Les soeurs Puisais ; Lucienne Velu, les Linnet’s, Anne-Marie Colchen, Ginette Mazel, Andrée Henry-Lucq, Georgette Coste-Venitien, Jacqueline Castor, Danielle Thourot-Dreyffus, les demoiselles de Clermont, Elisabeth Riffiod, Jacky Chazalon, Colette Passemard, Dominique Leray, Catherine Malfois, les filles de l’Horizon 80, Agnès Sainte-Croix, Paoline Ekambi, Florence Maire, Odile Santaniello, Cathy Melain, Christine Gomis, Isabelle Fijalkowski, Yannick Souvré, Edwige Lawson-Wade, Audrey Sauret, Sandra Le Dréan, Céline Dumerc, Sandrine Gruda, Emilie Gomis, Endy Miyem, Isabelle Yacoubou et les Braqueuses…
Ces femmes représentent plus d’un siècle de basketball en équipe de France. Elles ont connu l’émergence de l’équipe de France sur la scène internationale, elles ont connu les traversées du désert, les premières victoires, les premiers titres…et pourtant, aucune de ces légendes n’est parvenue à réaliser ce que Gabby Williams, Janelle Salaun, Leila Lacan, Valériane Ayayi, Clara Leite, Marine Johannès, Marième Badiane, Romane Berniès, Migna Touré, Aminata Gueye, Dominique Malonga et Pauline Astier viennent de faire ce dimanche soir.
Toutes ces femmes, étaient-elles, de près ou de loin, de ce monde ou non, les yeux rivés sur ce France-USA du 13 septembre 2026 à Berlin ? Savaient-elles qu’un jour, une génération de femmes françaises irait chercher sa première finale de mondial, grâce au chemin qu’elles avaient pavé ? Avaient-elles le sourire ? Et surtout, qu’en dirait celle qui fit naître le basketball féminin en France, Alice Milliat ?
A QIbasket, on y était, pas seulement en tribune, mais aussi en bord de terrain. Et oui, on avait le sourire, et même la larme à l’oeil. Malgré la défaite contre des américaines décidément trop fortes, on venait malgré tout de voir quelque chose qu’aucun français n’avait encore vu. Plus de 130 ans après l’arrivée de la balle orange dans l’Hexagone, la France tenait enfin sa place en finale de la coupe du monde de basketball. Et ça, c’était le moment d’une vie.
Berlin, Berlin, wir fahren nach Berlin !

C’était il y a un an, lorsque la billeterie s’est mise en marche, qu’on a lancé ce projet : en 2026, direction Berlin avec un ticket en poche qui valait pour quatre matchs, les demi-finales, la médaille de bronze et la finale de la coupe du monde de basket féminin de la FIBA. A l’époque, on n’était loin de se dire qu’on verrait un sacré moment d’histoire pour la France. Après avoir reposé dans l’étagère pendant 12 mois, le samedi 12 septembre au petit matin il était enfin temps de mettre ce billet dans la valise. Une fois arrivés à Berlin, on a pu voir que ce tournoi n’était pas du tout passé inaperçu dans la capitale allemande. Malgré un calendrier toujours aussi serré (une semaine et demi de compétition…) le Mondial 2026 a tenu beaucoup de promesses, mais nous a réservé quelques surprises.
Un festival offensif pour commencer, des records qui tombent…et des gros qui craquent !
Osons poser la question : est-ce qu’on a vécu le meilleur mondial de basket féminin ? Parce que durant une semaine et demi, on n’a pas manqué de se frotter les yeux. Et ça a commencé dès le premier match avec ce Japon-Mali qui annonça la couleur : 102-97 pour les nippones. Sako Hayashi à 25pts, Aminata Sangare a 28pts et vingt tirs à 3pts pour le Japon : record pour un mondial. Et dès le deuxième jour, c’est l’Espagne qui chute contre le Mali, une équipe de France qui rattrape son retard sur la Corée, passant de 24-31 au premier quart-temps à 95-69 au buzzer final. Un bon début ? Attendez la suite. Troisième jour, team USA cale soudainement contre l’Italie et manque de peu de chuter face à une Squaddra Azzura qui monte en puissance depuis quelques année. Malgré la victoire (55-52) Caitlin Clark peste et semble fermée dans ce tournoi.
