Si le trade Giannis Antetokoumpo est le mouvement majeur de l’intersaison, le départ de LaMelo Ball des Hornets est probablement la première grosse surprise de l’été. Pour les Minnesota Timberolves, qui ont récupéré LaMelo Ball et Josh Green pour Naz Reid et des tours de draft, cet échange est loin d’être anodin : il pourrait être l’alignement tant attendu de cet effectif.
Pour de multiples raisons, l’arrivée de LaMelo Ball semble faire parfaitement sens dans ce roster des Wolves. Dans cet article, je vous propose de plonger un peu plus en détail dans le pourquoi.
Un effectif transformé
Le départ de Julius Randle sans contrepartie il y a une semaine avait fait couler de l’encre. Minnesota semblait se démunir et accepter une forme de régression. On lisait un peu tout. Que Edwards était frustré, que les Wolves voulaient se débarrasser de Randle et faire de l’addition par la soustraction (répartir le volume de tirs de Randle sur d’autres joueurs), que la tendance de l’ailier fort à se reposer sur de l’isolation avait fini par s’avérer néfaste.
Les fans avaient toutefois de quoi être inquiet, entre ce départ et la lourde blessure de Donte Di Vicenzo, les Wolves apparaissaient effectivement diminués.
Mais à peine quelques jours plus tard, tout se met à faire sens. Naz Reid s’en va, vidant encore un peu plus un poste clé dans la construction de cet effectif, mais les arrivées de LaMelo Ball et Josh Green redessinent complètement l’équilibre du groupe.
Nécessairement, dans cette reconstitution, on voit une tectonique des plaques se mettre en place. Jaden McDaniels devrait revenir sur un poste d’ailier fort, partageant la raquette avec Rudy Gobert.
Tandis que les lignes extérieures s’offrent l’embarras du choix en termes de mobilité et de porteurs de ballons. Entre LaMelo Ball, Anthony Edwards et Ayo Dosunmu fraîchement prolongé, se profile une nouvelle version des Wolves : plus rapide, plus explosif, plus adeptes de la transition.
Recalibrer Anthony Edwards ?
Les Wolves ont vécu au rythme d’Edwards depuis qu’il s’est imposé comme le franchise player. Le truc, c’est qu’en dépit de ses qualités athlétiques, Edwards aime bien jouer sur un ryrthme plus lent. Sur leurs 2 plus longs runs de Playoffs, Minnesota avait terminé dans les dernières places de la ligue en termes de points inscrits en transition.

Le truc, c’est qu’Ant n’a jamais réellement évolué avec un top ball handler. Même s’il est capable de porter la balle et d’assumer de la création, ce dernier excelle bien plus dans un rôle d’amplificateur d’espace. Et faute de moteur ou de faculté à réellement pousser la transition, plus il est responsabilisé balle en main, plus l’équipe s’adapte à son rythme.
Cette année, entre les absences et le recrutement d’Ayo Dosunmu, les Wolves avaient déjà opéré une hausse notable de leur rythme. Avec un effectif rajeuni et une panoplie de joueurs capables d’exploiter les espaces, Tim Connelly semble vouloir continuer de surfer sur cette tendance du jeu rapide et utiliser les qualités athlétiques d’Edwards. Et pour cela, il fallait ramener des joueurs qui pousseraient la transition… pour lui.
Dès lors, c’est l’occasion d’améliorer l’efficacité de leur star, mais également celle des joueurs autour capables de prospérer dans ces phases : Jaden McDaniels, Jaylen Clark, Ayo Dosunmu, Terrence Shannon Jr, etc.
Et comme maître de cérémonie : qui mieux que LaMelo Ball ?
LaMelo Ball, au service du jeu des Wolves
Tout d’abord, si vous avez boudé les Hornets ces dernières années… Qui est LaMelo Ball ?
Le nouveau partenaire de back-court d’Edwards est le complément que l’arrière n’a jamais eu. Un véritable meneur encore en pleine possession de ses moyens (désolé Mike Conley). Un joueur qui peut scanner tout ce qui se passe sur le terrain et y réagir. Tout indique que LaMelo est le créateur dont les Wolves avaient cruellement besoin.
