L’an dernier, à cette même période de l’année, c’est une impression au goût amer qui emplissait la bouche des fans des Minnesota Timberwolves. Leur équipe, trônant fièrement dans le top 4 d’une sauvage conférence Ouest durant l’essentiel de la saison, était soudainement en train de s’effondrer. Privée de Jimmy Butler, débarqué pendant l’été pour donner un coup de fouet au projet, l’équipe avait connu un soudain coup d’arrêt et voyait sa place en playoffs chahutée par une concurrence acérée.

Finalement, les Wolves avaient réussi à arracher une 8è place, au terme d’une confrontation des plus incertaines face aux Nuggets (Notez la tournure de phrase qui permet à l’auteur, fan de Denver, d’éviter de se rappeler que les Nuggets ont perdu comme des grands ce match important. Signé : un relecteur attentif). Un soulagement pour l’ensemble de la franchise qui retrouvait la post-saison après 14 longues années d’absence. Un soulagement qui tournait court, puisqu’après avoir réalisé une brève passe d’arme avec les Rockets en post-saison, le drama suivait son cours en coulisses.

En effet, après un été f(l)ou, qui voyait quelques rumeurs sortir d’une mésentente entre le tandem Wiggins-Towns et Butler, la nouvelle tombait à quelques semaines de la reprise : Jimmy demandait son transfert. Un séisme qui n’était pourtant que le début d’un ouragan médiatique dans lequel le petit marché de Minnesota s’engouffrait sans donner l’impression de freiner.

Finalement, pour clôturer un chapitre houleux aux rebondissements à foison, Butler obtenait son transfert en compagnie de Justin Patton, tandis que Robert Covington, Dario Saric et Jerryd Bayless débarquaient de Philadelphie avec plus ou moins d’enthousiasme.

La saison se poursuivait en dents de scie, entre courtes séries de victoires et performances décevantes. Un marathon qui ne fut pas de tout repos, en raison des blessures, notamment celle du précieux Robert Covington. Dans le même temps, Tom Thibodeau, tenu pour responsable de l’ambiance délétère dans le vestiaire et du cas Butler, voyait son siège éjectable activé. L’occasion de faire place à un jeune coach, inexpérimenté, mais bien plus populaire : Ryan Saunders. Un nom bien connu dans le Minnesota, obtenant la mission de gérer l’équipe et de préparer la saison à venir.

Sauf que pour préparer sereinement l’avenir, encore faudrait-il savoir de quoi demain sera fait. Après une saison compliquée, il semble désormais évident que cet effectif a besoin d’être rééquilibré. Alors, comment essayer de redresser la barre ?

Revue d’effectif

Depuis le transfert de Jimmy Butler, il est plus que clair que Karl Anthony Towns doit devenir la pièce centrale des Timberwolves. Si on peut discuter de la capacité du pivot à être la pièce maîtresse d’un projet, toujours est-il que son niveau individuel en fait un des tous meilleurs joueurs de demain. Véritable bête dans la raquette, complet en attaque, la production du pivot ne souffre d’aucune faiblesse. Rien ne semble pouvoir arrêter ce dernier, que ce soit au scoring ou au rebond.

En revanche, autour, compliqué de décupler les éloges.

Andrew Wiggins, tout d’abord. Considéré comme le messi lors de sa draft, le statut de l’ailier a depuis largement été remis en cause. S’il n’est pas encore perdu, il est difficile de l’imaginer devenir ce qu’il aurait dû être. Manquant d’intelligence de jeu, d’une vision de jeu douteuse, il fait partie de ces joueurs qui limitent considérablement le jeu collectif de son équipe. Le cas Wiggins est délicat pour de multiples raisons. Considéré comme un monstre de talent, joueur « facile », il peine à confirmer son potentiel. Pire, il semble mentalement friable, ce qui explique notamment son recul en terme de production et de statistiques depuis les rixes avec Butler. En plus des failles de son jeu, il peine à se développer. Or si Towns semble s’échiner sans l’impact qu’on aimerait, celui qui tient aujourd’hui les clés de l’avenir des Wolves, c’est bien Wiggins. De ses progrès dépend la faculté de la franchise à redevenir une place forte de l’Ouest. Et difficile d’être parfaitement serein au regard de ses prestations pour le moins inégales…

Alors, non, il n’est pas catastrophique, oui, il peut progresser. Mais avec un contrat en or massif, difficile d’imaginer les Wolves rentabiliser leur investissement. Dès lors, il est aussi complexe de l’imaginer bouger.