Sacré début…mais on peut aussi parler du jour quatre; la France décide de passer à la vitesse supérieure : victoire 111-56 face au Nigéria, 33pts de Gabby Williams et surtout, à peine trois jours après le Japon, le record de 3pts dans un match de coupe du monde est à nouveau battu : 22/40 (55%). Johannès est à 5/9, Migna Touré à 4/5, Gabby Williams à 6/8, insolence totale et côté bleues, on commence doucement à y croire.
On peut parler du jour 5; lorsque l’Italie épuisée par sa bataille contre les américaines, se prend les pieds dans le tapis et chute contre l’Australie (80-82) alors que les italiennes semblaient aller vers un quart de finale contre la France, un an après nous avoir privé de médaille à l’Eurobasket 2025. Ce seront les chinoises qui affronteront la France au jour 8. La bande à Gabby ne fera pas dans le détail et reste sur sa lancée (90-61). Mais ce jour 8, c’est surtout le point de bascule : les Cats, la Belgique de Meesemans (30pts), double championne d’Europe en titre, chute contre l’Allemagne, chez elle. Leonie Fiebich et ses 17pts, ont pris le contrôle d’un match que la Belgique se voyait probablement déjà gagner. Il n’en sera rien et après une semaine de compétition, soudain les questions : la fin de la génération dorée de la Belgique ? L’Allemagne peut-elle réussir à aller en finale en jouant 4 matchs en 5 jours ? La France tient-elle un adversaire plus facile pour aller au bout ?
Au coeur du « Final Four » de ce mondial : public allemand chaud et la Clark’mania
C’est après ces quarts de finale que nous arrivons devant une Uber Arena en pleine effervescence, avec une fanzone animée, quelques supporters belges toujours présents, un soleil radieux…et les supporters de l’équipe de France qui sortent les fumigènes pour l’arrivée du bus. Dans la salle, les supporters allemands sont plein d’espoirs, d’enthousiasme et veulent croire à l’exploit. Si la France a attendu depuis 1953 pour revenir dans le dernier carré d’un mondial (et c’était le premier mondial féminin…), l’Allemagne, elle n’est jamais arrivée aussi loin. Le trophée de la Coupe du Monde présent sur le terrain à l’échauffement, brillant et scintillant. Gabby Williams annoncera la couleur avec le premier shoot du match à 3pts : il faudra encore compter sur le travail remarquable (31pts). Les allemandes réussiront à traverser la défense française sur des pénétrations rapides et des coupes et jusqu’à la mi-temps, tout semble permis pour les deux équipes (+7pts pour la France). Mais au retour des vestiaires, la défense tricolore va prendre le dessus et provoquer les pertes de balles en série pour l’Allemagne. Dans la salle, le public français reste prudent et le public allemand veut y croire encore. Mais côté français, seule Dominique Malonga semblera être à côté de son match. Les minutes passerons, l’écart se maintiendra et nos mains vont commencer à trembler. On entend chanter « on est en finale ! » dans la langue de Molière. A une minute du buzzer, les supporters des bleus descendent les travées : les bleues l’ont fait. Au centre du terrain, le groupe reste stoïque : le travail n’est pas fini.
Remis de nos émotions et après avoir pu féliciter de vive voix les françaises, le staff et provoquant même un sourire satisfait à Céline Dumerc, on a pu rester en salle pour attendre les américaines et les espagnoles. Les joueuses de la Roja sont venues pleines de confiance, Awa Fam et Alba Torrens prenant même le temps de voir les spectateurs avant d’aller à leur shootaround (et nous gratifient même d’une petite signature), là ou les américaines arrivent concentrées. Mais le public n’a d’yeux que pour Caitlin Clark. La joueuse de l’Indiana Fever suscite hurlements fanatiques et cris de joie sitôt qu’elle apparaît sur le terrain. A côté de nous, un couple de basketteuse, venues de Belgique, armées de maillots et de photos à faire dédicacer. Mais les américaines ont des doutes dans ce mondial, des doutes à dissiper. Certaines entrent le visage fermé, Clark en premier. Les fans devront attendre, mais ils auront leur récompense à la sortie de la salle après les match. Et lorsque la rencontre commence, ces doutes ce confirment. La Roja domine le premier quart, Awa Fam est en mission, Iyana Martin casse les chevilles de la défense américaine. Les USA réagiront avant de passer légèrement devant (+2pts) à la mitemps. Au retour des vestiaires, on verra une Team USA bien plus physique, une Breanna Stewart intraitable sous l’arceau et un écart qui n’aura de cesse de grandir. Le score final (76-66) est flatteur pour la Roja ? Pas tant que ça, lorsqu’on voit Iyana Martin passer devant nous pour enlasser sa mère, en larmes. On ne le sait pas encore, mais ce scénario va se répéter demain.