Joueur qui adore s’appuyer sur de nombreux écrans pour manipuler les défenses, sa cohabitation avec Rudy Gobert, parmi les meilleurs poseurs d’écran de la ligue paraît naturelle et permettra de forcer les équipes à faire des choix défensifs. En ce sens, il paraît même être la nouvelle solution pour palier aux difficultés offensives du pivot dans certaines séries de Playoffs. Il est capable de trouver les intérieurs sur le roll, mais également les chercher en hauteur quand ils ne sont pas directement impliqués dans le jeu de pick. Pour un joueur comme Gobert qui n’a pas les mains pour scorer par lui-même, qui peut devenir un poids offensif en post-saison, la paire avec LaMelo peut également aider à justifier le fort investissement financier autour du français, absolument capital pour la défense des siens.
Par ailleurs, LaMelo a un régime du tir qui se complémente extrêmement bien avec l’effectif de Minnesota. Avec sa mécanique de tir atypique, c’est un joueur dont les décisions de scoring peuvent parfois paraître folles, notamment sa propension à prendre des tirs difficiles derrière l’arc, n’hésitant pas à décocher en pull-up en sortie de dribble. Mais le fait est que ce tir est une arme létale. L’an passé, il en prenait 5,6 par match et les transformait à 36,9% : au-dessus de la moyenne NBA en comptant le catch & shoot, qui fait monter ces chiffres.
Ce tir, ouvre énormément de choses pour lui et ses coéquipiers. Puisqu’il est nécessaire de le coller à travers les écrans pour ne pas se faire sanctionner, il l’aide à obtenir des décalages et à forcer des aides. Ouvrant le jeu pour ses coéquipiers. C’est dans ce contexte que les Wolves, tous très athlétiques peuvent bénéficier de sa présence. Étant donné que son playmaking est excellent, il pourra servir ces coéquipiers rapidement une fois les aides amorcées.
Pour Anthony Edwards, qui était généralement le créateur principal, cela signifiera probablement bénéficier de tirs et d’espaces ouverts à volume beaucoup plus important que par le passé. En 2023, j’avais produit cet article sur Anthony Edwards où j’écrivais ceci :
Si Edwards doit devenir une star majeure, il va devoir se muter en scoreur d’élite avec un effectif parfaitement construit autour de lui. Cela veut probablement dire lui offrir, et je pense que c’est le meilleur moyen de débloquer tout son potentiel, un playmaker de très haut niveau et beaucoup de place pour se frayer un chemin vers le cercle.
Or individuellement, depuis 2023, Edwards est bien devenu un scoreur très efficace, capable de marquer aux 3 niveaux avec efficacité (cf tableau Cleaning the Glass ci-dessous). Désormais, il obtient ce qui lui manquait (selon moi) pour pleinement développer son potentiel : quelqu’un pour le soulager de la création pour autrui, lui permettant de se recentrer sur ce qu’il fait le mieux : marquer.

Par ailleurs, les progrès à la création d’Edwards ou l’addition récente de Dosunmu ne seront pas perdus. Comme nous le disions dans l’article côté Hornets, LaMelo a prouvé qu’il savait également s’effacer et évoluer sans ballon. Contrairement à certains meneurs, il ne devient pas un poids lorsque d’autres joueurs sont responsabilisés balle en main. Que ce soit par son tir, ou sa création qui lui permet d’augmenter les espaces créés par d’autres joueurs, il est donc également un excellent connecteur.
Évidemment, ce qui bénéficiera à Ant devrait aussi élever l’ensemble du potentiel offensif de ses coéquipiers, en passant par un Jaden McDaniels qui fort de ces performances en Playoffs et du départ de LaMelo Ball, semble être amené à prendre une part croissante dans le scoring de son équipe.
L’an passé, aux Hornets, tous les coéquipiers (à l’exception de Ryan Kalkbrenner) voyait leur efficacité exploser quand ils partageaient le terrain avec LaMelo. Une tendance qui pourrait se confirmer à Minnesota.