Au-delà des deux pièces majeures du roster, quels solides contributeurs déclarer ? Ou plutôt, quels joueurs semblent implantés à moyen-long terme dans le projet ?

Le premier, c’est Robert Covington. Malheureux absent de l’équipe après une blessure longue durée, l’ex-Sixer a réussi à transformer la défense de son équipe à son arrivée. Intelligent, physique, très actif sur l’homme et sur les aides, il est probablement la plus belle nouvelle survenue à Minnesota. S’il faut encore voir son rendement sur une saison, nul doute que personne n’envisage l’avenir sans le précieux ailier.

Autre belle pièce : Tyus Jones. Le jeune meneur des Wolves a parfois été scandaleusement mis de côté sous l’ère Thibodeau. Il est pourtant le genre de joueur que l’on veut dans un roster. Excellent gestionnaire, il est un joueur fiable balle en main, qui sait organiser le jeu, commettant peu de faux pas. Touche à tout, il n’excelle dans aucun autre domaine particulier. Mais il fait ce qu’on lui demande, est appliqué et perd très peu de ballon. Parfait pour mettre en valeur les autres, il doit rester.

Vient ensuite Taj Gibson. L’ancien Bulls est un véritable guerrier. Précieux défensivement, adepte des tâches de l’ombre il est aussi tout à fait capable de contribuer de l’autre côté du terrain. Bon complément de Karl Anthony Towns, il peut très certainement continuer à apporter dans beaucoup de secteurs. Vétéran qui a déjà passé la trentaine et coéquipier modèle, reste à savoir le concernant quel serait le montant et la durée de la prolongation avant de pleinement s’engager.

Enfin, la surprise du chef des Wolves : Josh Okogie. Le minot est un monstre athlétique que la franchise a drafté l’an passé. Encore très (très très) brut en attaque, il sait déjà utiliser son impressionnant physique pour s’imposer en défense. S’il va falloir beaucoup de patience pour en faire une pièce majeure du roster, il fait partie des rares joueurs assurés de ne pas partir cet été. Il clôt également la liste des joueurs que je pense vraiment importants dans l’effectif.

En effet, le reste des joueurs, que l’on ait apprécié leur saison ou pas, ne sont et ne doivent pas être considérés comme des pièces primordiales de l’équipe. Il est temps de refaire les choses, et de les faire bien. Et cela passe par un coup de balai, histoire d’oublier la sombre année écoulée.

Situation financière

Tableau récapitulatif par Basketball Reference

Et oui : cette saison, la franchise faisait partie des nombreuses équipes à avoir explosé son cap.

Avec 121M de dollars de salaires à payer, la situation n’est pas bien reluisante pour l’année prochaine. En effet, la franchise a déjà plus de 88M assurés, et les 19M en player option de Jeff Teague qui semblent d’ores-et-déjà certains. Ce qui porterait Minnesota autour ou au-dessus du cap autorisé pour 2019-20.

Note : le salary cap estimé pour la saison 2019-2020 est de 109M. Cela peut encore sensiblement varier.

Autrement dit ? Il va falloir être malin et/ou réussir à transférer certains contrats encombrants.

Des questions vont nécessairement se poser. Qui doit bouger ? Etre sacrifié ? Au contraire, qui doit être prolongé, qui doit être chassé ? Voyons un peu tout ça.

Les joueurs à évincer

Dans la liste des joueurs que la franchise doit avoir envie d’évacuer à tout prix, deux noms se détachent.

D’abord, l’incontournable Gorgui Dieng. L’intérieur est un vrai supplice à voir jouer. Fiable physiquement, il ne possède, sinon cela, aucune autre qualité forte particulière. Son évaluation ne doit, en outre, pas être aidée par le fait suivant : Dieng coûte excessivement cher, et ce pour encore longtemps. Il doit encore recevoir 33,5M des Wolves, son contrat courant jusqu’à l’été 2021. Un véritable boulet pour la flexibilité de la franchise, qui risque de devoir donner beaucoup si elle souhaite le retirer de son cap space. Son contrat est trop lourd et toxique, alors même si cela coûtera sûrement quelques assets à la franchise, il est en première ligne pour le départ.