Un jour de Finale de Coupe du Monde, France Vs USA

Matinée fraîche à Berlin, idéale pour prendre l’air en marchant sur les pistes de l’ancien aéroport de Tempelhof, devenu parc public. Promenade à Potsdamer Platz, à Friedrichstrasse pour un café…partout autour de nous, les tshirt de basket, les logos du mondial, des supporters français, des américains et bien sûr les supporters allemands, qui seront encore présent cet après-midi pour le match de la médaille de bronze (12 200 spectateurs dans la salle !). Le match des vaincus est expédié, la Roja termine avec le sourire. Nous sommes ici pour témoigner d’un match qu’aucun français n’a jamais vu. Au bord du terrain, Pau Gasol, Dirk Nowitski, Sue Bird…mais aussi deux championnes, Isabelle Fijalkowski, première capitaine à avoir soulever un trophée pour l’équipe de France (Eurobasket 2001) et que nous avions interviewée; et Sandrine Gruda, championne elle aussi (Eurobasket 2009). Ce prestigieux cinq s’asseoit dans la rangée centrale. Le show peut commencer.
Devons-nous résumer la rencontre ? Cela a déjà été fait, vous avez vu le match. Nous, nous pouvons dire qu’il s’est déroulé dans une salle acquise à la France. Les allemands, beaux joueurs, les espagnols, revanchards et tous ceux qui voulaient voir l’Histoire avec un grand « H » se réaliser, se sont joint aux très très nombreux français. On a arpenté pas mal de salles durant des compétitions FIBA depuis des années, et nos supporters ont l’habitude d’être avant tout en petit comité. Mais ce dimanche soir, ils étaient plusieurs milliers. Chaque tir français, la salle retenait son souffle, chaque offensive américaine, la salle criait « DEFENSE » avec l’accent qui lui convenait. On peut l’affirmer, ce dimanche à Berlin, la France jouait chez elle. Après une première mi-temps magnifique, on sent dans le public un espoir, un sentiment que les bleues ont peut-être ce qu’il faut pour y arriver. Mais comme pour la Roja la veille, les américaines vont doubler d’intensité défensive. Stewart est encore impériale et Caitlin Clark se réveille au pire moment. Team USA accélère et approche des +25, +30…Les cris de soutien à la France laissent petit à petit la place aux réactions impressionnées à chaque interception, chaque contre, chaque shoot des américaines. On regardera les médailles nous passer devant, et la remise du trophée se fera sous nos yeux, pour la 12e fois, au profit de Team USA. Les françaises elles, quittent le terrain sitôt après avoir reçu leur médaille d’argent,
une parmi les trop nombreuses de la décennie passée malheureusement. Mais dans la salle, personne n’a de regrets pour cette équipe de France, seulement de l’amour pour une équipe qui a presque joué la partition parfaite. A la sortie de la salle, les joueuses vont rester jusqu’à presque une heure avec les fans.
Team USA toujours au sommet, Breanna Stewart et Alba Torrens dans l’histoire
Sur le plan individuel, la grande vainqueure de ce mondial est « Stewie ». Breanna Stewart rejoint Sue Bird avec quatre médailles d’or en coupe du monde FIBA. C’est d’ailleurs Bird qui remettra à la MVP du tournoi le précieux trophée. Alba Torrens, elle, rejoint le club ultra fermé des femmes ayant quatre médailles en coupe du monde. Gabby Williams qui a brillé dans le secteur offensif, a également été au meilleur de son niveau en défense et obtient la récompense de « Best Defensive Player ». Quant à Iyana Martin, elle obtient la récompense de « Rising Star ». Comptez sur elle vous se retrouver sur notre chemin dans les années à venir…

Pourquoi ce mondial féminin est un succès ? 