Et évidemment… Le jeu en transition
Revenons à notre point initial : le jeu rapide.
La transition est redevenu une tendance de fond en NBA, derrière ces équipes très défensives, profondes, qui compensent les investissements sur les profils tournés vers la défense en leur facilitant la vie en attaque. En 2025-2026, l’attaque demi-terrain rapportait 0,98pts par tir pris, contre 1,26 pour ceux pris en phase de transition / contre-attaque.
Se priver de cet aspect du jeu, c’est soit manquer de profils pour exploiter cette phase pourtant très rentable, ou ralentir le jeu pour asseoir une assise particulière : par exemple, excellence sur demi-terrain, permettant de dicter un jeu lent creuser les difficultés adverses. Cependant, si les Wolves ont eu du succès avec cette formule, il n’en demeure pas moins que leur attaque a souvent été assez moyenne (17eme en 2024, 8eme en 2025, 13eme en 2026), réduisant ce faisant le plafond de l’équipe, qui a certes joué 2 finales de conférence, mais n’a pas su se donner une chance à deux reprises de les remporter.
Or LaMelo Ball, c’est ça :
En faisant l’acquisition d’un joueur capable de trouver en 1 passe le joueur le plus rapide en transition, de récompenser une bonne séquence défensive en remontant rapidement la balle en trouvant son coéquipier ouvert, il peut alimenter un système qui se repose depuis des années sur une excellente défense (1ere en 2024, 6eme en 2025, 8eme en 2026).
Réussir une bonne séquence défensive galvanise une équipe, mais elle n’est que partielle tant qu’elle ne sait pas exploiter au mieux sa défense (capter le rebond défensif, la transformer offensivement). Donc « alimenter un système », c’est permettre à l’équipe d’obtenir des points faciles grâce à cette défense et éventuellement directement les joueurs qui sont à l’origine de cette dernière.
Dès lors, il ne paraît pas impossible de voir les Wolves rejoindre Detroit, San Antonio ou Miami, d’autres grosses défenses qui tentent d’exploiter au mieux la transformation de défense en attaque.
Le nouveau 5 de départ devrait d’ailleurs aller en ce sens. En effet, Dosunmu et LaMelo sont certes deux meneurs, mais deux meneurs qui ont l’avantage d’être très grand pour leur poste. Le départ de Randle signifie selon toutes vraisemblances que Jaden McDaniels sera repositionné en 4. Résultat, l’équipe devient beaucoup plus mobile, sans joueur pour ralentir le jeu, si Edwards se fond dans le moule. Il ne serait même pas étonnant de voir les 2 meneur ensemble dans le 5 de départ.
On pourra arguer que l’équipe perd en taille et en puissance en laissant partir coup sur coup Randle et Naz Reid. Mais le pari semble clair : la mobilité.
Conclusion
Ce duo, en forme, semble représenter un véritable game changer pour les Wolves. Ils semblent parfaitement se compléter sans avoir de versant négatif apparent. On peut par exemple arguer que le manque de scoring à deux point de LaMelo est un problème. Mais c’est exactement la compensation qu’apporte Edwards. Dans un contexte de Playoffs où les défenses se font plus dures, l’équipe pourra toujours se tourner vers Ant, sans que LaMelo devienne un non facteur dans la série, grâce à son tir et son jeu sans ballon.
Au contraire, l’arrivée du meneur semble combler un manque évident depuis des années : Edwards a tout d’un joueur qui touchera son plein potentiel associé à un autre fort porteur de ballon. L’an passé, LaMelo Ball était le plus gros moteur dans une attaque de haut niveau derrière Nikola Jokic. Désormais, il s’agira pour les Wolves de se préparer pour ce qui devrait être un nouveau style, et se conditionner en fonction de leurs nouveaux rôles respectifs.
Une chose est sûre, si le départ de Julius Randle avait fait craindre que les Wolves acceptent de régresser, Tim Connelly n’a pas tardé à leur donner tort en réalisant un nouveau mouvement d’envergure pour remanier son équipe.





