J’écris alors que la trade deadline est toute proche. Certaines équipes auront pour mission de se renforcer à court terme, pour les quelques semaines de compétitions qui vont suivre cette soirée du 8 février 2018. Néanmoins, tous les GMs auront pour mission de ne pas perdre de vu qu’un été costaud s’annonce en terme d’agents libres disponibles… et que le cap de la plupart des franchises est dans le rouge.

Mais comment un système, en apparence rodé comme celui de la NBA a pu se griper ainsi, et quelles conséquences cela pourrait avoir ?

Ah… 2016 !

Nous étions prêts pour un chamboulement lorsque l’été 2016 est arrivé. Les droits télés avaient été aggressivement rénégociés par la NBA, et voyaient les revenus de la ligue exploser (+ 1 Milliard de dollars !). Dans le système de redistribution prévu par la grande ligue, les joueurs devaient toucher la moitié de ce beau pactole. Quand l’été arrive, les franchises ont déjà dépensé l’été précédent en prévision de cette inflation soudaine, mais le pire arrive. Problème, la NBA n’a pas conçu son système pour absorber une telle hausse du cap, et les franchises vont avoir des choix à faire : rester prudente ou dépenser sans compter. Certaines franchises ont fait l’erreur de dégainer le chéquier impunément, choix que je décrivais à l’époque en démontrant les hausses inconsidérées consenties par certaines équipes.

Pour comprendre ce qui s’est passé, un résumé.

En 2015, la NBA dépense comme chaque année sa flexibilité financière (les contrats terminés qui ont fait de l’espace + la hausse du salary cap – calculé chaque année en fonction des revenus de la ligue). Face à l’augmentation attendue, les franchises sont assez dispendieuses pour anticiper ladite augmentation. Bref, en quelques semaines, les 30 GMs ont versé 1,4 Milliards de dollars, en contrats s’étendant d’1 à 5 ans. Jusqu’à ici, tout va plutôt bien, d’ailleurs, les contrats versés cet été là vont sembler dérisoire comparé à ce qui s’annonce.

Car face à la brutale hausse du cap space des 30 franchises, la NBA va reverser 1,4 Milliards de dollars supplémentaires en 2016… Sauf que ce sera le montant de la première année de contrats paraphés par les joueurs !

Nouveau problème, le contingent d’agents libres disponibles en 2016 n’a rien de transcendant. Surpayer les joueurs pourrait mettre les franchises en difficulté pour les étés suivants, n’est-ce-pas ? Donc, un GM précotionneux passera son tour, hein ? Mais tout n’est pas si simple, puisqu’une équipe qui n’utilise pas 90% de son salary cap (salary floor), doit redistribuer l’argent non donné entre les joueurs de son équipe. Jusque là rien de dramatique. En revanche, si l’ensemble des montants distribués par les 30 franchises n’est pas égal à ce que la part des revenus de la ligue accordée aux joueurs devrait être, alors, un chèque sera fait au syndicat des joueurs qui le reversera à ces derniers. C’est ce qu’on appelle les shortfall.

Or si les shortall sont de 60M, cela veut dire qu’en moyenne les franchises NBA doivent donner 2M en moyenne. Rien de bien gênant. Mais si ce montant s’élève à 500M, cela pose différents problèmes, que @AntoineTartrou, ex-membre de basketevo, expliquait avec brio dans ce papier, repris par Basket Infos. Aux 2 premiers points qu’il évoque, j’ajouterai volontier qu’il est certainement très complexe pour un GM d’accepter de mettre une somme colossale dans des shortfall, sans aider son effectif à être plus compétitif. C’est probablement la reflexion que certaines équipes : Portland, Memphis, pour ne citer que celles qui ont le plus (mal) dépensé. Peut-être pensaient-elles également couper l’herbe sous le pied de plusieurs concurrents en réduisant le montant des shortfall pour l’année suivante – car comme l’explique brillament Antoine dans son article, voici la règle qui change tout.

Selon le CBA, le montant total des shortfall à la fin d’une FA, divisé par le nombre de franchises sera ajouté au salary cap de l’année précédente. Par conséquent, si il y a 60 millions de shortfall à la fin de l’été, on le divise par 30 (nombre de franchises) et on obtient une hausse du salary cap supplémentaire de 2M pour l’été suivant. Sauf que les franchises NBA s’exposaient à un shortfall de 500M à la fin de l’été 2016, si elles ne dépensaient pas (au-delà des attentes). Résultat, les franchises auraient dû payer 16,7M de plus en 2017, en plus de la part que le système redistributif de la NBA prévoit.

Sauf que si vous vous souvenez… Le salary cap en 2016 était de 92M. Et celui prévu en 2017… De 108 ! Donc si vous calculez bien, la plupart des franchises NBA comptaient sur ces 500M de shortfall pour l’été suivant. Mais le shortfall ne fut pas. Enfin, moindre. Des équipes ont dépensé beaucoup plus que prévu, et seulement 10M sur les 16,7 prévus ont été ajoutés. Oui, il y a bien 200M de trop qui ont été donnés en 2016 pour… le même nombre de joueurs.

Le combat continue

200M de trop donnés, qui accouchent sur 180M que les franchises étaient supposées posséder et n’auront finalement pas en 2017.

Pour revenir à l’article d’Antoine, il disait au fil de ses lignes :

[…] donner plus de 20 millions à Nicolas Batum ne paraît pas si insensé par exemple. Le hic, c’est que si toutes les équipes dilapident ainsi leur Cap Space lors de l’intersaison 2016, le shortfall de 500 millions anticipé par la NBA sera moins important que prévu. Et là où les franchises escomptaient un Salary Cap à 108 millions à la prochaine intersaison et encore plein de marge, elles pourraient être potentiellement bloquées avec un seuil pas beaucoup plus élevé et ainsi regretter des contrats devenus de mauvais investissements.