Ensuite, vient Jeff Teague. Lui qui devrait annoncer l’activation de sa player option rapidement, est un cas délicat. Ses deux saisons chez les Wolves ne plaident pas en faveur de son attractivité. Si quelques franchises ont besoin d’un meneur titulaire (on pense notamment aux Suns et au Magic), le manque de consistance et de faculté à orchestrer le jeu de son équipe fut plutôt déroutant. S’il a su par le passé être un élément intéressant et n’a que 30 ans, il faudra un coach très sûr de lui pour accroître son apport. Reste qu’il est encore jeune et n’aura qu’une année restante sur son contrat. De quoi motiver un éventuel concurrent à tenter le pari en attendant de trouver mieux ? A voir.

S’ils n’arrivent pas à lui trouver un point de chute, deux options seront encore possibles. Soit faire confiance au coaching staff pour le remettre sur le droit chemin, mieux le diriger, notamment pour réduire son USG% et en faire un gestionnaire ; soit, choix plus difficile, se dire qu’on aura forcément un joueur moins talentueux à sa place, mais qui suit le plan de jeu, et donc couper le petit Jeff.

Les sacrifiés potentiels

Les premiers sacrifiés pourraient être des futurs choix de draft. La bonne nouvelle pour les fans, c’est que Minnesota possède tous ses 1ers choix de draft pour les saisons à venir, et quelques choix du second tour. On sait que lorsque l’on souhaite se débarrasser de contrats, ce sont souvent des équipes en reconstruction qui prêtent leur cap pour quelques contreparties. Dans ce cas, les « picks » de draft sont souvent prisés. Avec un pick qui devrait être dans la loterie cette saison, peut-être que Minnesota souhaitera sacrifier un jeune prospect contre un peu de flexibilité.

Reste à ne pas payer trop cher.

Côté joueurs, peu sont sous contrat et semblent suffisamment bons et bon marché pour être ciblé par des partenaires d’échange. Robert Convington pourrait être demandé, mais il semble a priori intouchable. Andrew Wiggins étant plus un poids qu’une ressource à l’heure actuelle, il semble peu probable qu’il soit inclus, surtout étant donné le montant du salaire.

Reste donc, en tout état de cause Dario Saric. Le croate n’a pas caché sa difficulté à s’acclimater à son nouvel environnement et sort d’une saison globalement décevante. Son cas est délicat, puisque si Dario Saric est polyvalent, volontaire et possède normalement les moyens pour augmenter le spacing de son équipe, il est aussi un relatif échec cette saison. L’ailier fort est plus jeune que Gibson et pourrait s’inscrire à long terme dans le projet étant « Towns-compatible ». Du moins offensivement… Car de l’autre côté du terrain, il semble que le duo n’ait pas le potentiel défensif pour faire des Wolves une équipe de playoffs « crédible ». De quoi convaincre d’en faire une pièce dans un échange ? Pourquoi pas… Plus régulier l’an passé, il pourrait permettre aux Wolves de l’inclure dans un trade pour compenser l’arrivée, au hasard, d’un Teague ou d’un Dieng.

Les cas prioritaires à traiter

Entre des échanges potentiels et le jeu des options de joueurs et d’équipes, difficile que de tracer un schéma clair pour une équipe. Ces Wolves ne dérogent pas à la règle, d’autant que les franchises donnent généralement peu d’indications à ce stade de l’année.

Néanmoins, deux impératifs peuvent être dégagés : traiter les cas Tyus Jones et Taj Gibson.

Le premier semble un absolu indispensable, comme évoqué plus haut, de par ses capacités et dans le projet long terme. Minnesota a besoin de construire un cadre sain, mais aussi une structure de jeu pérenne. En dépit de son jeune âge, la maturité de Jones pourrait être une brique importante pour enfin développer un fond de jeu séduisant en attaque.

Le second, c’est Taj Gibson. Crucial de par sa faculté à contenir des intérieurs plus grands et plus lourds que lui, il économise et soulage énormément KAT en défense par séquences. Ce dernier a en effet la fâcheuse manie de se cribler de fautes, très rapidement, et très souvent. Un joueur capable de le délester des meilleurs attaquants adverses est donc crucial, du moins pour le moment. Or, personne dans le roster ne peut jouer ce rôle efficacement, sauf Gibson. La difficulté le concernant, est de ne pas être trop dépensier pour le conserver, et de résister au contrat longue durée. Bon joueur, Taj arrive sur ses 34 ans, et lui offrir un pont d’or pourrait coûter cher si son rendement venait à s’effondrer. Tout sera donc une question de mesure le concernant.