Au-delà du charme que Berlin elle-même peut vous procurer, on a vu une salle comble pendant le Final Four (12 000 personnes en moyenne par match), une organisation parfaite, un tshirt spécialement créé pour la finale (évidemment on a sorti la carte de crédit). Un public animé, présent dans les rues autant qu’à la salle, et passionné, avec un fan portant un sweater « everybody watches women’s sports » gratifié d’une ovation de la salle entière. Un public de passionné, venu en amis, en supporters, en famille (beaucoup de bébés dans la salle) et des joueuses adulées, au rang de superstars, affrontant les hurlements histériques des fans lorsqu’elles arrivaient à la salle ou en ressortaient. Les joueuses d’ailleurs, qui ont été là pour les fans, pour signer les autographes, prendre des photos, parler au public. Pour tout vous dire, on repart de Berlin le sac rempli d’autographes et le coeur rempli de bonheur. On s’était rendu à la Uber Arena en 2024 pour le Final Four de l’Euroleague, où l’organisation avait été baclée et la sécurité peu respectée. Cette année, même si le public est différent, on a senti que les erreurs avaient été comprises et rectifiées.
La question du geek basketball : était-ce vraiment la première finale de la coupe du monde de la France ?
Nous en avions parlé dans notre série sur l’histoire l’équipe de France féminine. Oui, ce week-end, la France a bien joué sa première finale de coupe du monde de basket…de la FIBA. En 1930, une équipe de France composée de pionnières du basket féminin (Lucienne Velu en tête), emmenée par Alice Milliat, participent à un Championnat d’Europe qu’elles remportent. Un titre européen avec le peu d’équipes ayant proposé de venir jouer, sans homologation particulière, et pourtant, à l’époque, c’est le premier trophée remporté par une équipe de France de basket. Quatre ans plus tard, en 1934, c’est à Londres, aux « Jeux Mondiaux Féminins », dans la discipline du basket, que l’équipe de France remporte le tournoi en battant les américaines 34-23. Alors oui, était-ce la véritable première finale d’un mondial pour la France ? Le fait qu’en 1930, la FIBA ne reconnaît aucune compétition féminine de basket. Cet Euro, et ces jeux mondiaux féminins, étaient avant tout un outil servant à la promotion du sports pour les femmes, piloté par Alice Milliat et dont le but réel et final sera atteint quelques années plus tard : intégrer les femmes dans les Jeux Olympiques. En 2024, c’est Alice Milliat qui sera la première statue dévoilée lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques à Paris. Ce « titre mondial » de 1936 n’y fut certainement pas pour rien.
Et maintenant ?
Un plafond de verre est brisé. 73 ans après sa dernière demi-finale, la France a enfin retrouvé le dernier carré d’un mondial et pour la première fois, elle atteint la finale. L’an prochain, ce sera à la troupe de Victor Wembanyama de prouver qu’elle est capable du même exploit à Doha. La bande à Gabby Williams, elle, aura l’occasion de montrer qu’elle est bien la meilleure nation européenne lors du prochain Eurobasket. Mais deux questions apparaissent alors : la crainte d’un groupe encore imcomplet va-t-elle être à nouveau confirmée ? Et surtout, la France va-t-elle enfin assumer son statut et ramener la coupe à la maison ?
L’Or en 2001 et 2009, mais l’argent aux Eurobasket de 2013, 2015, 2017, 2019 et 2021; aux JO de 2012 et de 2024…Voilà trop longtemps que la finale est la limite de notre équipe de France féminine et les médailles d’argents s’accumulent, pendant que d’autres Nations, avec des armes et des talents qui ne semblent pas forcément supérieurs aux nôtres (Serbie, Belgique…) ont su saisir leur chance. Ils serait injuste que la génération Williams, Johannès, Ayayi, Malonga, Salaun, Lacan, Astier, mais aussi Rupert, retirent le maillot bleu sans avoir, au moins une fois, eu l’Or autour du cou.
Gabby Williams l’a assuré depuis Berlin : il ne faut pas avoir peur de se dire qu’on peut gagner.
Alors Mesdames, gagnons.
Un petit mot pour le 3×3 !
Seule ombre au tableau de ce mondial ? Le réseau capricieux de la Uber Arena nous a empêché de regarder en direct Emmanuel Monceau, Jules Rambaut, Hugo Suhard et Lorenzo Thirouard-Samson attraper le Bronze ce dimanche soir à Anvers contre la Serbie de Stojacic, éternel numéro 1 mondial du basketball 3×3. Une médaille qu’il ne fallait ni manquer ni oublier car nos sélections 3×3 ont eu du mal à revenir sur le podium des Euros et Mondiaux depuis quelques temps.