Visionnaire donc, puisque certains GMs sont aujourd’hui enterrés par des contrats boulets, tandis que d’autres n’ont pas eu les moyens d’investir à hauteur de leurs souhaits l’été suivant.

Bref, l’été 2017 a été très actif, et les agents libres disponibles offraient plus de noms clinquants. Là encore, certains joueurs ont touché des montants inespérés et proportionellement plus pesant sur un cap que ce qu’ils auraient eu par le passé (avant le fatidigue été de 2016). A la volée, on peut penser aux 30M par an de Paul Millsap, aux 126M sur 5 ans de Jrue Holiday, 57M sur 3 ans de George Hill… Vous trouverez une liste exhaustive ici. Sauf que les franchises ayant moins de salary cap que prévu, beaucoup devaient se battre dans une cuvée plus dense, donnant l’occasion d’hausser encore plus leur valeur.

Résultat… Très peu de shortfall, plusieurs joueurs avec le niveau NBA qui auraient habituellement trouvé un contrat d’un ou deux ans sont partis vers la Chine ou l’Europe fin 2017, et, la grosse cuvée de 2018 risque de voir certains joueurs accepter des contrats d’un an, en attendant de pouvoir trouver des contrats à leur juste valeur.

L’été 2018 !

J’ai essayé de brièvement expliquer comment nous en étions arrivés à ce qui devrait suivre.

Cet été, nous risquons de voir plusieurs free agent, qui auraient touché un contrat supérieur à 20M il y a encore 2 ans, en difficulté pour trouver une équipe. Les shortfall sont inférieurs depuis 2 ans à ce qui était prévu, puisque les GMs ont dépensé sans compter. Par exemple, Jusuf Nurkic, pivot titulaire des Portland Trail Blazers, pourrait avoir du mal à obtenir un contrat très supérieur à celui de son back-up (Meyers Leonard – 41M sur 4 ans). Par conséquent, imaginer toucher les 17,5M/an que son coéquipier, peu utilisé désormais, Evan Turner, apparaît extrêmement compliqué.

Le salary cap, devrait augmenter de 2M l’an prochain. Une faible progression, qui a de quoi inquiéter lorsque l’on fait les comptes des franchises qui auront un cap space supérieur à 10M :

  • Los Angeles Lakers : 35M
  • Philadelphie Sixers : 30M
  • Chicago Bulls : 24M
  • Atlanta Hawks : 21M
  • Dallas Mavericks : 20M
  • Phoenix Suns : 17M
  • Brooklyn Nets : 15M

Donc, nous n’avons que 7 équipes qui ont du cap, toutes sont des équipes de bas de tableau, dont certaines pourraient faire le choix de ne pas investir dès cette saison (Hawks, Bulls, Suns), tandis que les équipes moyennes ou en haut projettent pour bon nombre d’aller frapper la luxury tax. Selon les projections, nous aurions 12 équipes susceptibles de la payer : une situation exceptionelle. Tandis que, certaines franchises comme les Bucks, vont avoir le choix entre rester dans le vert, et prolonger certains joueurs.

Il n’est pas non plus étonnant de voir certaines équipes prêtes à lâcher des jeunes talents. Les Celtics seraient vendeurs pour échanger un joueur comme Marcus Smart, tout simplement car ses prétentions salariales sont impossibles à rencontrer dans le climat actuel. Payer Al Horford et Gordon Hayward au max à un coût terrible pour un GM. Dans le même temps, certaines franchises vont s’intéresser à Smart, car conscientes qu’il fait parti des joueurs de second plan (ceux qui signeront après les stars), il pourrait être contraint d’accepter la Mid Level Exception de 8,8M de dollars en attendant 2019, voire la taxpayer Midlevel de 5,4M de dollars. Dur pour ces joueurs quand on sait qu’ils auraient eu le triple ou le quadruple il y a 2 ans.

Ironiquement, on peut aussi penser à Nerlens Noël, qui a refusé de signer avec les Mavericks pour 64M sur 4 ans, persuadé de mériter plus. Faire ce type de manoeuvre un an avec une free agency comme celle-ci a tout du suicide financier.

La lutte s’annonce rude entre les différents agents libres, et nous pourrions avoir un été amer pour certains. Si vous souhaitez savoir qui sera sur le marché, voici la liste complète ici.

Hier, Lou Williams a signé un contrat de 24M/3 ans avec les Los Angeles Clippers. Certains y voyaient un prodige de négociation de la part de la franchise, ou un drôle de mouvement de la part du joueur. En réalité, il prouvait un problème plus profond qui est déjà dans toutes les têtes : mieux vaudra signer vite et pas trop cher pour jouer dans une situation choisie, tout en s’assurant encore quelques années en NBA.

Une situation qui perdure ?

Pour la suite, il est encore difficile de lire parfaitement. On ne sait pas encore combien d’équipes vont finalement se décider à payer la luxury tax pour sécuriser leurs agents libres. Faire preuve de pingrerie cet été, c’est aussi perdre beaucoup de bird rights, une situation qui pourrait être perdante à terme pour beaucoup de GMs, obligés de laisser partir des pièces importantes de leur avenir.

Néanmoins, la seule chose qu’on peut annoncer avec certitude, c’est que la situation sera moins critique en 2019, et devrait rentrer dans l’ordre quand l’essentiel des contrats signés en 2016 (et 2017 dans une mesure moindre), seront arrivés à leur échéance. En somme, les joueurs devraient renégocier plus sereinement à partir de 2020, et connaître les nouveaux standards de salaires NBA en 2021.

En attendant… Il faudra redoubler d’ingéniosité de part et d’autres.