Concernant les autres, il semble que la franchise doive évacuer les cap-holds des autres joueurs rapidement et donc y renoncer. Jerryd Bayless, Anthony Tolliver, Luol Deng, Derrick Rose, etc. Oui, même Rose, lui dont la belle saison fut un plaisir, mais dont l’apport réel reste, soyons honnête, très discutable. Si son écho marketing et sa communication sont des atouts qui pourraient lui permettre de rester, je reste très perplexe quant à son profil et son fit pour Minny. De fait, il n’est pas réellement ce que devraient viser les Wolves.

Ceci étant dit et ne sachant pas ce qui se fera, quels profils à bas prix viser ?

Nous allons ici essayer de viser des joueurs abordables, en partant du principe qu’il n’y aura pas ou peu de cap disponible. Il faut donc des joueurs sans une attache forte et potentiellement bon marché. De quoi être compétitif en attendant de retrouver plus de marge financière.

A la mène, partons du principe que Jones reviendra, et prenons le risque de lui confier la mène. En revanche, il faudra de la rotation et des profils un peu plus défensif ou scoreur. Il faudra chercher dans de potentiels laissés pour compte dans une free agency très dense, avec des joueurs comme Darren Collison, Cory Joseph, Patrick Beverley ou Shelvin Mack. Dans un choix plus risqué, Brad Wanamaker, peu utilisé par Brad Stevens pourrait être un profil intéressant également. Des profils plus collectifs que Derrick Rose ou Jeff Teague, en somme.

Sur les lignes arrières, c’est du scoring en sortie de banc et de spacing dont Minnesota devrait avoir besoin. Un choix intéressant pourrait être Wesley Matthews. Bien qu’intéressant à Indiana, il reste un joueur vieillissant qui a connu des blessures lourdes. De quoi lui donner une côte basse. Wayne Ellington pourrait fort rester à Detroit, mais s’il n’y avait pas entente, le joueur avec son profil de tireur d’élite serait parfait à Minnesota. S’il risque d’être trop cher, un joueur comme Alec Burks aurait lui du sens, pour apporter du scoring en sortie de banc.

Sur les ailes, on pourrait prôner un vétéran capable de contribuer par courtes séquences. Vince Carter est prêt à continuer et pourrait faire du bien à un groupe en manque de leaders. Je serais plus séduit encore par la signature d’un joueur dans un profil semblable à celui de CJ Miles. Il faudra sûrement bricoler sur les ailes, alors pourquoi pas tenter des paris comme Stanley Johnson ou Sam Dekker en bonus. Des jeunes compléments pour apporter un peu de densité.

Quant à l’intérieur, j’ose d’une part espérer une entente avec Taj Gibson, mais aussi que la franchise cherche des intérieurs à bas prix. Trouver des joueurs capables de défendre, poser des écrans, même s’ils ne sont pas nécessairement capables de scorer. Un bon pari pourrait être Ekpe Udoh, alors que le Jazz pourrait avoir des dossiers plus urgents à traiter. Pourquoi pas Joakim Noah si les Grizzlies font de la reconstruction et la jeunesse une priorité ? Il est aussi tout à fait possible de trouver son bonheur dans le large vivier qu’est l’Europe en la matière. Dans tous les cas, un leitmotiv : ne pas dépenser trop gros sur le secteur intérieur. Néanmoins, un stretch-4 serait sûrement apprécié. S’il est possible de détourner un joueur tel qu’Ilyasova, ce serait une franche réussite. Même si la denrée est rare et pourrait se payer un peu trop cher…

A quoi ressemblerait donc un bon été pour Minnesota ?

Réussir quelques bonnes signatures pour pas cher, tout en se délestant de Dieng (pari très compliqué) et prenant le risque de couper Teague. Ceci, afin de réaliser de bonnes signatures à court terme, afin de présenter un effectif de ce type.

Meneurs : Tyus Jones, Cory Joseph, Shelvin Mack

Arrières : Josh Okogie, Alec Burks, Wayne Ellington

Ailes : Andrew Wiggins, Robert Covington, Vince Carter, Keita-Bates Diop

Ailiers forts : Taj Gibson, Jonas Jerebko, + joueur de complément

Pivots : Karl Anthony Towns, Elpe Udoh + joueur de complément


Un plan qui semble réalisable et permettrait de poser des bases plus collectives autour du duo Wiggins-Towns. L’occasion aussi de déterminer le potentiel de ces deux joueurs ensemble, dans l’optique de construire pour l’avenir. Désormais tous les deux sortis de leurs contrats rookies, ils ont désormais pour mission de porter cette équipe sur leurs épaules. Ceci dans une année qui servirait à évaluer le potentiel réel de cette équipe avec les playoffs pour objectif.