sur le long terme, il apparaît évident qu’il peut adapter son style à son équipe.

C’est là la marque des grands – et on compte aujourd’hui un nombre important d’entraîneurs qui n’ont pas su relever le challenge de la remise en question de leurs systèmes, principes. Évidemment l’assemblement d’un effectif, des blessures peuvent remettre en question des coachs avec des profils bien particuliers. Mais voir des effectifs fournis en talents stagner ou sombrer, peuvent clairement mettre en avant des coachs qui n’étaient fait que pour un temps, un plan de jeu. Et ne sont donc pas des grands coachs, malgré une période qui a compté pour une franchise.